Le 12 février en avant-midi, une importante simulation d’intervention d’urgence s’est tenue à l’aéroport de Saint-Bruno-de-Guigues. L’exercice, planifié de longue date, réunissait de nombreux partenaires : la Sûreté du Québec, les ambulanciers de Dessercom, les pompiers de la Régie intermunicipale de la sécurité incendie du Témiscamingue (RISIT), le personnel du ministère des Transports et de la Mobilité durable (MTMD), le Centre intégré de gestion de la circulation (CIGC), le CISSS de l’Abitibi-Témiscamingue, le service 911, l’organisme SERABEC (Sauvetage et recherche aériens du Québec) et le Centre de formation en transport de Charlesbourg (CFTC) pour le volet suivi de vol. L’après-midi était consacré à l’analyse en profondeur du déroulement des opérations.
À la tête de la planification, Caroline Gagné, responsable experte de la Conformité des plans de mesures d’urgence et des Exercices aéroportuaires pour les 12 infrastructures aéroportuaires situées au sud du 55e parallèle pour la direction de l’exploitation aéroportuaire (DEA) du MTMD, supervisait l’ensemble de la démarche. « L’alerte s’est déclenchée. C’est presque toujours la même procédure », explique-t-elle. Le premier appel est effectué au 911, qui mobilise les services incendie, policiers et paramédicaux. En parallèle, le CIGC agit comme « 911 interne du ministère », avisant rapidement les autorités et les personnes concernées permettant ainsi l’ouverture d’un centre de coordination d’urgence (CCU) pour la gestion de l’événement.
Sur le terrain, le préposé de l’aéroport assume d’abord le rôle de coordonnateur sur place au poste de commandement mobile, tel que l’exige le Règlement de l’aviation canadien. Lorsque le service incendie arrive, il prend officiellement le commandement des opérations, tandis que le ministère demeure en soutien. « C’est comme un ballet à orchestrer entre chacun des partenaires. Aujourd’hui, on a pu réaliser à quel point ce ballet-là était majestueux », souligne Mme Gagné. « Tout le monde savait exactement quoi faire, quand le faire. »

Le scénario élaboré pour l’exercice s’inspirait d’un événement réel survenu au Québec, il y a quelques années. Les intervenants avaient une situation où deux appareils ayant quitté Rouyn-Noranda dans le cadre d’une opération privée entraient en collision en plein vol. L’un des avions, un Cessna 172, transportait une famille ; l’autre appareil, un Cessna 150, comptait un pilote et un caméraman. À la suite de l’impact, un appareil s’écrasait à l’extérieur du périmètre immédiat de l’aéroport, nécessitant l’intervention de SERABEC pour la recherche aérienne, tandis que l’autre parvenait à atterrir à Saint-Bruno-de-Guigues avec d’importants dommages structuraux et plusieurs blessés à bord.
Les paramédicaux ont dû procéder au triage des victimes, dont des figurants mineurs et un mannequin représentant un bébé de moins de deux ans. « La prise en charge d’un bébé n’est pas la même que pour un adulte. On doit abaisser notre regard lors de la recherche. Un bébé, c’est souvent au sol », précise Mme Gagné. Dans un environnement enneigé, l’exercice a d’ailleurs permis de constater les défis particuliers liés à la saison hivernale.
L’édition 2026 marquait également l’intégration formelle de SERABEC au scénario. L’organisme, composé de bénévoles passionnés d’aviation, compte cinq membres au Témiscamingue, incluant un pilote. À l’échelle régionale, trois avions participent aux missions de recherche, en collaboration avec des équipes au sol et des équipes de drones munis de caméras thermiques. « C’est exactement comme des pompiers volontaires », expliquait récemment Jocelyn Bergeron, directeur de la région 08 pour SERABEC. « Les gens font ça parce qu’ils ont à cœur d’aider. » Les formations sont basées sur les manuels des Forces armées canadiennes et des entraînements ont lieu mensuellement.
Si des exercices sont réalisés chaque année sous différentes formes (de communication ou de table axées sur la discussion), le déploiement complet sur le terrain, appelé exercice général, a lieu tous les quatre ans dans chacune des 12 infrastructures. « On doit explorer toutes les saisons. Un accident, on ne peut pas le planifier », rappelle Mme Gagné. L’objectif demeure constant : mettre à l’essai les procédures, identifier les forces et les vulnérabilités, puis bonifier les pratiques.
Au terme de la journée, le bilan était positif. « Est-ce qu’un exercice est parfait ? Non. Est-ce qu’un événement de gestion de crise parfait existe ? Non. Mais aujourd’hui, c’était mission accomplie », affirme la responsable. Elle insiste sur l’importance de l’implication des partenaires et de la communauté. « Avoir une infrastructure aéroportuaire sur son territoire est un privilège, mais ce privilège vient avec des obligations. C’est une responsabilité engagée. »