— PUBLICITÉ—

L’empire Massey d’Albert Bergeron

29 mai 2026

par : Dominique Roy| Journalisme de l'initiative de journalisme local

photo : Journal Le Reflet

C’est à Notre-Dame-du-Nord que vit l’homme aux 160 tracteurs. Albert Bergeron est un collectionneur de tracteurs, des Massey-Harris aux Massey-Ferguson. Son espace d’entreposage et de mécanique n’était qu’un simple garage, au départ, mais il s’est agrandi au fil des ans, rallonge après rallonge. « On se revoit l’an prochain », lui disait son entrepreneur en construction après avoir enfoncé le dernier clou, à chacun des ajouts.

À l’intérieur de ces hangars, on découvre un véritable musée. Rangés comme des soldats, majoritairement rouges rutilants, couleur emblématique de la marque, 160 de ces engins agricoles y sommeillent… Quoique le verbe sommeiller n’est probablement pas le plus approprié, puisque la grande majorité des tracteurs sont fonctionnels. Même le plus ancien modèle, datant des années 1920, servait encore, l’automne dernier, pour la saison des labours. Le propriétaire de ce patrimoine sourit quand il dit qu’il est « saturé ». Mais personne ne le croit vraiment.

De passion à collection… ou vice versa

Albert Bergeron a grandi sur une ferme familiale. Avant d’en devenir propriétaire, celle-ci appartenait à son père, puis, avant, à son grand-père. D’une décennie à l’autre, la famille est restée fidèle à une seule marque. Même si le « vert » des voisins promettait des pâturages plus luxuriants, chez les Bergeron, c’est le rouge éclatant qui a toujours dominé le paysage. Un produit fiable, efficace, d’origine canadienne, comme le mentionne le principal intéressé.

99fe7651-2b4d-47e8-b4d6-8f9a468ad426

Devant l’immensité de ce qu’il possède aujourd’hui, on imaginerait un rêve nourri depuis l’enfance. Mais M. Bergeron n’a jamais eu l’ambition de rassembler autant de machines. Cette passion s’est manifestée au début des années 2000, alors qu’il souhaitait mettre la main sur les différents modèles Massey qui ont fait partie de l’histoire agricole de la ferme. Mais un modèle en appelle un autre. Puis un autre. Puis un autre encore.

Il s’est mis à fouiller dans les livres, comparer les années, repérer les numéros de série, contacter des concessionnaires, d’autres collectionneurs. Ainsi, il a découvert des modèles qu’il n’avait jamais vus dans le nord, parce qu’ici, jusque dans les années 1940, l’agriculture se faisait encore derrière les chevaux. Alors, il s’est mis à chercher plus loin. Plus vieux. Plus rare. « J’ai commencé à descendre dans les années 1950, 1940, 1930, jusqu’aux années 1920. » Son plus vieux tracteur, c’est chez un collectionneur de Montréal qui l’a déniché. « C’est un modèle extrêmement rare : un seul au Québec, peut-être quatre en Ontario, quelques-uns dans l’Ouest. Aux États-Unis, il en reste, mais très peu. »

Des trésors, des pièges et des miracles mécaniques

Ce qui l’intéresse, ce sont les modèles anciens, en acier, sans électronique. Les plus récents, avec écrans et ordinateurs, sont moins intéressants pour un collectionneur qui restaure l’engin de A à Z. Albert Bergeron se rappelle son premier tracteur restauré, un modèle 1961 qui avait déjà fait partie de l’inventaire de la ferme. Il parle de cette grande table où il avait étalé les pièces pour comprendre où les replacer. Aujourd’hui, cette méthodologie lui est inutile. Son expérience fait en sorte qu’il reconnaît facilement chacune d’entre elles. D’ailleurs, ce tracteur des années 1960 fait partie des préférés de sa collection.

0506ccc8-69a4-4c40-a8f3-d9daa248f5fa

Sa restauration la plus complexe… un Massey-Harris Challenger de 1936. Le vendeur lui avait dit qu’il était complet. « Mais j’ai reçu cinq gallons de pièces de moteur dans des chaudières. J’ai travaillé dessus avec un ami mécanicien, Roger Lacasse, qui adorait ça. Ç’a pris trois mois. » Car ce qui est long dans le processus, c’est l’attente des pièces manquantes.

Et, parfois, ces pièces sont introuvables. « Une fois, un vieux mécanicien m’a expliqué comment contourner un problème sur une transmission hydraulique des années 1950. Sans lui, je n’aurais jamais pu la réparer. » En effet, quand Albert Bergeron appelle chez un concessionnaire, instantanément, il veut parler au plus vieux mécanicien du garage. Il sait que les probabilités de trouver ce qu’il cherche sont plus élevées avec un homme d’expérience qui s’est longtemps sali les mains dans des modèles plus anciens.

Et sans aucun doute, le moment le plus réjouissant, c’est le fait de sortir un tracteur du garage après l’avoir entièrement refait. L’essayer et constater que tout fonctionne, voilà la véritable récompense du collectionneur.

715069a9-bc95-4bc4-98b8-505f2c6b59f8

Un patrimoine vivant

Au total, ce sont 199 tracteurs Massey que l’homme aura possédés, dont certains ont été revendus. Atteindra-t-il le cap des 200 ? Peut-être bien, si le bon modèle se présente. Bien sûr, la collection est privée, mais il arrive que le propriétaire ouvre ses portes à des groupes ou même à des curieux qui s’intéressent à la machinerie. Il sait que la relève est fragile. « C’est un domaine qui disparaît. La jeunesse n’est plus là-dedans. » Mais tant qu’il sera là, les Massey auront un gardien… Un gardien encyclopédique, d’ailleurs, parce que l’histoire de ce constructeur de matériel agricole, le Témiscamien la connait par cœur et la transmet avec une passion hors du commun.

Articles suggérés