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139 726 $ pour soutenir la lutte contre l’homophobie et la transphobie dans la région

3 avril 2026

par : Ricardo Junior Emmanuel | rjremmanuel@journallecitoyen.com

photo : Le Citoyen — Ricardo Jr Emmanuel

Le gouvernement du Québec a annoncé, le 26 mars dernier, l’octroi d’un financement de 139 726 $ à la Coalition d’aide à la diversité sexuelle et de genre de l’Abitibi-Témiscamingue pour la réalisation de son projet PRISME : Parler, Respecter, Inclure, Soutenir, Mobiliser, Éduquer.

Le financement accordé à la Coalition d’aide à la diversité sexuelle et de genre de l’Abitibi-Témiscamingue permettra de déployer le projet PRISME sur une période de deux ans, principalement auprès des jeunes de 12 à 17 ans, dans les écoles secondaires et les milieux jeunesse de la région. L’objectif est clair, selon la directrice générale de la Coalition, Julie Fortier : sensibiliser, informer et outiller les jeunes face aux réalités de la diversité sexuelle et de genre, dans un contexte où les propos homophobes et transphobes sont en hausse.

Bien que la question du financement des organismes communautaires demeure un enjeu récurrent, la Coalition souhaite avant tout mettre en lumière ce que PRISME permettra concrètement sur le territoire, car en région il y a encore une méconnaissance, parfois de la peur ou des préjugés. « Le projet répond à un besoin pressant observé sur le terrain. On est dans un contexte social où on essuie de plus en plus de propos homophobes et transphobes, et les études récentes montrent une augmentation significative de ces discours, particulièrement chez les jeunes », explique‑t‑elle. « C’est très préoccupant, surtout dans les écoles secondaires. »

Aller à la rencontre des jeunes, là où ils sont

Concrètement, le projet prévoit une tournée régionale dans les écoles secondaires, les maisons de jeunes et certains milieux institutionnels comme les centres jeunesse. Une approche qui tient compte des réalités propres à l’Abitibi‑Témiscamingue. « On couvre un territoire immense. Aller d’une ville à l’autre, ça demande du temps et des ressources. Mais c’est essentiel d’être présent physiquement sur le terrain », souligne Julie Fortier. « Si on veut que les jeunes aient accès aux bonnes informations, il faut les rencontrer directement. » Les interventions prendront la forme d’ateliers, de discussions ouvertes et d’activités d’éducation populaire visant à démystifier la diversité sexuelle et de genre, mais aussi à rappeler que l’homophobie et la transphobie sont des formes de discrimination interdites par la loi. « Quand on parle de droits, ce n’est pas abstrait. Les jeunes doivent comprendre que certaines paroles ou certains gestes ont des conséquences réelles. »

Le déploiement du projet

La mise en œuvre de PRISME se fera progressivement. La première année sera consacrée à la création de liens avec les écoles, un processus parfois délicat. « Parler de diversité sexuelle et de genre est devenu un sujet sensible dans certains milieux scolaires. Il faut y aller de façon réfléchie, adaptée à chaque réalité locale », reconnaît Julie Fortier. La deuxième année permettra un déploiement plus soutenu des activités, une fois les outils développés et les partenariats consolidés. Selon la directrice, il va aussi falloir laisser du temps à la responsable du projet pour comprendre un peu la dynamique régionale. Un des défis sera de faire des ponts avec les écoles secondaires qui sont parfois un peu réticentes.

Recréer des espaces sécuritaires disparus

L’un des volets centraux de PRISME concerne la création ou la relance de groupes jeunesse dans les écoles secondaires. Un besoin criant, selon la Coalition. « En région, il n’y a pratiquement plus de groupes LGBTQ+ actifs dans les écoles. Dans d’autres régions du Québec, on a même vu des locaux de comités être saccagés, des drapeaux brûlés », relate Julie Fortier. « Ça crée un climat de peur qui pousse les jeunes à se taire ou à s’isoler. »

À travers le projet PRISME, la Coalition souhaite donc accompagner les milieux scolaires dans la mise en place d’espaces où les jeunes pourront se rassembler, discuter et décider eux‑mêmes de la forme que prendront ces groupes d’entraide, activités sociales ou groupes de parole. « Ce sont les jeunes qui doivent déterminer ce dont ils ont besoin. Nous, on est là pour soutenir et encadrer », précise‑t‑elle.

Former des alliés, pas seulement intervenir en crise

Le projet mise également sur la création d’un réseau d’alliés en milieu scolaire. Un aspect jugé essentiel par la Coalition. « On ne peut pas uniquement soutenir les jeunes qui subissent de la discrimination. Il faut aussi outiller ceux qui sont témoins, leurs amis, leurs camarades de classe », explique Mme Fortier. « Créer des alliés, c’est une façon très concrète de changer le climat dans une école. » À long terme, la Coalition espère que cette approche contribuera à réduire les tensions, améliorer le sentiment de sécurité et favoriser un dialogue plus respectueux entre les élèves.

Rappelons que le soutien offert aux organismes communautaires engagés dans les actions et les services destinés à favoriser l’inclusion et le respect des droits des personnes LGBTQ+ est mis en place depuis 2011.

Des retombées humaines, au‑delà des chiffres

Si le financement obtenu ne règle pas l’ensemble des défis du milieu communautaire, la Coalition insiste sur l’impact humain derrière le projet. « Ce n’est pas un projet qui va tout régler, mais c’est un projet qui va permettre des retombées très concrètes pour les jeunes », affirme la directrice. « Dans le contexte actuel, chaque espace sécuritaire créé, chaque jeune mieux informé, ça compte énormément. » PRISME s’inscrit ainsi dans une démarche plus large de prévention et d’éducation, essentielle à la cohésion sociale régionale. « On est dans un moment charnière. Soit on agit collectivement, soit on laisse la désinformation et les discours haineux gagner du terrain », conclut Julie Fortier.

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