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L’anecdote agricole, 10 ans plus tard : Un retour chargé de sens

29 avril 2026

par : Dominique Roy| Journalisme de l'initiative de journalisme local

photo : Photo gracieuseté

Le mardi soir 21 avril dernier, près de 150 personnes étaient rassemblées au Rift pour la diffusion de L’anecdote agricole, 10 ans plus tard. L’événement a réuni familles agricoles, partenaires et citoyens autour d’un projet profondément ancré dans l’identité témiscamienne.

Coréalisé par Émilise Lessard-Therrien et Frédéric Patoine, le projet revisite une décennie d’histoires humaines, agricoles et de transformations rurales. Soutenue par la MRC de Témiscamingue, le Syndicat local de l’UPA du Témiscamingue et la Ferme Bergeron et Fille, cette nouvelle mouture propose cinq capsules consacrées à cinq familles agricoles qui avaient été mises à l’honneur en 2016, soit les fermes Bergeron, Lafond, Gauthier, Bernard-Baril et Brunet-Duclos.

Pour Émilise Lessard-Therrien, revenir à L’anecdote agricole relevait presque de l’évidence. « Le 10e anniversaire, c’était vraiment une opportunité de revenir sur le documentaire, sur les 10 années qui se sont écoulées depuis, voir l’évolution des entreprises. C’était une autre occasion de braquer les projecteurs sur l’agriculture au Témiscamingue, sur les familles qui la pratiquent », explique-t-elle. Elle insiste sur l’importance de reconnaître la contribution immense des producteurs, oui, en ce qui concerne l’alimentation de qualité, mais aussi par rapport à l’économie, aux paysages et à la vitalité même du territoire.

La soirée a d’abord proposé la reprojection du long métrage original, mettant en lumière les dix familles filmées il y a dix ans. Le public a ensuite découvert la bande-annonce des nouvelles capsules, qui seront diffusées au cours du mois de mai. Émilise Lessard-Therrien parle d’un public très réactif et engagé par rapport à cette soirée. Un panel de discussion réunissant Edith Lafond, Pierre Gauthier et Yves Bergeron a permis d’aborder les enjeux actuels et l’évolution de leur entreprise respective. Le vécu des dix dernières années a suscité beaucoup d’émotions. Parmi les témoignages marquants, elle retient le cri du cœur d’Edith Lafond quant à la réalité des femmes en agriculture, de la relève féminine, du fait qu’elles ont encore à se prouver dans le domaine. À titre d’exemple, elle mentionnait qu’il est encore courant chez les fournisseurs d’être à la recherche du conjoint, du père, lorsqu’ils sont de passage à la ferme. Le public a aussi été frappé par la façon particulière dont les producteurs nomment leurs animaux.

Si plusieurs défis persistent, la coréalisatrice note que son propre regard a profondément évolué. Entre les deux projets, elle a siégé à l’Assemblée nationale comme porte-parole en agriculture pour la deuxième opposition. « Mon bagage agricole est vraiment plus important maintenant, plus de profondeur, plus de réflexion, meilleure compréhension des enjeux », dit-elle. Elle raconte avoir souvent puisé dans les témoignages de L’anecdote agricole pour éclairer ses interventions politiques, validant des informations auprès des participants rencontrés lors du premier tournage.

Ce qui la surprend le plus, dix ans plus tard, c’est la pertinence inchangée des enjeux abordés à l’époque. Les producteurs doivent toujours composer avec les aléas climatiques, la lourdeur administrative, les fluctuations géopolitiques ou la concurrence déloyale de produits importés. Elle parle de la société québécoise qui est très exigeante envers les producteurs agricoles (salaire et conditions de travail à respecter, normes environnementales très strictes, etc.), et quand ils arrivent à l’épicerie, ces derniers doivent se battre contre le monde entier, contre des pays pouvant offrir des produits à plus bas prix étant donné leurs moindres coûts de production. Pour la coréalisatrice, ces enjeux constatés il y a 10 ans sont bel et bien encore présents.

La relève, toutefois, apporte une note d’espoir. Moins préoccupée par les grandes questions structurelles, elle est plongée dans l’opérationnel, dans la reprise concrète des entreprises. « De voir qu’il y a quand même cette relève-là qui pousse, c’est encourageant pour la suite du Témiscamingue », affirme-t-elle.

Accueilli chaleureusement, le projet témoigne d’un attachement profond entre la population et ses agriculteurs. Les nouvelles capsules seront accessibles dès le mois de mai, permettant au public de poursuivre cette rencontre intime avec celles et ceux qui façonnent le territoire, un champ à la fois.

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