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L'Autochtone : une expérience gastronomique et culturelle

29 Juillet 2020par : Bianca Sickini-Joly | Journaliste de l'Initiative de journalisme local

photo : Facebook

Sur l'avenue Ferguson à Haileybury dans Temiskaming Shores, un restaurant à la façade anglo-saxonne au nom francophone se dresse sur la rue. L'Autochtone Taverne américaine a beau être ouvert depuis seulement avril 2019, des gens de partout viennent s'imprégner de l'ambiance particulière du restaurant luxueux au menu abordable. Le chef cuisinier Gerry Brandon, d'origine Anishinaabe, s'est fait un point d'honneur de célébrer la culture autochtone tant dans sa cuisine que dans la décoration de l'endroit. Mais attention : ici, vous ne trouverez pas d'orignal au menu et aucun totem ne captera votre attention. « Peu importe la vision que les gens avaient des Autochtones en rentrant ici, ils en sortiront avec une perception différente », prévient le chef.

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Un menu aux effluves amérindiens

« J'essaie de représenter la culture amérindienne telle qu'elle existe réellement. Pas celle que les gens voient à la télévision, ni quelque chose de kitsch. Je voulais m'éloigner du véritable traditionnel. » C'est pourquoi il expose des œuvres d'art de style pop-art d'un artiste autochtone et qu'il sert des plats de tout genre. Les tables sont faites d'écorce de bouleau et un mur entier est recouvert de vraie mousse. Les ingrédients que Gerry Brandon intègre à son menu sont frais et naturels. Des repas aux cocktails, tout est pensé pour que l'on goûte les saveurs des différentes cultures autochtones de l'Amérique du Nord. Le chef sert des plats contenant du lapin, des fruits de mer, du canard, du bœuf, du saumon, qu'il apprête en tacos, poutine, burger et risotto. Le menu est restreint, mais il y a une raison : « je crois que c'est mieux d'offrir moins de choix, mais d'offrir les meilleurs produits de qualité à un prix raisonnable », estime le chef cuisinier, qui possède son propre restaurant pour la toute première fois.

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Réunir par la cuisine

La taille du restaurant est elle aussi réduite, mais encore une fois, tout a été réfléchi. « On voulait que les gens soient ensemble », explique-t-il. Il n'y a donc pas de télévision et les tables sont rapprochées entre elles pour créer une ambiance intime, sauf en temps de COVID, évidemment. D'ailleurs, le cuisinier a bien hâte de retrouver cette atmosphère qu'il aimait tant observer dans sa salle à manger. « Tout le concept du restaurant est de créer une expérience. » Même le nom, difficile à prononcer et à comprendre pour les anglophones, est une bonne occasion d'aller jaser aux clients. « Peut-on bâtir une communauté autour de la nourriture ? s'est demandé Gerry Brandon au début de l'aventure. La réponse est oui. »

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Un parcours haut en couleur

Monsieur Brandon a été adopté par une famille anglophone lorsqu'il était bébé, au temps de ce qu'on appelle « la rafle des années 60 ». Après avoir vécu plusieurs problématiques dans sa jeunesse, dont l'abus de drogue et d'alcool, Gerry Brandon a fait un virage à 360 degrés et a obtenu une variété de diplômes au cours de sa vie. Il a vécu plusieurs années à Vancouver, où il refaisait des restaurants de A à Z en tant que mentor. Auparavant, il a fait des études qui lui ont permis d'agir comme conseiller auprès de jeunes autochtones et il a également obtenu un diplôme de la prestigieuse Stratford Chefs School. Pour être sélectionné, Gerry Brandon a offert de travailler gratuitement pour le meilleur restaurant de London en Ontario de l'époque. Cette audacieuse proposition a porté ses fruits puisqu'il est entré à cette école et qu'il est même devenu sous-chef peu longtemps après de ce restaurant qui était classé dans le Top 10 des meilleurs au Canada.

Ville-Marie comme inspiration

Le restaurant pourrait facilement se retrouver sur les grandes artères torontoise et montréalaise par son style urbain et la qualité de la nourriture qui y est servie. C'est toutefois le Nord-Est ontarien qui a conquis le chef cuisinier et sa femme. Lorsque l'envie d'un nouveau projet s'est fait ressentir, le couple a pensé initialement ouvrir un restaurant en Nouvelle-Écosse. « Mon frère m'a dit : avant de prendre une décision, reviens ici (Temiskaming Shores) et vois si tu pourrais faire quelque chose. » Lors de leur passage dans la région, ils en ont profité pour visiter la Foire gourmande. C'est alors qu'un déclic s'est fait dans l'esprit du chef cuisinier. Il a constaté que c'était possible de faire vivre la culture de la bonne nourriture locale même en région éloignée. Monsieur Brandon et sa femme ont acheté par la suite le bâtiment actuel sans même l'avoir vu et l'ont complètement rénové.

L'Autochtone fait des petits

Prochainement, le couple inaugurera une épicerie fine située à quelques pas du restaurant. « Nous allons pouvoir amener dans le nord de l'Ontario toutes sortes de produits qu'on ne peut pas acheter ici », explique monsieur Brandon. Les clients qui voudront se procurer un aliment qu'ils ont goûté à L'Autochtone pourront désormais le faire directement à Haileybury. L'épicerie sera d'ailleurs aussi très utile au chef lui-même, puisqu'il fera face à moins de difficulté d'approvisionnement. « Maintenant, j'aurai juste à me promener dans mon propre magasin et prendre tout ce dont j'ai besoin », dit-il en riant. Au cours des prochaines années, le couple souhaiterait prendre part à la Foire gourmande et partir en formule food truck vers différentes localités du nord. « Je n'arrête jamais. Je pense qu'on peut toujours être meilleur dans ce qu'on fait », conclut le chef cuisinier Gerry Brandon.

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