Le Centre d’exposition du Rift propose comme nouvelle exposition État plasma qui entraîne le public dans un univers où science, fiction et mémoire collective se confondent. Fruit d’une collaboration entre les artistes Mariane Tremblay et Gabriel Fortin, cette installation rétrofuturiste s’inspire d’une théorie du complot née au Saguenay–Lac-Saint-Jean dans les années 1980 et toujours bien vivante dans l’imaginaire collectif.

L’exposition prend appui sur le plasma, quatrième état de la matière, omniprésent dans l’univers, mais largement méconnu. Présent dans les éclairs, les étoiles, les aurores boréales ou encore l’ionosphère terrestre, le plasma devient ici un point de départ symbolique pour interroger le rapport à l’invisible, aux technologies et à ce que l’on croit comprendre du monde. À travers une installation multiforme, les artistes revisitent une mission secrète américaine qui aurait été menée à Sainte-Hedwidge, où une base militaire aurait servi à tester des ondes électromagnétiques dans un contexte de guerre froide.
Selon Émilie B. Côté, codirectrice générale et directrice artistique des arts visuels au Rift, l’exposition nécessite une importante mise en contexte. « C’est une exposition où il y a beaucoup de choses à raconter. On parle d’une théorie du complot des années 1980 où l’armée américaine aurait installé une base militaire pour faire des tests avec des ondes, dans le but d’espionner les Russes. À partir de là, les artistes se sont intéressés à tout le phénomène de la désinformation, à la façon dont les rumeurs circulent, à ce qu’on croit et à ce qu’on choisit de ne pas croire. »
Cette réflexion se déploie à travers des références historiques, des éléments visuels et sonores, ainsi qu’une accumulation d’indices fragmentaires. Les visiteurs sont invités à naviguer dans un récit éclaté, où les témoignages indirects, les souvenirs transmis oralement et les faits scientifiques se superposent. « Il y a toujours quelqu’un qui connaît quelqu’un qui aurait travaillé sur la base militaire. Ce sont des mythes qui se transmettent, presque comme un folklore. On est vraiment dans un voyage rempli d’éléments étranges, d’indices disséminés un peu partout », souligne Émilie B. Côté, qui parle d’une exposition immersive qui mérite d’être vécue.
Créée en 2023, État plasma n’en est pas à sa première présentation. Les artistes expliquent que l’exposition a amorcé une circulation à travers plusieurs régions du Québec après une première diffusion au Saguenay. « On l’a présentée au Saguenay, puis elle a commencé à voyager à Québec, Brompton, Victoriaville, maintenant Ville-Marie, ensuite Gatineau, avant de revenir dans notre région », expliquent-ils. Un choix qui n’est pas anodin, puisque le projet entretient un lien étroit avec les réalités régionales. « L’exposition a été majoritairement choisie par des centres en région. Chaque village a ses histoires, ses rumeurs, ses récits transmis de bouche à oreille. C’est quelque chose de très ancré dans la culture orale. »
Basés à Larouche, dans le Haut-Saguenay, Mariane Tremblay et Gabriel Fortin collaborent en duo depuis 2023. Leur pratique commune se situe au carrefour des arts visuels, du cinéma, de la science et de l’histoire. Dans État plasma, le son, l’électronique et les dispositifs analogiques occupent une place importante. « Ceux qui s’intéressent au son et à l’électronique vont y trouver leur compte. Il y a plusieurs petits appareils, des bidules, et une attention particulière portée à l’univers matériel », expliquent-ils. Le plasma, bien que rarement représenté de manière littérale, traverse l’exposition de façon symbolique, évoquant son caractère fugace, invisible et parfois perturbateur, notamment lors de tempêtes solaires pouvant affecter les technologies.
Présentée au Centre d’exposition du Rift, l’exposition est une proposition artistique immersive qui invite à douter, à observer et à réfléchir, dans un espace où science et imaginaire se rencontrent.