Alors que l’inflation fait moins souvent les manchettes qu’au plus fort de la pandémie, ses effets continuent de se faire sentir au Témiscamingue. Pour le directeur général du Regroupement d’entraide sociale du Témiscamingue, Justin Benoît Bélanger, le véritable changement des dernières années ne réside pas seulement dans la hausse des prix, mais dans l’enracinement de la précarité. « Ce qu’on voit aujourd’hui, c’est une consolidation de la précarité », affirme ce dernier.
Selon lui, plusieurs ménages qui arrivaient auparavant à se maintenir à flot peinent désormais à retrouver un équilibre financier. « C’est beaucoup plus difficile de sortir de cette situation qu’il y a une dizaine d’années. », poursuit-il. Cette réalité se reflète directement dans les demandes d’aide alimentaire. Depuis 2020, elles ont fortement augmenté, avec une hausse estimée entre 30 % et 40 % en 2023-2024. Depuis, ce niveau élevé est devenu la nouvelle norme. « Ça ne semble pas vouloir ralentir ».
L’un des changements les plus marquants concerne l’arrivée de travailleurs parmi les bénéficiaires. Bien que les personnes vivant de l’aide sociale ou de prestations demeurent majoritaires, des salariés à temps plein sollicitent désormais ponctuellement un dépannage alimentaire lorsqu’un imprévu financier survient. « Leur capacité à absorber une dépense imprévue semble avoir complètement disparu. Une réparation de voiture ou une facture inattendue peut suffire à les empêcher de faire leur épicerie », explique le directeur général de l’organisme. Les personnes vivant seules demeurent toutefois les plus vulnérables. Selon les données recueillies par l’organisme, la taille du ménage est aujourd’hui le principal facteur associé aux difficultés financières, devant l’âge ou la situation professionnelle.
Pour Justin Benoît Bélanger, la hausse du coût de la vie ne peut pas être attribuée à une seule dépense. « C’est vraiment la combinaison du logement, de l’alimentation et du transport. Les trois principaux postes budgétaires des ménages ont augmenté plus rapidement que les revenus de plusieurs personnes, et cette situation dure depuis plusieurs années. », indique-t-il. Au Regroupement d’entraide sociale, toutes les demandes reçues sont actuellement honorées. Le directeur croit toutefois que plusieurs personnes vivant en situation de précarité n’osent pas ou ne parviennent pas à demander de l’aide, une réalité amplifiée par l’isolement propre au milieu rural. « Il y a des besoins qu’on ne voit tout simplement pas ».
Malgré ce portrait préoccupant, il souligne que le Témiscamingue bénéficie aussi d’atouts. Des projets de sécurité alimentaire, réalisés avec des producteurs agricoles locaux, permettront notamment cet été de récupérer des récoltes destinées à être perdues afin de les redistribuer aux participants et aux familles aidées. L’organisme demeure toutefois prudent pour les prochains mois. Les pertes d’emplois annoncées à la Scierie de Béarn pourraient accentuer la pression sur les services d’aide alimentaire. « Comme petite région, on est souvent plus vulnérable aux chocs économiques. Quand ça va moins bien, on le ressent plus vite et souvent plus longtemps », explique Justine Benoît Bélanger.