L’art pour briser le silence sur le suicide

3 mars 2026

par : Claudie Hamelin | Journaliste de l’Initiative de journalisme local

photo : Le Rift

Le 26 février, le Théâtre du Rift, en partenariat avec le Centre de prévention du suicide du Témiscamingue (CPST), a présenté à la Galerie du Rift une activité de médiation culturelle. Cette rencontre devait préparer le public à la représentation de la pièce Merci d’être venus, qui a eu lieu le 28 février.

Cette activité conviviale et réflexive a permis aux participants de se rassembler et d’échanger sur un sujet sensible, tout en découvrant comment l’art peut ouvrir le dialogue. Accessible à tous, elle ne nécessitait aucune prise de parole obligatoire.

« Depuis toujours, l’art aborde ce thème de multiples façons. Je trouve pertinent de pouvoir discuter de suicide afin de faire de la prévention efficace », explique Anabelle Landry Genesse, directrice générale du CPST.

Pour garantir le bien-être des spectateurs, l’équipe de Merci d’être venus veille à la présence d’intervenants spécialisés en prévention du suicide pendant et après la représentation, afin d’offrir un cadre sécurisant. Il était également essentiel pour l’équipe du Rift que ces professionnels soient présents lors de l’atelier préparatoire.

« Comme l’atelier a été développé en collaboration avec le CPST, la médiation devait absolument inclure leur présence pour aborder ce thème avec justesse et bienveillance. Cet espace préparatoire permet de mettre des mots sur les émotions, de préparer le public à ce qu’il allait voir et entendre, de contextualiser la démarche artistique, d’explorer les thèmes abordés et d’offrir des repères avant la représentation. Nous proposons déjà des ateliers préparatoires dans le cadre de nos programmations scolaires et nous constatons que l’appréciation de l’œuvre est presque toujours enrichie grâce à ces rencontres, qui approfondissent l’expérience et la compréhension du spectateur », précise Alexandra Vincent-Paquin, codirectrice générale et directrice artistique des arts de la scène au Rift.

Très heureuse que le Théâtre du Rift ait initié cette collaboration, Anabelle Landry Genesse explique : « Ce type de projet nous passionne, car il repose sur des partenariats inédits qui permettent de sensibiliser encore davantage à la prévention du suicide. La médiation culturelle est souvent plus accessible et moins intimidante qu’une pièce de théâtre. Elle offre la possibilité de travailler en petit groupe, de s’ouvrir davantage et d’accompagner les participants pour garantir leur sécurité et leur bien-être. »

Merci d’être venus

« Cette pièce s’inscrit dans notre volonté de proposer des œuvres fortes, humaines, actuelles, capables de toucher, d’interroger et de rassembler le public. Gabriel Morin y aborde le suicide avec sensibilité et intelligence, sans choquer ni moraliser, mais en offrant un espace de réflexion encadré et sécuritaire », explique Alexandra Vincent-Paquin.

Merci d’être venus est un monologue autobiographique dans lequel Gabriel Morin explore les répercussions du suicide de son frère sur sa vie et celle de ses proches. Avec une franchise et une pointe d’humour, il cherche à ouvrir le dialogue sur le suicide et la santé mentale.

Sur scène, le personnage revient sur le drame survenu quinze ans plus tôt, tentant d’en comprendre le sens. Entre colère et culpabilité, il réalise qu’il a longtemps eu l’impression de devoir « vivre pour deux ». Pendant quinze ans, il s’est senti obligé de « performer la vie » en l’honneur de son frère, jusqu’à transformer cette expérience en pièce de théâtre pour avoir une ultime conversation avec lui.

« Le théâtre permet d’aborder ces réalités avec une certaine distance, dans un cadre collectif qui peut briser l’isolement. À travers l’œuvre, on peut reconnaître des émotions, se sentir moins seul et réfléchir sans être directement confronté. En passant par l’art, on s’expose aussi à un univers qui n’est pas le nôtre; on entre dans l’univers intime de l’artiste. Gabriel Morin y partage son propre cheminement à travers le deuil, et le fait qu’il parle d’une expérience réellement vécue donne à l’œuvre une profondeur, une authenticité et une humanité qui touchent autrement », termine Mme Vincent-Paquin.

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