Infirmière de soir aux soins intensifs depuis plus de vingt ans, Geneviève Ouellet est passionnée de son emploi, malgré les défis qu’elle peut y vivre. Son quotidien ressemble à peu d’autres, rythmé par l’efficacité sous l’adrénaline et la douceur envers les familles des patients.
Pour celle qui a débuté sa carrière dans le milieu de la santé en tant qu’ambulancière, le poste d’infirmière aux soins intensifs était l’emploi de rêve. Depuis toute petite qu’elle était attirée par la santé et le bien-être mais, plus encore, « je voulais quelque chose qui bouge, qui n’a pas de routine et qui allait m’apporter de l’adrénaline, qui allait me faire sentir vivante », confie Geneviève Ouellet, infirmière de soir aux soins intensifs. « Je voulais sauver des vies. »
Elle vit quotidiennement des défis, en étant liée au travail des médecins et en développant une forme d’autonomie parce que toute l’équipe est absente (les nutritionnistes, les physiothérapeutes, les médecins, etc.), en ayant les ressources nécessaires. Plus que tout, elle vit de l’adrénaline comme elle le recherchait. « Tu dois être prête à toute éventualité. Tu es en vigilance constante pour t’assurer que l’état de personne ne se détériore. Parfois, il est question de minutes. En allant en amont du problème, tu évites de grandes catastrophes. Ça a son lot de stress, mais c’est très gratifiant.
Est-ce que le fait de travailler de soir lui cause quelques inconvénient s? Au contraire ! Pour Geneviève Ouellet, l’équilibre se trouve dans cette routine. « Le soir, j’adore ça parce que tu dors la nuit donc tu n’es pas virée tout à l’envers. Le jour, tu as le temps d’aller à tes rendez-vous, d’aller faire l’épicerie, de t’entraîner, etc. Ça fait une belle routine de jour. Le soir, [au travail], il y a une ambiance cozy. Ça commence avec les soupers des patients, après tu vas souper, ensuite les routines de soins. Après ça, les gens se couchent, tu fermes les lumières. Et ça devient plus tranquille (évidemment, quand tout le monde va bien). […] Quand il y a un patient qui va moins bien, cette routine-là n’existe plus du tout. On ne va pas souper, on ne va pas à la toilette. Si j’ai un patient qui ne va pas bien, ma partner s’occupe de l’autre. »
À ce moment-là, la présence des médecins est plus étroite et Geneviève Ouellet s’occupe uniquement de ce patient. Il arrive que des transferts vers Montréal soient organisés et qu’elle doive suivre le patient jusqu’à l’aéroport de Val-d’Or, Amos ou Rouyn-Noranda en ambulance. Tout comme il arrive que l’état d’un patient de sa collègue puisse se dégrader en même temps, alors qu’elle doit déjà s’occuper des deux autres. C’est un travail de logistique qui s’organise avec toute l’équipe pour rendre les meilleurs soins possibles dans un contexte donné. « C’est là que ça devient stressant un peu parce que tu laisses ta partner toute seule avec trois patients. S’ils vont bien, c’est une chose, mais tu es aux soins intensifs. Donc, ils sont là pour une raison. Ça se peut qu’il y en ait un autre, en jargon, qui cochonne. »
La ligne semble mince entre la réalité de l’urgence et les soins intensifs. « L’urgence, c’est pour éteindre des feux. Les soins intensifs, c’est vraiment plus de la santé globale », résume Geneviève Ouellet.
Certaines situations peuvent rendre difficile la déconnexion du travail à la fin du quart. Pour Geneviève Ouellet, ce qui la chamboule le plus, ce sont les cas de jeunes patients et les événements traumatiques. « La famille est un peu plus éprouvée et il y a plus une atmosphère de peine. Tu entends la famille crier, pleurer. Ça, même si tu as tout fait ta job comme tu pouvais le faire… parfois, le patient arrive déjà mort. On a essayé, on a essayé, mais la vie en a décidé autrement. Ce genre de cas-là, c’est toujours bien troublant. […] Tu arrives le soir [chez toi] et ça prend une zone tampon pour calmer ton mental. »
À la fin d’un soir, ce qui la rend fière, « c’est d’avoir contribué à la stabilité et à l’amélioration ou à l’évitement de la détérioration de l’état d’une personne, d’avoir vu les coups d’avance. D’avoir prévu l’imprévisible. Même quand l’évolution est incertaine, d’avoir fait des soins sécuritaires, rigoureux, humains. Ce qui me rend fière aussi, c’est de l’avoir fait avec rapidité, efficacité et en douceur. »