Qu’elles aient créé leur compte Bookstagram pour se réapproprier un passe-temps après un moment d’arrêt, ou simplement pour partager leur amour de la lecture, Marie-Pierre, Maude et Jeanne se retrouvent dans un phénomène qui nourrit leur créativité. « Ça m’apporte une certaine créativité, dans le sens de faire des publications, jouer avec des templates, ou des trucs comme ça. Ça combine plusieurs passions en même temps », précise Marie-Pierre B. Baril du compte @m.ta.lecture sur cette occupation qui leur permet de travailler avec des logiciels de montage, de donner des avis sur des livres, de discuter avec des personnes qui partagent la même passion de la lecture.
Cette communauté agit essentiellement comme moteur de motivation à continuer de lire et publier ses critiques pour Maude Nadeau de @livres.et.sapins. « Depuis quelques années, je publie en français : le côté québécois du Bookstagram est vraiment plus [agréable]. C’est vraiment ça qui me motive à continuer parce que c’est quand même de la job, pour vrai. […] Là, j’ai des amies réelles que je me suis fait grâce à ça. [Il y a] le sentiment de communauté et le sentiment, vraiment, d’être proche de tout le monde… même les maisons d’édition et les auteurs, sur le côté québécois, sont vraiment actifs. Tu peux leur parler, tu as vraiment un beau lien avec eux. […] Les gens sont super généreux. Ils commentent, tout le monde s’entraide. »
Avec cette communauté viennent davantage de possibilités pour créer des événements de groupe. Maude Nadeau donne l’exemple des invitations de la part des maisons d’édition à aller à des salons du livre à l’extérieur de la région ou même à certains lancements ou autres événements littéraires dans les grandes villes. « Avoir des événements, c’est motivant. [Mais aussi], on se motive entre nous ! »
C’est un partage qui donne l’occasion de découvrir de nouveaux livres. « Il y a des livres que je n’aurais jamais pensé lire [que j’ai lus parce que] j’ai été influencée par des personnes », raconte Marie-Pierre B. Baril. En revanche, bien que la passion et le sentiment de communauté entretiennent le désir de publier sur les réseaux sociaux, une pression liée à la quantité de livres et de critiques à livrer peut se faire sentir. « Je l’ai vu beaucoup dernièrement, j’ai vu beaucoup de personnes écrire [qu’elles ont] abandonné certaines collaborations parce que c’est trop pour elles. Moi, pour l’instant, ça va. Mais c’est sûr que parfois j’en refuse ou je le dis que je prends une pause. […] Certaines maisons d’édition ont des contraintes. Il faut soit faire une publication, soit les identifier, soit [lire et critiquer dans des délais] d’un mois à trois mois. […] Je ne suis pas tombée sur une maison d’édition jusqu’à maintenant où les contraintes étaient vraiment serrées. [Il faut considérer qu’on] a une job autre que la lecture. Quand tu t’impliques beaucoup, ça peut quasiment être un deuxième emploi », rapporte-t-elle.
« Au fur et à mesure de ma lecture, j’insère tout de suite les citations que j’aime sur Canva. À la fin, il me reste juste à écrire un résumé et mon avis. Puis, je peux le publier dans les heures suivant la fin de ma lecture. Pour un avis littéraire, ça peut me prendre peut-être une heure mais, pour ce qui est des publications, pour un défi [de lecture] ou pour apprendre à me connaître, par exemple, ça peut quand même me prendre plus de temps. [Il faut] regrouper les idées, identifier ce qui pourrait être plus pertinent, trouver des photos qui sont utilisables pour les réseaux sociaux aussi », ajoute Jeanne Côté-Dumais du compte @livresse_sans_limite.
Un avenir prometteur
Selon cette dernière, il y a « un avenir prometteur [à Bookstagram] parce que c’est une communauté saine. Je m’y sens bien. Les gens sont ouverts et doux et, le contenu étant principalement littéraire, on est moins bombardé de contenu à caractère négatif. Quand je suis sur mon compte personnel, je vois souvent de la publicité minceur, par exemple. On voit des modèles auxquels on se compare physiquement, ou on compare notre mode de vie à celui des autres, notre assiette ou quoi que ce soit. Mais sur Bookstagram, ce que je vois, ce sont des livres, des gens qui comme moi préfèrent lire. Quand je scroll sur Instagram, je me sens plus anxieuse, je me sens plus bombardée d’informations, de produits à acheter, de solutions miracles. Quand je scroll sur Bookstagram, oui j’ai envie d’acheter plein de livres, mais je sens que c’est plus doux, ça me détend, c’est du partage, pas de la vente sous pression. »
Un conseil pour se lancer
« Juste de commencer. Souvent, les gens se créent un compte. Dans la bio, ils mettent ce qu’ils aiment lire. Pour commencer, un post qui les présente, ainsi ça permet de connaître un peu leur personnalité. Après, il faut juste publier sur les livres que tu veux. […] Maintenant, avec des outils comme Canva, tu peux faire des petits montages, des trucs faciles. Ou même, juste prendre une photo d’un livre devant un mur blanc. Tant que le texte est vrai. Ce que les gens n’aiment pas sur les réseaux sociaux, c’est quand ça sonne faux et que tu as l’impression de publicité. Souvent, aussi, d’aller dans les abonnés et les abonnements des personnes que tu aimes déjà et de commenter quelques publications, [et il y aura un effet d’enchaînement] », résume Maude Nadeau.