Le 10 avril dernier, la Galerie du Rift a tenu le vernissage de l’exposition de l’artiste Delphine Huguet, intitulée Et de par le fil de l’eau et du ciel ma maison se construit. L’exposition est présentée jusqu’au 23 mai 2026.
« Les expositions sont toujours sélectionnées par le comité de programmation en arts visuels. Nous privilégions des démarches qui résonnent avec l’identité témiscamienne et qui abordent des thèmes comme le territoire, le temps, la mémoire ou la ruralité », explique Émilie B. Côté, codirectrice générale et directrice artistique des arts visuels au Rift.
Avec cette exposition, Delphine Huguet propose une réflexion sensible sur la notion de « maison », envisagée non pas comme un lieu physique, mais comme une construction intérieure façonnée par les perceptions, les émotions et les expériences. L’artiste cherche ainsi à donner forme à des éléments habituellement éphémères.
Fascinée par l’immensité des ciels québécois, elle s’intéresse à leur caractère changeant. « Ce qui m’intéresse, ce sont ces instants en transformation constante. Les couleurs du ciel varient selon la lumière, le climat et le territoire, et c’est cette singularité que j’explore. »

L’exposition met en dialogue intériorité et extériorité à travers un parcours où la lumière et les couleurs occupent une place centrale.
« L’artiste renouvelle notre regard sur une thématique universelle, celle du ciel. Le visiteur a l’impression de se retrouver au cœur d’un paysage reconstitué, loin des formats traditionnels. De grandes impressions de ciels sur des voiles de soie suspendus créent des structures enveloppantes, tandis que des sculptures d’acier et de miroirs au sol évoquent des surfaces d’eau. Des formes architecturales, comme des arches ouvrant sur le ciel, invitent à pénétrer un univers à la fois poétique et immersif », poursuit Mme B. Côté.
Delphine Huguet explique que cette exposition s’ancre dans des moments simples, qui façonnent notre rapport au monde sans que l’on s’en rende compte. « Pendant la pandémie, j’ai commencé à porter une attention différente à ces instants. Après le confinement, j’ai beaucoup voyagé au Québec et, en découvrant ses ciels, j’ai été frappée par leur immensité. On est profondément traversé par ces micro-expériences, même si elles sont fugaces. »
À travers sa démarche artistique, elle souhaite donner une présence durable à ces instants éphémères. « Je cherche à ralentir le regard, à créer des espaces où l’on peut ressentir plutôt que comprendre immédiatement. » Son travail met également en dialogue la fragilité du textile, du drapé et du mouvement avec des structures plus stables, presque architecturales, comme si l’émotion venait habiter la forme.

Comme plusieurs, Delphine Huguet a été séduite par les couchers de soleil témiscamiens. « En arrivant à Ville-Marie, j’ai été accueillie par un coucher de soleil sur le lac. Le ciel était en mouvement, traversé de masses sombres et de percées de lumière très vives. Il y avait quelque chose de presque dramatique dans cette rencontre entre le froid du paysage et la chaleur du soleil. »
Le public est ainsi invité à se laisser porter par les images, à naviguer entre le réel et l’imaginaire. Il s’agit d’une occasion de ralentir, de réfléchir à soi et de ressentir pleinement les émotions que suscitent les œuvres.
« À mon avis, cette exposition est accessible à tous. Sur le plan esthétique, elle est remarquable. Les arches évoquent le romantisme en peinture. Cette exposition nous ramène à notre propre territoire, à nos couchers de soleil. Elle invite à la contemplation et au voyage intérieur », conclut Émilie B. Côté.