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Je ne veux plus vieillir

5 Mai 2020par : Karen Lachapelle

Mes parents nous ont toujours dit, à mes sœurs et moi, qu’ils vieillissaient à notre anniversaire. Je ne comprenais pas trop le sens jusqu’à tant que je devienne moi-même mère. Quand je vois grandir mes gars, ça me donne toujours un coup de vieux, même si je suis encore « très » jeune…

Je n’ai jamais vraiment eu de problème avec ce concept jusqu’en mars 2020. J’observe la façon qu’on traite les aînés et je le confirme : JE NE VEUX PLUS VIEILLIR. Je veux qu’on trouve un remède miracle qui m’empêchera de vieillir. Je ne veux pas parler de techniques chirurgicales qui me donneraient l’impression de rester jeune, mais bien une façon que le nombre de chandelles qu’on ajoute au fil des années sur mon gâteau de fête n’ait pas répercussion sur ma santé.

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Adolescent, on se vieillit, le quart ou le demi à toute son importance. « J’ai 13 ans et demi… presque 14. » Dans la vingtaine, c’est parfait vieillir, on veut qu’on nous prenne au sérieux. Tout est permis, on connaît tout, on est invincible. Dans la trentaine, c’est la remise en question, on jongle entre la famille, la carrière, ses choix de vies. On a encore la forme, on a le contrôle. La quarantaine, c’est une période de stabilité où on se connaît mieux. On sait ce qu’on veut, mais surtout ce qu’on ne veut plus. C’est le retour vers une certaine liberté alors que les enfants sont à la recherche de la leur… Mais on commence à sentir physiquement certains symptômes qui rappellent qu’on n’a pu 20 ans !

Après ça, je ne peux pas encore vous en parler. Mais chose certaine, depuis près de deux mois, je trouve que vieillir semble être synonyme d’horreur. Je ne parle pas seulement de tout ce qui se passe dans les CHSLD ou résidences pour aînés, je trouve que les médias s’en chargent suffisamment. Je fais aussi référence à la façon qu’on parle à nos aînés.

On reproche au méchant gouvernement la catastrophe dans les CHSLD, mais au départ, on est tous responsables. On a laissé la situation dépérir sans s’en soucier, trop occupé à jongler avec sa propre vie. Les vieux, c’est le problème de l’État, pas nécessairement le nôtre. Je ne blâme personne, mais quand on regarde le portrait, ça fait mal au cœur, ça lève le cœur. Un ami prédit que quand ce sera notre tour, le système aura tellement changé à la suite de la COVID-19 qu’on aura l’impression d’être dans un hôtel de luxe. J’espère sincèrement que sa prédiction sera vraie !

Le Québec connaît d'importants changements démographiques. Le nombre de personnes aînées ne cesse de croître. En 2017, sur 8,4 millions de Québécois, on compte 3,4 millions de personnes âgées de 50 ans ou plus, et 1,6 million de personnes âgées de 65 ans ou plus. La population du Québec vieillit rapidement. Selon les projections de l’Institut de la statistique du Québec, le quart des Québécois seront âgés de 65 ans ou plus en 2031 et près du tiers, en 2061. Ce vieillissement démographique s’explique notamment par la forte dénatalité qui a succédé au baby-boom, ainsi que par une hausse de l’espérance de vie.

En 2016, l’espérance de vie à la naissance atteint près de 83 ans au Québec, comparativement à près de 75 ans il y a un peu plus de trente ans. L’écart entre les sexes à l’égard de l’espérance de vie ne cesse de se réduire. Il est passé de 7,6 ans en 1980-1982 à 3,7 ans en 2016. Ainsi, en 2016, l’espérance de vie des femmes est estimée à 84,5 ans, comparativement à près de 81 ans chez les hommes.

Un jour, ce sera mon tour (je souhaite sincèrement d'être foudroyée dans mon sommeil d’une crise cardiaque, genre vers 85 ans, ce serait parfait). L’idée de perdre mon autonomie me donne froid dans le dos. L’idée qu’on m’infantilise encore plus…

Alors qu’on obligeait les aînés à rentrer chez eux pour éviter d’attraper la COVID-19, j’entendais les journalistes leur faire la morale dans la cour des centres commerciaux. « Rentrez chez vous. Vous n’avez pas d’affaire dehors. » Aweeille à maison comme chantait Jean-Pierre Ferland. Au départ, j’approuvais, me disant que leur insouciance était inconcevable. Avec du recul, si j’avais 70 ans, en pleine forme, que j’avais traversé les tempêtes, la misère, aurais-je envie qu’on me dise quoi faire ? Est-ce que j’aurais envie de mettre sur pause de belles années alors que je pourrais savourer la vie à pleines dents alors que j’ai encore la santé ?

Depuis quelques jours, de nombreuses voix s’élèvent afin de permettre aux personnes à risque, comme les gens de 70 ans et plus, de sortir de chez eux et de pouvoir voir des membres de leur famille. D’ailleurs, selon un médecin de l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumonie, une personne de 70 ans super en forme est probablement moins à risque le sédentaire de 50 ans écrasé sur son sofa…

Si la tendance se maintient, on se retrouvera avec des aînés hospitalisés, mais pas pour la COVID, pour des maladies liées à la solitude et l’isolement. François Legault répète régulièrement que le confinement ne peut durer éternellement pour des raisons de santé mentale. Alors pourquoi cette situation serait-elle tolérable pour les aînés ?

Tout le monde a l’impression d’être dans une cage, peu importe l’âge. Je pense juste qu’il faut faire confiance au gros bon sens et comme on n’arrête pas de le répéter : ça va bien aller !