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Un jaguar à Rouyn-Noranda : Souvenir d’une autre époque

21 mars 2026

par : Dominique Roy| Journalisme de l'initiative de journalisme local

photo : Nathalie Lessard

Certaines histoires traversent le temps et ressurgissent là où l’on s’y attend le moins. C’est le cas du fameux jaguar qui, à la fin des années 1980, faisait tourner les têtes et alimentait bien des conversations dans les rues de Rouyn-Noranda. Près de quarante ans plus tard, une simple photo publiée sur les réseaux sociaux a ravivé cette mémoire collective, rappelant combien cette époque était unique, audacieuse et parfois impensable selon les critères d’aujourd’hui.

Parmi les images qui ont récemment circulé, celles de Nathalie Lessard, prises vers 1987-1988, ont marqué l’imaginaire. À tout juste vingt ans, elle participait à une séance photo peu banale avec un jaguar surnommé « bébé Rocky ». À l’époque, ce type d’expérience ne semblait ni aussi choquant ni aussi encadré qu’il le serait aujourd’hui. « C’était pour vivre quelque chose d’unique et marquant », se rappelle-t-elle. Pour beaucoup, c’était surtout une curiosité rare, soit un animal exotique dans une ville minière du nord du Québec.

Marco et son jaguar

Nathalie Lessard ne vivait pas officiellement à Rouyn-Noranda à ce moment-là. Elle y travaillait, faisait des allers-retours entre la capitale nationale du cuivre et Hawkesbury, passant ainsi plusieurs semaines consécutives dans la région. Elle s’y était créé un solide réseau d’amis, et cette période demeure l’une des plus vivantes de sa jeunesse. La séance photo, qui coûtait environ 10 $, était offerte par un homme prénommé Marco, propriétaire du jaguar.

Le déroulement de la séance se voulait presque insouciant. Nathalie Lessard et une amie, qui participait elle aussi à la prise de photos, montaient dans un arbre, tentant d’y faire grimper le félin. Pourtant, un événement marquant viendra rappeler la nature sauvage de l’animal. Une jeune femme, passée avant elles, avait sorti une peau d’animal pour se faire photographier avec le jaguar. En une fraction de seconde, celui-ci bondit sur la peau, forçant le propriétaire de la bête à lutter pour la retenir. « C’est là qu’on a vraiment compris que, malgré tout, ça restait un animal sauvage », explique Mme Lessard.

Avec le recul, cet épisode témoigne d’une époque où les normes entourant la possession et l’exposition d’animaux exotiques étaient bien différentes. Marco se promenait même avec le jaguar sur les trottoirs de Rouyn-Noranda, « comme si c’était un chien », un comportement qui, selon elle, inquiétait plusieurs citoyens et aurait éventuellement conduit la Ville à demander son départ.

Des décennies plus tard, la publication récente des photos sur la page Facebook Rouyn Et Noranda — Une Histoire En Photos a provoqué un véritable raz-de-marée de réactions : plus de 300 commentaires, des centaines de mentions « j’aime », et une pluie de souvenirs partagés. Nathalie Lessard a été surprise par l’ampleur de l’engouement. « Je ne m’attendais pas du tout à ça. » Les messages les plus marquants étaient empreints de nostalgie, évoquant une période charnière de la ville.

Aujourd’hui, ces photos ne sont plus seulement des clichés insolites. Elles sont devenues des fragments d’histoire. Elles rappellent une mentalité différente, une ville en effervescence et une jeunesse marquée par l’audace. Le jaguar de Rouyn-Noranda, aussi improbable soit-il, demeure un symbole puissant de cette époque révolue, mais profondément ancrée dans la mémoire collective. Félix B. Desfossés, journaliste musical, chroniqueur, auteur et documentariste, s’est tout de suite intéressé à cette histoire lorsqu’il a vu la publication de ces photos. Ses recherches sur le sujet vont bon train, de sorte qu’il prépare une éventuelle émission pour son balado L’histoire de queq’chose.

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