Sur le chemin du retour, Francis Royal, aujourd’hui entraîneur-chef de l’équipe canadienne féminine de ski alpin, a accepté de parler de son parcours avec simplicité, mais aussi avec une lucidité forgée par des années d’engagement au plus haut niveau. Même à des milliers de kilomètres de l’Abitibi, ses racines demeurent bien présentes dans son discours. Originaire de Rouyn-Noranda, avec des attaches familiales à Ville-Marie, il se confie sur son expérience aux Jeux olympiques d'hiver de Milan-Cortina 2026.
Son histoire commence au mont Kanasuta, dans une famille où le sport faisait partie du quotidien. « Chez nous, c’était d’abord le hockey. Puis finalement, le tout s’est transformé en ski et c’est devenu notre sport familial. » Élevé en campagne, il grandit dans une culture où bouger est naturel. Il fait de la compétition pendant plusieurs années avant de poursuivre des études en éducation physique et en intervention sportive à l’Université Laval, où il continue de skier au sein d’une équipe universitaire reconnue. « Lors de mes études, tout est bien tombé. Une passion pour le ski et pour le coaching. » À la fin de son parcours académique, une opportunité avec l’équipe du Québec de ski alpin s’offre à lui. Il y restera 12 ans comme entraîneur à temps plein, avant de joindre l’équipe canadienne lors du dernier cycle olympique.

Il explique que le ski alpin élite est un sport d’une compétitivité redoutable. « Lors de la compétition olympique, il y avait au départ 95 athlètes et 56 pays représentés. Une médaille, ce n’est pas simple. » Contrairement à certains sports où quelques nations dominent, le ski alpin est développé partout. Les marges sont minces et les erreurs coûtent cher. Lors du récent slalom féminin, les Canadiennes ont livré des performances solides malgré un contexte marqué par les blessures. « On était optimistes, mais réalistes. Il allait falloir un peu de chance. » Une erreur en première manche a compromis les chances de podium de Laurence St-Germain, mais sa deuxième manche, où elle a réalisé le sixième temps, tout près du chrono des médaillées, a démontré son calibre. « Basé sur ce qu’on avait entre les mains, est-ce que c’est une bonne journée? Je pense que oui, somme toute. »
Au-delà du résultat brut, Francis Royal insiste sur la réalité du sport olympique. « Les Olympiques, c’est deux manches de 45 secondes à une minute. Tu prépares tes athlètes pendant quatre ans pour cette journée-là. » La préparation devient stratégique : gestion des déplacements, attention à l’alimentation, environnement plus stable en appartement, réduction des transports inutiles dans les semaines précédant l’épreuve. Il rappelle aussi une différence importante entre les nations européennes et le Canada. « Nos athlètes sont en Europe pendant trois ou quatre mois consécutifs. Les Suisses ou les Françaises peuvent retourner à la maison entre certaines compétitions. Pour nous, c’est exigeant mentalement. » Arriver en février dans un état optimal relève donc d’un équilibre délicat entre performance et gestion humaine.
L’expérience olympique dépasse toutefois la course elle-même. Les familles étaient présentes, créant une atmosphère particulière. « Il y a très peu d’Olympiens ou d’Olympiennes. C’est là que tu réalises que, au-delà de la médaille, l’expérience d’être olympien, c’est gros. » À 40 ans, il a lui-même vécu un moment marquant, loin des projecteurs, dans un autobus en route vers les épreuves. « J’ai eu un moment de réalisation. J’ai pensé à ma famille, aux gens de la communauté, aux messages reçus de l’équipe du mont Kanasuta, des gens avec qui j’avais grandi. J’ai réalisé que j’avais ce privilège-là et que je pouvais transporter les gens un peu avec moi. » L’émotion l’a surpris. « Le petit gars de Rouyn que j’étais, j’y rêvais comme athlète. Là, je le suis d’une façon un peu différente. »

S’il parle avec exigence de performance, il parle aussi avec reconnaissance de l’appui reçu. « Ça m’a fait chaud au cœur de reconnecter avec des médias de l’Abitibi et de recevoir des messages de la communauté. » Pour lui, mettre en lumière des parcours issus des régions est important. « Parfois, on pense que parce qu’on est en région, on n’a pas les mêmes opportunités. Plus jeune, je me sentais loin. Mais on s’aperçoit qu’il y a plein de possibilités. » Il souhaite que son parcours puisse inspirer des jeunes à continuer de rêver, dans le sport ou ailleurs.
Quant à la suite, il demeure ouvert. Père de deux enfants, établi à Québec depuis ses études universitaires, il sait que la vie d’entraîneur de haut niveau est exigeante pour la famille. « Est-ce que je reste dans le statu quo? Est-ce que je regarde d’autres opportunités? Je prends toujours un moment au printemps pour évaluer où j’en suis. » Plus que la recherche d’un échelon supérieur, c’est l’équilibre qui guide sa réflexion. « On sacrifie beaucoup. À un moment donné, il faut s’assurer que ça coïncide avec ce que tu veux continuer de vivre, puis que mes enfants soient heureux là-dedans. »
De Rouyn à la scène olympique, Francis Royal poursuit son parcours avec la même intensité que le jeune skieur du Kanasuta qu’il était. Mais aujourd’hui, au-delà de la performance, il mesure surtout le privilège de vivre ces moments, de les partager avec les siens et de démontrer que, même en partant d’une région éloignée, les rêves peuvent prendre une ampleur insoupçonnée.