Les municipalités de Moffet et de Béarn ont accueilli, les 24 et 25 mars derniers, le Théâtre du Tandem pour la présentation de la pièce Querelle de Roberval, une création à la fois touchante et résolument actuelle.
Portés par le désir d’améliorer leurs conditions de vie et de sortir d’une précarité bien réelle, des ouvriers et ouvrières d’une scierie déclenchent une grève. Derrière la solidarité du groupe, des motivations plus personnelles émergent peu à peu. Lorsque le conflit s’enlise et qu’un lockout est imposé, un profond sentiment d’injustice et de colère s’installe.
« Bien qu’il s’agisse d’une fiction, la pièce résonne avec la réalité vécue par de nombreux travailleurs et travailleuses de la région. Les 12 comédiens et moi avons passé quatre jours à la scierie de Landrienne afin de rencontrer les employés et de mieux comprendre leur quotidien. Dès notre arrivée, une pancarte portant le mot “négociation” donnait déjà le ton », explique Alexandre Castonguay, codirecteur général et directeur artistique du Théâtre du Tandem.
Au fil de l’histoire, la tension s’intensifie et entraîne les personnages dans une spirale où les repères se brouillent. À travers le personnage de Querelle, l’œuvre explore un univers où chacun cherche à se faire entendre, parfois au prix de débordements.
« Cette œuvre aborde des enjeux comme la santé mentale, la diversité sexuelle, la manière de vivre sa masculinité dans une société encore marquée par des normes hétéronormatives, ainsi que la recherche de coupables et la perte de repères », ajoute Alexandre Castonguay.
À travers ce récit, Querelle de Roberval interroge les moyens dont disposent les travailleurs pour faire face aux injustices sociales et économiques, dans un contexte de précarité. Elle propose un regard nuancé sur la réalité de la classe ouvrière, entre solidarité, colère et complexité humaine.
« L’œuvre met également en lumière une réalité bien présente en région : celle de travailleurs qui choisissent de rester près de leur famille, dans un emploi qu’ils aiment, tout en vivant avec l’inquiétude constante d’une possible fermeture d’usine et les tensions que cela peut engendrer, plutôt que de partir travailler à l’extérieur », conclut M. Castonguay.