Pour le grand public, les Championnats canadiens de paracyclisme se résument souvent à un podium et à des médailles. Pourtant, derrière chaque résultat se cachent des milliers d’heures d’entraînement, des déplacements complexes, des défis quotidiens et une force mentale qui dépasse largement le sport.
Cette année, deux athlètes de l’Abitibi-Témiscamingue ont particulièrement retenu l’attention. Étienne Mayer est devenu double vice-champion canadien en remportant deux médailles d’argent en catégorie H2, tandis que Joseph Vachon a décroché le titre de champion canadien au contre-la-montre dans sa catégorie. Mais au-delà des performances, leur histoire raconte surtout ce qui se passe avant la ligne d’arrivée.
Une date chargée de sens
Pour Étienne Mayer, le 27 juin restera toujours une date particulière. Le 27 juin 2020, un plongeon au bout d’un quai lui cause une blessure qui le laisse tétraplégique. Six ans plus tard, jour pour jour, il prend le départ des Championnats canadiens. À la fin de la journée, il repart avec deux médailles d’argent. « C’était beaucoup d’émotions, mais ça n’a pas affecté ma performance », confie l’athlète. Au lendemain de son accident, il n’aurait jamais imaginé devenir vice-champion canadien. « J’ai toujours gardé un bon état d’esprit, mais jamais je n’aurais pensé faire du paracyclisme et gagner des médailles. » Aujourd’hui, il évolue en catégorie H2, où les athlètes utilisent un vélo à main adapté selon leur niveau de mobilité.
Ce qu’une médaille ne montre pas
Pour Joseph Vachon, son titre de champion canadien confirme surtout les progrès réalisés depuis un an. « Ça confirme que je progresse comme athlète et que je me suis amélioré par rapport à l’an dernier. » Selon lui, les plus grands défis ne sont pas toujours sur la route. « Ce n’est pas facile de voyager avec mon handicap. Chaque nouvel endroit apporte de nouveaux défis sur le plan de l’accessibilité. » Il ajoute que le travail invisible est souvent le plus exigeant. « Les gens voient les heures passées sur le vélo, mais ils ne voient pas la discipline. Il faut choisir son succès à long terme plutôt que le confort immédiat. »
Une famille qui dépasse les provinces
Les deux athlètes parlent aussi d’un aspect peu connu du paracyclisme : l’esprit qui règne entre les compétiteurs. Étienne Mayer explique que les para-athlètes, même lorsqu’ils représentent des provinces différentes, développent rapidement des liens. « On est comme une grosse famille. On parle de nos défis, on apprend les uns des autres, à se connaître. » Ces échanges dépassent largement le sport. Ils permettent de partager des conseils sur la vie quotidienne, les déplacements et la réalité de vivre avec un handicap.
Plus qu’un sport
Le paracyclisme a transformé la vie des deux hommes. Pour Joseph Vachon, le mouvement est devenu une façon de prendre soin autant de son corps que de son esprit. « Le mouvement est une forme de médecine. Ça m’aide à rester discipliné et à devenir une meilleure personne. » Étienne Mayer, lui, estime que sa plus grande victoire n’est pas accrochée à son cou. « C’est d’être capable de voir le bon côté des choses. Il y a du beau, même dans le mauvais. »
Les médailles ne se gagnent jamais seul : les deux cyclistes tiennent aussi à souligner le rôle de ceux qui les entourent. Leurs entraîneurs, qui donnent généreusement de leur temps, ainsi que leurs proches et plusieurs organismes régionaux, dont La Ressource pour personnes handicapées et l’ARLPHAT, rendent leurs déplacements et leurs compétitions possibles. Au moment de monter sur le podium, Joseph Vachon a d’ailleurs pensé à sa famille, à ses amis et à tous ceux qui le soutiennent. Parce qu’en fin de compte, si une médaille récompense un athlète, elle reflète aussi le parcours de toute une équipe qui a avancé avec lui.