Les pinceaux ont servi de point de départ à une réflexion beaucoup plus vaste, le 3 juillet dernier, alors que le Centre de femmes du Témiscamingue accueillait un atelier animé par l’artiste anichinabée, Francine Chevrier. À travers la création d’une toile, les participantes ont été invitées à découvrir les enseignements des 7 Grands-Pères, des valeurs ancestrales qui continuent de guider la culture anichinabée.
Transmis de génération en génération, les enseignements des 7 Grands-Pères sont fondés sur sept valeurs : la sagesse, l’amour, le respect, le courage, l’honnêteté, l’humilité et la vérité. Chacune est représentée par un animal, choisi pour les qualités qu’il incarne. « Les animaux étaient nos enseignants. Avant qu’il y ait des livres et des écoles, on observait leurs comportements pour apprendre comment vivre en harmonie et comment prendre soin de la Terre ».
L’artiste précise que certains symboles varient selon les nations. Si le bison représente le respect chez plusieurs peuples des Prairies, les Anichinabés de la région lui associent plutôt l’orignal, un animal davantage lié à leur territoire. De la même façon, l’honnêteté est associée au Bigfoot, alors que d’autres nations utilisent plutôt le corbeau pour cette même valeur.
À leur arrivée, les participantes recevaient une enveloppe choisie au hasard contenant l’un des enseignements, l’animal qui lui est associé ainsi qu’un texte expliquant sa signification. Chacune devait ensuite créer une toile inspirée de cette valeur. Des pochoirs étaient mis à leur disposition afin de reproduire les animaux, mais les participantes avaient carte blanche pour interpréter leur œuvre comme elles le souhaitaient. « Ce n’est pas la beauté qui est importante, c’est l’intention. Quand on crée quelque chose par l’art, on l’apprend mieux, on s’en souvient mieux et on le comprend mieux ».
L’activité s’est conclue par un cercle de partage au cours duquel chaque personne a présenté sa création et expliqué ce que l’enseignement reçu représentait pour elle. Pour Francine Chevrier, les enseignements ne concernent pas uniquement les peuples autochtones. « Les Sept enseignements sont universels. Si on applique ces valeurs dans nos comportements, ça fait de nous de vraiment bonnes personnes qui prennent soin des autres et qui sont capables de vivre en harmonie avec les autres et avec la nature. » Elle estime que ces principes demeurent tout aussi pertinents aujourd’hui qu’autrefois, puisqu’ils invitent à réfléchir à notre manière d’interagir avec les autres et avec l’environnement.
Au-delà de la peinture, l’artiste visait également à faire découvrir certains aspects de la culture anichinabée et à déconstruire les idées préconçues qui persistent. « Ce que je me fais souvent dire, c’est que ça défait les préjugés ». Elle cite notamment les nombreux mythes entourant les pow-wow. « Plusieurs pensent que c’est un gros party où il y a de l’alcool. C’est tout le contraire. Ce sont des évènements familiaux où l’alcool n’est pas toléré. Il y a aussi des gens qui pensent qu’ils n’ont pas le droit d’y aller. Moi, j’invite tout le monde à venir, à participer et à danser avec nous. »
Passionnée par sa culture, Francine Chevrier souhaite poursuivre cette mission de transmission auprès des organismes, écoles et municipalités qui désirent en apprendre davantage. « Les gens disent souvent qu’ils veulent apprendre, mais ils ne savent pas vers qui se tourner. Moi, je suis prête à transmettre ces connaissances ».