Le 26 mars dernier, les élèves de l’école Marcel-Raymond ont été invités à participer à une activité qui, à première vue, semblait anodine : une distribution gratuite de lunettes par une prétendue entreprise internationale. Derrière cette mise en scène soigneusement orchestrée se cachait toutefois une démarche de sensibilisation bien réelle visant à développer l’esprit critique des jeunes face aux influences et aux dépendances.

Organisée dans le cadre du Plan génération sans fumée, l’activité prenait la forme d’un prank encadré par des intervenants de l’école et du réseau de la santé. Une annonce à l’interphone invitait les élèves à se présenter en grand nombre dans un local de l’école pour obtenir un produit présenté comme rare et convoité. Une cinquantaine d’élèves ont ainsi participé à l’expérience, attirés notamment par la gratuité et la curiosité.
« Le but, c’était de vous sensibiliser. Toutes les choses qui sont belles, faciles à avoir, il y a toujours un prix », a expliqué Maxime Bourassa, enseignant en éducation physique, lors du retour sur l’activité. Les participants devaient notamment fournir des informations personnelles et signer un formulaire dont certaines conditions étaient inscrites en petits caractères, un élément clé de la démonstration.
L’exercice visait à reproduire des situations réelles où les jeunes peuvent être influencés par le marketing, la pression sociale ou encore par des offres attrayantes, notamment en lien avec la consommation de nicotine. « On voulait faire réfléchir, de voir la “pogne” avant qu’elle arrive. Le marketing, c’est ça : aller vous chercher avec des choses attrayantes », a ajouté l’enseignant.
Pour plusieurs élèves, l’expérience a permis de prendre conscience de leur propre vulnérabilité. Mélia Mayer, qui a assisté à l’activité, a souligné la facilité avec laquelle certains pouvaient être influencés. « J’ai trouvé que c’était un bon moyen de prouver qu’on se fait vraiment avoir facilement. On ne vérifie pas toujours ce qu’il y a derrière. Lire les conditions, analyser ce qui nous est présenté, c’est important », a-t-elle expliqué. Bien qu’elle ait elle-même ressenti une certaine méfiance, elle admet que la curiosité l’a poussée à s’y intéresser de près.
Au-delà de la question du vapotage, l’activité s’inscrivait dans une approche plus large de prévention. Joanie Vachon-Beaulieu, agente de service social en prévention des dépendances dans les écoles du Témiscamingue, a indiqué que l’objectif était d’aller plus loin que la simple transmission d’informations. « On veut créer des actions qui vont marquer les jeunes, pour qu’ils se rappellent ce qu’on aborde. C’est de développer leur capacité à se questionner, à écouter leur petite voix intérieure et à prendre de meilleures décisions », a-t-elle mentionné.
Cette démarche rejoint également les objectifs de la santé publique en matière de développement des compétences socioémotionnelles. Nancy Gallant, intervenante en approche école en santé à la direction de santé publique du CISSS de l’Abitibi-Témiscamingue à Ville-Marie, a expliqué que l’activité visait à renforcer le jugement critique des jeunes. « On veut les amener à développer leur pouvoir décisionnel, leur capacité à juger par eux-mêmes. C’est ce qu’on appelle aussi l’empowerment », a-t-elle précisé.
Le Plan génération sans fumée repose sur trois axes : la sensibilisation, l’accompagnement vers l’arrêt de la consommation et l’application de la loi. À l’école Marcel-Raymond, un groupe d’une quinzaine d’élèves est d’ailleurs actuellement accompagné dans une démarche de cessation de la nicotine, avec des rencontres hebdomadaires visant à soutenir un changement des habitudes de vie.
L’activité du 26 mars constituait la première action de sensibilisation de l’année pour le comité, qui souhaite poursuivre ses initiatives en impliquant davantage les élèves. Les intervenants ont d’ailleurs lancé un appel à la participation, particulièrement auprès des élèves du premier cycle, afin de mieux refléter leur réalité et concevoir des actions qui leur ressemblent.
En misant sur une expérience concrète et déstabilisante, l’équipe-école espérait ainsi laisser une trace durable chez les jeunes. Une façon originale de rappeler que, derrière les offres attrayantes et les tendances populaires, il est essentiel de s’arrêter, réfléchir… et faire ses propres choix.