À l’approche de la saison des semences, les producteurs agricoles de l’Abitibi-Témiscamingue tirent la sonnette d’alarme. Réunis dans le cadre de la tournée de la Confédération de l’Union des producteurs agricoles (UPA), ils ont fait part de leurs inquiétudes quant au contexte économique actuel, marqué par la hausse des coûts de production et l’incertitude politique.
En visite dans la région, le deuxième vice-président général de l’UPA, Julien Pagé, a rencontré les représentants régionaux et plusieurs producteurs afin d’échanger sur leurs priorités. Parmi les enjeux soulevés figurent le coût élevé des intrants, la tarification carbone, la lourdeur administrative ainsi que l’avenir de la relève agricole.
Julien Pagé a insisté sur l’urgence d’agir, notamment en ce qui concerne la tarification carbone appliquée aux producteurs agricoles. « La priorité, avant toute chose, c’est d’arrêter de facturer les producteurs. La période de forte consommation de diesel s’en vient et il n’y a pas d’alternative viable à court terme », explique-t-il, rappelant que le carburant demeure indispensable pour les travaux aux champs. Bien que le nouveau gouvernement ait annoncé son intention de rembourser ces sommes, les producteurs attendent toujours des mesures concrètes.
Selon M. Pagé, les réalités propres aux régions périphériques comme l’Abitibi‑Témiscamingue amplifient les difficultés. Les entreprises agricoles doivent assumer des frais importants tant pour faire venir les intrants que pour exporter leur production. « Ici, l’impact est doublé : le transport pèse sur les intrants et sur la vente des produits », souligne‑t‑il. Un producteur de grains aurait ainsi déboursé plus de 50 000 $ en frais de transport en une seule année, un exemple qui illustre le poids financier que représente l’éloignement des marchés. Le président de la Fédération de l’UPA Abitibi‑Témiscamingue, Pascal Rheault, partage ce constat. « Le coût de production est plus élevé ici. Les terres sont moins productives que dans d’autres régions, mais les producteurs sont formés et efficaces. Il faut que le gouvernement en prenne conscience et donne un coup de pouce », affirme‑t‑il.
La relève agricole en quête de conditions favorables
La question de la relève agricole préoccupe également le milieu. Avec une moyenne d’âge de 54 ans chez les producteurs et de nombreuses entreprises sans successeur identifié, l’avenir de l’agriculture régionale demeure incertain. Selon Pascal Rheault, attirer de nouveaux producteurs passe d’abord par l’amélioration de l’environnement d’affaires. « La relève est formée et motivée, mais elle a besoin de conditions favorables pour s’établir et reprendre des entreprises qui sont souvent lourdement endettées », dit-il.
Des programmes mieux adaptés pour soutenir le transfert des entreprises, faciliter l’accès au financement à long terme et alléger les charges administratives figurent parmi les pistes avancées par l’UPA. Plusieurs entreprises n’ont toujours pas identifié de successeur, une situation qui inquiète les dirigeants syndicaux. « Si l’environnement d’affaires est positif, on attire de la relève. Mais si c’est précaire, on n’attire personne », soutient Julien Pagé. Le niveau d’endettement élevé des entreprises complique aussi les transferts. « Une entreprise lourdement endettée est plus difficile à céder. Souvent, le producteur va rester en place plus longtemps pour tenter de redresser sa situation financière », ajoute‑t‑il, évoquant la nécessité de programmes mieux adaptés pour soutenir le financement et alléger les charges.
De son côté, Pascal Rheault observe l’émergence de relèves non apparentées. « Il y a des gens de l’extérieur qui veulent venir produire ici. On a des terres, un potentiel, mais il faut leur donner un véritable coffre à outils pour s’établir et se développer », affirme‑t‑il.
Des attentes claires envers le gouvernement
Dans ce contexte, l’UPA souhaite travailler en collaboration avec le gouvernement afin de trouver des solutions concrètes. Moins de lourdeur administrative, un meilleur soutien au financement et des mesures adaptées aux régions éloignées figurent parmi les priorités avancées. « On ne veut pas dépendre des subventions. On veut aller chercher notre prix sur le marché, mais pour être compétitif, il faut que les conditions soient au rendez‑vous », résume Julien Pagé. À six mois des élections générales, les producteurs agricoles de la région espèrent maintenant que leur réalité sera pleinement prise en compte dans les décisions à venir.