Le député d’Abitibi-Témiscamingue, Sébastien Lemire, juge que le budget du Parti libéral du Canada, présenté le 4 novembre, ignore les priorités de la région – aînés, santé, forêt et infrastructures – après les avoir défendues la veille du dépôt. Déçu, mais pas surpris, il estime que l’exercice budgétaire s’est fait sans écoute réelle des régions ni des élus.
À la veille du dépôt du budget fédéral, Sébastien Lemire avait présenté les priorités qu’il souhaite voir prises en compte pour l’Abitibi-Témiscamingue : hausse des pensions pour tous les aînés, transferts fédéraux accrus en santé, aide immédiate au secteur forestier frappé par la crise et transformation des ressources naturelles en région plutôt qu’à l’extérieur.
M. Lemire appuyait aussi les demandes du Bloc québécois, dont le remboursement de la taxe carbone, le financement du logement social et de nouvelles infrastructures. Il insistait enfin sur les besoins en infrastructures, innovation, souveraineté économique régionale et reconnaissance des réalités territoriales.
Décevant, mais pas surprenant
Les revendications du Bloc québécois ont été soumises quelques heures avant la présentation du budget du gouvernement fédéral. Après sa publication, l’Abitibi-Témiscamingue ne semble pas avoir été entendue. « C’est décevant, mais pas surprenant. Nous n’avions aucun écho selon lequel le gouvernement de Mark Carney était à notre écoute ni à l’écoute de ses propres ministres. Dans l’effervescence du budget, le jeu d’influences et la consultation publique n’ont pas eu lieu. C’était un exercice très centralisé dans les mains du premier ministre. »
La déception de M. Lemire porte notamment sur le sujet des aînés. « Le coût de la vie a explosé. Nos aînés n’ont pas la capacité d’un revenu supplémentaire. Le Bloc québécois préconise 10 % d’augmentation de la pension des aînés. Le gouvernement fédéral aurait pu faire la différence. Mais ils ont refusé de le faire. Ces aînés qu’il faut aider ne sont pas « des aînés qui s’en vont vivre en Floride ».
« Même chose pour les transferts en santé. On pense mettre quelques milliards de dollars dans les hôpitaux, mais sur cinq ans et à travers tout le Canada. » Ce sont des moyens trop limités. « Avec cet argent fédéral, on ne construira pas un nouveau Maisonneuve-Rosemont. On ne réglera les problèmes de l’hôpital d’Amos ou reconstruire l’hôpital de Rouyn-Noranda. »
Le diable est toujours dans les détails, déplore le député. « C’est de l’argent qui est toujours conditionnel. Et les conditions ne s’appliquent à peu près jamais au Québec, et encore moins en Abitibi-Témiscamingue. C’est extrêmement problématique! Ça me titille énormément! »
Des critères pas adaptés à la ruralité
Il poursuit en évoquant les 115 milliards de dollars pour les infrastructures « mais il n’y a que 9 milliards d’argent neuf sur cinq ans, donc même pas deux milliards par année. Ça, ça ne marche pas »!
M. Lemire explique que les critères de construction de nouveaux logements sont mal adaptés à la réalité rurale de l’Abitibi-Témiscamingue. « Les programmes de Maisons Canada sont conçus pour de grandes villes. Ou même pour Longueuil où ils vont bâtir 4000 logements. »
Soutenir le secteur forestier
Dans le nouveau budget, le député bloquiste critique une modification de l’assurance-emploi qui pénalise le travailleur forestier, qui est saisonnier. Dans les trois grands secteurs pâtissant de la hausse des taxes douanières de Donald Trump, on trouve l’automobile (en Ontario), l’acier et la forêt. « Les nouveaux critères de l’assurance-emploi font en sorte que les travailleurs forestiers ne se qualifieront pas contrairement aux employés dans l’automobile et dans l’acier. »
La santé
Les « justes parts » des transferts en santé, sur cinq ans, équivalent à 28 milliards qui étaient demandés, soit six milliards annuellement. « C’était un consensus du Québec et des autres provinces. »
Pour finir, souligne M. Lemire, le fédéral a donné moins d’un milliard, soit la moitié du déficit que Québec a annoncé. « Jusque dans les années 1960, sur un dollar dépensé, 50 sous venaient d’Ottawa. Le désengagement fédéral est tombé jusqu’à 20 % des dépenses. »
Le député évalue la part actuelle à environ 25 %. « Le gouvernement provincial souhaiterait 35 % puis indexer. C’était une demande raisonnable, mais Ottawa a donné des peanuts. Depuis, notre système de santé est en train de s’écrouler. Beaucoup d’opérations en Abitibi-Témiscamingue qui n’ont pas eu lieu, car les salles d’opération n’étaient pas disponibles ou utilisables. »
Ce 5 novembre marque le début des débats qui dureront quatre jours dans la Chambre des communes. Lundi prochain se tiendra le vote pour le budget.