De l’école à la maison funéraire : La 2e vie professionnelle de Sylvie Plante

9 juillet 2026

par : Dominique Roy | Journaliste de l’Initiative de journalisme local

photo : Photo gracieuseté

À 55 ans, alors que plusieurs rêvent d’un repos bien mérité, Sylvie Plante, de New Liskeard, a choisi de retourner sur les bancs d’école. Après plus de trente ans d’enseignement, elle a amorcé une transition aussi inattendue que profondément cohérente : devenir directrice funéraire. Cette seconde carrière qui, loin d’être un virage brusque, s’inscrit dans un fil conducteur qui traverse toute sa vie : accompagner, rassurer et guider.

Une riche carrière en enseignement

Sylvie Plante a commencé à enseigner au début des années 1990, d’abord dans une école anglophone, en immersion, à Longlac. Ensuite, elle est revenue dans son patelin d’origine, Temiskaming Shores, où elle a œuvré une dizaine d’années à l’élémentaire, soit l’École catholique St-Michel de New Liskeard. Enfin, c’est à l’École secondaire catholique Sainte-Marie, au secondaire, qu’elle a choisi de poursuivre et de terminer sa carrière en éducation. Formée en enseignement du français et de l’histoire, elle aura travaillé dans ce domaine jusqu’en juin 2024, prolongeant même de deux ans sa retraite prévue, le temps de « se trouver un autre quelque chose ».

Et ce « quelque chose » mijotait pourtant depuis longtemps. Quand elle était au secondaire, elle hésitait entre la poursuite d’études dans le domaine funéraire ou de l’éducation. À l’époque, un test d’orientation lui avait même confirmé cette intuition : son premier choix potentiel de carrière était celui de directrice funéraire, et le deuxième, celui d’enseignante. N’ayant aucun modèle dans le domaine funéraire, elle avait choisi la voie la plus accessible. « J’ai adoré l’enseignement. Je ne regrette pas du tout. » Pour Sylvie Plante, cette première carrière a été un espace d’épanouissement, un chapitre qu’elle referme avec gratitude, sans amertume.

Le jour où elle s’est vue ailleurs

C’est en accompagnant son groupe d’élèves dans un salon funéraire, dans le cadre du cours Individus et société, que tout s’est cristallisé. Elle voulait démystifier un lieu souvent associé à la douleur. La plupart des gens visitent une maison funéraire pour la première fois lorsqu’ils sont en deuil, ce qui, pour elle, est inconcevable. C’est un lieu qui devrait s’apprivoiser bien avant la perte d’un être cher. Cette sortie pédagogique a donc été l’élément déclencheur de sa deuxième vie professionnelle. « Plus il parlait, plus je me voyais là », dit-elle en évoquant le directeur funéraire qui guidait la visite. « J’étais là, avec mes élèves, mais j’ai comme oublié mes élèves. J’avais une question après l’autre ». De retour à la maison, elle a posé ses sacs, regardé son mari et lancé  : « Je le sais, je m’en vais au salon funéraire. »

L’univers s’est chargé du reste : un poste ouvert chez Buffam Leveille Funeral Home, une rencontre avec Léo Geoffroy, le directeur funéraire, et tout s’est enclenché. Elle a commencé à y travailler en mai 2024, à quelques semaines de sa retraite. Le jour, elle enseignait à l’école et, le soir, elle faisait du travail administratif à la maison funéraire. À 55 ans, elle retournait sur les bancs d’école en s’inscrivant au Collège Boréal, en formule hybride, choisissant la classe 2, sans permis d’embaumement. « À cause de mon âge… est-ce que ça valait la peine pour 6 ou 7 embaumements par année ? » Elle savait que ces interventions de conservation sont maintenant moins fréquentes, la plupart des familles privilégiant des approches plus simples, ce qui rendait inutile le prolongement de sa formation de plusieurs mois.

Aujourd’hui, deux ans plus tard, diplômée et détenant officiellement le titre de directrice funéraire, elle retrouve dans ce métier les mêmes fondements que dans l’enseignement : expliquer, transmettre, rassurer, guider, animer. Et elle s’est donné une mission : que les gens repartent avec un sourire de satisfaction, signe qu’elle a su répondre à leurs attentes, même dans l’épreuve.

Son message, surtout, dépasse sa propre histoire. « À quel âge est-ce qu’on arrête de dire à quelqu’un : poursuis tes rêves ? », lance-t-elle. Pour elle, la retraite n’est pas un point final, mais un espace où tout reste possible. « L’âge, c’est juste un chiffre. Même si tu le fais juste pour quatre mois, au moins tu pourras dire : j’ai suivi mes rêves. » Son parcours comme son discours le prouvent : la vie professionnelle peut avoir plusieurs chapitres, et certains des plus beaux peuvent commencer dès la retraite.

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