La Rouynorandienne Christine Girard a été intronisée le 10 novembre au Panthéon des sports du Québec. C’est la première Canadienne médaillée olympique en haltérophilie. Initialement classée 4ᵉ à Pékin 2008 et 3ᵉ à Londres 2012, elle a obtenu rétroactivement le bronze puis l’or après la disqualification d’athlètes dopées. Cette reconnaissance tardive, officialisée en 2018, a fait de cette quadragénaire une figure emblématique de l’intégrité sportive. Le Citoyen s’est entretenu avec elle.
Vous avez dû attendre 6 et 10 ans avant de recevoir vos médailles olympiques. Comment avez-vous vécu ce long processus de justice sportive?
J’ai eu connaissance du changement de médailles en 2016. Ma carrière était derrière moi quand le scandale de dopage a éclaté. J’avais officiellement pris ma retraite en 2015. Donc, je ne suis pas restée pendant toutes ces années à attendre qu’une justice arrive. J’ai, en revanche, dû attendre de 2016 à 2018 avant de recevoir mes médailles.
J’ai ressenti diverses émotions : une médaille de bronze qui devient une médaille d’or, c’est beau! Une quatrième place qui est devenue une médaille de bronze, c’est très bien. C’est dommage de ne pas avoir reçu ces médailles au bon moment… Une impression de doux-amer. Ces médailles m’ont permis de m’engager pendant quelques années pour promouvoir un sport propre.
Grâce à l’or olympique de Londres, vous êtes devenue la première Canadienne médaillée en haltérophilie. Avec le recul, que représente aujourd’hui cette victoire?
Ça a été comme ouvrir des portes. J’ai grandi en croyant qu’être médaillée aux Olympiques était impossible. Maryse Turcotte (autre ancienne haltérophile québécoise) a ouvert la voie et a montré qu’on pouvait se rendre aux Olympiques.
J’ai été la première à embarquer sur le podium. J’ai rendu ça possible. J’espère inspirer les nouvelles générations. Ça a été merveilleux de voir Maude Charron qui a remporté deux médailles olympiques (2020 et 2024). C’est une belle évolution ! On a passé le flambeau !
En 2008 et 2012, aviez-vous eu des soupçons sur les médaillées (prise de testostérone notamment)?
Malheureusement, oui ! On avait toutes des soupçons. Parfois, je concourais contre des femmes qui devaient se raser le torse. Ce qui était révélateur, c’était le changement physique d’année en année. Une année, j’étais en compétition contre une femme qui avait une moustache. L’année suivante, elle avait un début de barbe…
Vous avez été intronisée au Panthéon des sports du Québec en 2025. Qu’est-ce que cette reconnaissance symbolise pour vous, plus de 10 ans après vos performances sur la scène mondiale?
Être intronisée, c’est au-delà de la performance. C’est la reconnaissance de l’histoire humaine : les hauts et les bas, la résilience, l’apprentissage. Ce qu’on lègue aussi. Les valeurs que l’on transmet.
Vous étiez engagée dans la lutte antidopage. Quels progrès avez-vous perçus dans ce domaine, et quelles zones grises persistent encore?
J’ai œuvré pour ces deux organismes jusqu’en décembre 2024. Le problème du dopage ne sera jamais complètement résolu. Je compare ça à la lutte contre le trafic de drogue. La police fait de son mieux, mais le trafic persiste.
Cela dit, des efforts ont été fournis. Un contrôle plus appuyé des athlètes est effectué maintenant. J’en veux pour preuve Maude Charron. Sa médaille d’or, elle l’a obtenue avec les mêmes résultats que moi, dans la même catégorie, mais pendant les Jeux — et non après, comme ce fut mon cas.
Que souhaitez-vous transmettre aux jeunes athlètes qui rêvent de Jeux olympiques?
La persévérance et la résilience sont des valeurs de base. Et rester fidèle à soi-même. Travailler fort et être intègre.