Dans une atmosphère feutrée où les œuvres semblaient dialoguer avec le silence, le vernissage de l'exposition Les silences habitables a attiré de nombreux visiteurs au centre d’exposition du Rift, le vendredi 5 juin dernier. Cette démarche artistique propose une réflexion sensible sur les espaces que nous habitons, autant physiquement qu'intérieurement.
Sous le commissariat d’Édith Laperrière, cette exposition collective en arts imprimés offre une expérience silencieuse où l’esprit semble parfois s’exprimer plus fort que les mots.
Sur les murs de la galerie, les œuvres d’Alex P., Fernando Belote, Francine Brouillard, Marilyse Goulet, Julie-Anne Vanille Charbonneau, Mélanie Saumure, Molly Bertrand, Bosny et Violaine Lafortune composent un parcours varié, au sein duquel chaque univers trouve sa place dans ce dialogue discret et fort à la fois.

« Le silence, quand on vit dans une région éloignée comme la nôtre, ça fait partie de notre vie. Pour avoir accès à du silence, on n’a pas besoin d’aller très loin. On se retrouve dans la forêt, on a déjà un silence instantané. En région, notre rythme de vie est moins effréné qu’en ville. Il y a comme une lenteur qui s’installe et qui influence notre rapport au territoire », explique Mme Laperrière.
Les arts imprimés, une ouverture au silence
« Les arts imprimés sont vraiment des processus lents, ce n’est pas rapide et spontané comme la peinture peut l’être. Cette lenteur, dans les multiples procédés pour réussir à terminer les œuvres, amène un certain silence qui est très cohérent avec ce thème-là », dit-elle.
Les arts imprimés deviennent ici un moyen d’explorer ce rapport au silence et à la lenteur. Par le travail de la matière, de l’impression et de la répétition des gestes, ils offrent un espace de création où le calme s’impose presque naturellement. Ce choix artistique agit comme un portail vers une forme de contemplation, invitant le spectateur à ralentir et à se rendre disponible à ce qui se dévoile dans la sobriété des œuvres.
« De faire une exposition qui parle du silence, mais pas nécessairement du vide, permet de réfléchir aux temps que l’on prend pour réfléchir à une œuvre, mais aussi à la vie. Je le vois plus comme un silence rempli d’intention que comme un vide qui ne représente rien. On a vraiment des silences qui sont plus contemplatifs, qui offrent des moments d’arrêt où l’on apprécie l’œuvre, d’autre où c’est imposé, comme l’œuvre de Fernando Belote », conclut Mme Lapperrière.
Fernando et la portée politique du silence

L’œuvre de Fernando Belote, artiste multidisciplinaire originaire du Brésil, laisse une œuvre politiquement forte au centre d’exposition. Cette œuvre illustre la discrimination que les immigrants non francophones subissent au quotidien en arrivant au Québec. Sur des feuilles de papier mâché, on peut lire l’inscription « Ne parle pas », une phrase qui lui aurait été répétée en raison de sa méconnaissance du français à son arrivée. Ce silence, loin d’être choisi, lui a été imposé, devenant ainsi le point de départ d’une réflexion artistique sur l’exclusion et la parole contrainte.
À travers Les silences habitables, les artistes proposent ainsi une plongée dans un silence multiple, mais toujours porteur de sens. L’exposition invite le public à écouter autrement, à percevoir ce qui se dit dans le non-dit et à habiter, le temps d’une visite, un espace où le silence devient langage.