Gisèle Bélanger tire sa révérence après 58 ans de service traiteur

18 février 2026

par : Dominique Roy| Journalisme de l'initiative de journalisme local

photo : Journal Le Reflet

Après 58 ans à servir sa communauté avec une énergie inépuisable et un cœur plus grand que ses chaudrons, Gisèle Bélanger tourne enfin la page sur une carrière de traiteur qui aura marqué le Témiskaming ontarien. À 79 ans, celle qui a nourri des milliers de personnes dans les écoles, les mines, les organismes, les fêtes familiales, les funérailles, les mariages et les grands événements communautaires tire sa révérence, même si, avoue-t-elle en riant, « le monde veut pas que je lâche ».

Une vocation née très tôt

« Depuis l’âge de 10 ans qu’on travaille, nous autres », se rappelle-t-elle. En effet, l’histoire culinaire de Gisèle Bélanger commence à l’âge de 10 ans alors qu’elle aidait sa mère à préparer une trentaine de repas par jour pour les travailleurs des mines. Pas de restaurant, pas de cafétéria, pas de grande cuisine professionnelle… tout simplement une maison familiale transformée en cantine improvisée. Pendant plusieurs années, cette maisonnée a bourdonné de travailleurs affamés et de casseroles fumantes. C’est là que la petite Gisèle a développé son éthique de travail, sa discipline et son amour pour la cuisson.

Une carrière polyvalente

Son entreprise, Gisele’s Catering Ltd, a été officiellement enregistrée en 1982. Toutefois, les contrats ont débuté bien avant cette date. Elle se souvient de son tout premier, le 8 décembre 1968, alors qu’elle cuisinait et servait un réveillon de Noël pour les employés de l’entreprise Cashway (devenue ensuite Rona), à New Liskeard. Des contrats, elle en a eu avec presque toutes les entreprises et les organisations de la région. Nommez le nom d’une entreprise, d’un organisme communautaire, d’une institution, d’un groupe, peu importe, il fait partie de sa liste assez exhaustive de clients. Cuisinière ambulante, elle a même dépassé les frontières de la région, allant jusque dans le nord de l’Ontario dans des communautés autochtones. Il fut une époque où elle avait jusqu’à 12 employés pour suffire à la demande.

Parmi les événements les plus marquants, elle mentionne les festivités de l’école secondaire catholique Sainte-Marie où elle a servi 1200 personnes lors du 25e anniversaire et 750 personnes lors du 50e anniversaire. Du côté de ses contrats de plus longue durée, il y a celui de la cafétéria de l’ancienne école d’agriculture où elle a travaillé de 1982 à 1998 et le service de restauration du club de golf qu’elle a offert pendant 15 ans.

Brunchs, dîners, soupers, midnight lunchs, prêt-à-manger, repas congelés, repas chauds, repas froids, restauration rapide, cuisine plus raffinée… Son bagage culinaire est des plus étoffés.

Un savoir-faire artisanal

Gisèle Bélanger (4)

Tout au long de sa carrière, Gisèle Bélanger est demeurée fidèle à ses méthodes. Pas d’Air Fryer, pas de gadgets. Tout est fait à la main, comme avant. Elle roule encore sa pâte elle-même, parfois jusqu’à 60 tourtières par jour. « Je cuisine même la nuit pour réussir à finir toutes mes commandes du temps des Fêtes. » Et pour stocker tout cela, elle compte neuf congélateurs et cinq réfrigérateurs chez elle.

Elle est aussi de celle qui réutilise tout, qui évite le gaspillage. Par exemple, elle garde les bouillons de dinde pour faire ses soupes qu’elle distribue souvent gratuitement. Parce qu’en plus de cuisiner de façon lucrative, elle en fait aussi bénévolement pour certains organismes communautaires afin de prêter main-forte.

Le bonheur et les défis de la cuisine

Quand on lui demande ce qu’elle aime le plus de son métier, elle répond spontanément… la cuisson… qui vient avec cette chaleur et cette odeur réconfortantes qui se répandent dans la maison. Quant aux défis, elle a dû jongler avec la hausse des prix. Elle court les spéciaux et a dû dire adieu à certaines épiceries où les prix sont beaucoup trop élevés. Elle note aussi la montée des allergies et des restrictions alimentaires, un défi qui lui semble plus complexe que le travail physique lui-même. Sans gluten, sans lactose, végétarien, végétalien, sans porc… C’est une nouvelle réalité avec laquelle elle avoue avoir du mal à s’adapter. C’est comme le diabète dont elle est atteinte et qui l’empêche de goûter certains desserts. « Mais je triche, des fois, pour m’assurer que tout est parfait. »

Un héritage qui restera longtemps

Gisèle Bélanger a servi son dernier repas le 18 janvier 2026, lors du Brunch des organismes de l’ACFO Témiskaming. Même si plusieurs organisations tentent encore de la convaincre de revenir « juste une fois », elle a décidé de fermer son entreprise. Bientôt, elle entreprendra la vente de ses équipements. Celle qui a toujours vécu dans les chaudrons et derrière les fourneaux, enchaînant jusqu’à 14 heures de travail par jour, debout (un seul arrêt de deux semaines en 58 ans après une chirurgie au genou), laisse derrière elle un héritage culinaire et humain exceptionnel, façonné par le travail acharné. Chose certaine, cette cuisinière restera dans la mémoire gustative et affective de plusieurs générations de la communauté.

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