Mère monoparentale, femme d’affaires à succès et survivante du cancer, Raymonde St-Pierre a de quoi inspirer. En entrevue, l’entrepreneure de 57 ans regarde en arrière pour mieux avancer.
Plusieurs personnes ont connu Raymonde St-Pierre alors qu’elle était cheffe cosméticienne. « Après mes études en cosmétologie, j’ai travaillé douze ans pour Jean Coutu, explique-t-elle. J’ai beaucoup aimé ce métier-là, mais un jour, je me suis sentie saturée. Je ne me voyais pas passer trente autres années à faire ça. » Mère d’une fille qu’elle avait eue à 19 ans et qu’elle élevait seule, elle s’est beaucoup questionnée sur son avenir. « J’avais une sécurité d’emploi et je ne voulais pas brimer mon enfant en changeant de carrière. »
Malgré son expérience en cosmétique et ses études en esthétique, un vieux rêve la titillait : celui de continuer sa vie entre ciel et terre. « Dans ma famille, il y a beaucoup d’aviateurs et de pilotes. Ça me coule dans les veines. Quand j’avais seize ans, chez l’orienteur, je lui avais dit que mon plus grand rêve était de devenir pilote commercial. Il m’avait dit d’oublier ça, car il n’y avait pas de places pour les femmes dans le domaine. »
Si l’adolescente a d’abord tenté d’oublier son rêve d’aviation, jamais celui-ci n’est disparu. « Après douze ans chez Jean Coutu, j’ai passé ma licence en aviation, j’ai commencé mon cours professionnel et j’avais tout organisé pour continuer mes études à Toronto en amenant ma fille. Par contre, j’ai réalisé que je serais souvent absente. Dans ce métier-là, au début, tu pars souvent sans savoir quand tu vas revenir et tu es souvent appelé à la dernière minute. Bref, j’ai choisi ma fille. »
Débuts en affaires
À l’automne 1999, elle ouvrait la clinique Esthétique et Laser Raymonde St-Pierre. Au-delà des soins qu’elle procure à sa clientèle, elle chérit sa vie en affaires pour la confiance qu’on lui donne. « En esthétique, on est entre quatre murs avec une personne qui a des sentiments, dit-elle. J’ai vu beaucoup de femmes pleurer durant leurs soins, parce qu’elles me confiaient des choses. D’autres sont venues me voir après avoir fait de grands choix de vie en me disant que c’était grâce à moi qu’elles avaient avancé. Puisque j’ai eu beaucoup d’épreuves dans ma vie, j’étais en mesure de les écouter et de les comprendre. »
En effet, la vie ne l’a pas épargnée. À l’automne 2024, les médecins lui ont découvert un cancer du sein, deux ans après le décès de son conjoint d’un cancer. « J’avais vu ce que ça faisait dans une vie. Du jour au lendemain, j’ai arrêté de travailler. Mon cancer était de type triple négatif, donc très agressif. Heureusement qu’on est très bien traité par le milieu médical en Abitibi. Ce sont des anges. »
Elle a d’abord fait de la chimiothérapie par intraveineuse chaque semaine de janvier à juin 2025. « Je n’avais plus de vie. J’avais de la difficulté à sortir marcher dans ma cour. Une chance que ma fille et plusieurs bonnes amies sont venues m’aider souvent. Finalement, les traitements de chimio ont fait disparaître 95 % de la masse. Je me suis ensuite fait opérer pour retirer ce qui restait et j’ai fait de la radiothérapie à Rouyn-Noranda. » À l’automne 2025, elle a recommencé la chimio en pilules avec de l’immunothérapie. « C’est un traitement curatif et non palliatif. Je n’en décéderai pas. »
Depuis environ 18 mois, néanmoins, sa vie professionnelle est sur pause. Elle peut toutefois compter sur la présence d’une assistante qu’elle avait engagée durant la maladie de son conjoint, afin de le garder à la maison le plus longtemps possible. « Elle et toutes les filles de mon équipe me soutiennent énormément. Une chance qu’elles sont là. Quand j’ai reçu le diagnostic, j’ai eu peur ! Je me demandais si je devais vendre et si les gens allaient rester. J’ai pris le risque de continuer et mes clientes sont restées fidèles. Ça vient me chercher quand j’en parle… C’est un immense stress en moins. »
Se disant honorée d’être mise en lumière pour inspirer les femmes, elle explique que son premier modèle au féminin n’était nulle autre que sa mère. « Elle a été une famille d’accueil durant des années, en plus de travailler. C’est un gros don de soi. Il y avait toujours au moins six enfants autour de la table. En plus, une rareté pour l’époque, elle conduisait et elle travaillait. » Elle cite aussi des femmes comme Janette Bertrand. « Elle avait de l’autonomie. Elle faisait des choix pour sa vie. Elle ne voulait pas dépendre d’une autre personne pour prendre son envol. » Il y a fort à parier que plusieurs femmes citeront désormais Raymonde St-Pierre comme source d’inspiration.