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Échos de la coulisse

29 Septembre 2020par : Martin Héroux

Originaire du Témiscamingue, Martin Héroux est un comédien québécois que l’on a eu la chance de voir tant à la télévision que sur les planches. C’est en 1995 que le grand public le découvre avec 4 et demi… On peut aujourd’hui le voir dans Alix et les merveilleux, 5e rang et District 31.

Bonjour, bonsoir. Je m'appelle Martin Héroux, comédien québécois depuis maintenant 32 ans. Pour ceux et celles qui ne me connaissent pas, je suis le fils d’Eulalie Charbonneau et du boulanger Yvan Héroux, de la célèbre boulangerie Héroux de Ville-Marie.

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Toute ma jeunesse, j'ai voulu être debout sur les planches d'un théâtre, d'un studio de télévision ou devant l’œil d'une caméra de cinéma. Personne ne faisait ce métier (d'artiste) dans ma famille. Ça me vient d’où ce goût de la scène? Probablement de mon papa, que je regardais jouer dans la revue de l'année Richelieu au sous-sol de l'église à Ville-Marie (les plus vieux se rappelleront) et il me semblait que ces rires et cette effervescence qui émanaient de la salle de spectacle étaient un appel que je ne devais en aucun cas manquer. Que ces lumières, ces costumes et ces perruques me faisaient des clins d’œil et des appels du pied, afin de les revêtir et de me lancer dans ce vaste trou noir qui en effrayait plusieurs, mais qui moi, comme le chant d'une sirène, m'appelait de tous ses feux. C'est donc en regardant mon père faire du pain le jour et devenir, comme par magie, un comédien une fois par année dans une revue régionale, que l'idée a germée en moi. J'ai donc aligné mes flûtes afin de devenir comédien professionnel. Boulanger, ce sera pour une autre vie.

Tout ce préambule pour vous dire que c'est par une chaleureuse invitation à vous raconter les coulisses de mon métier que Karen Lachapelle, directrice du journal le Reflet, m'a conviée à vous raconter sur papier et ce toute l'année au rythme d'une fois par mois, mes histoires et anecdotes de ce qui se passe de l'autre côté de la caméra ou encore à l'arrière du rideau de scène. Je vous trimballerai avec moi, dans les loges, en coulisses ou en salle de répétition pour explorer les hauts et les bas, les échecs et les bons coups de ce métier, les rencontres déterminantes, les espoirs et les aléas de ce métier qui fait rêver, mais aussi qui apporte son lot de déceptions et de miroir aux alouettes.

Comme tout cela n'est pas une biographie (grands dieux je n'en ai pas encore l'âge...!) je ne vous ferai donc pas un récit chronologique. Si vous le voulez bien, je commencerai avec une femme, une comédienne et amie, qui nous a malheureusement quittés il y a quelques années; la grande Nicole Leblanc (vous vous souviendrez d'elle entre autres dans son personnage marquant de Rosanna dans Le temps d'une paix).

Après trois ans d'école de théâtre à L'Option-Théâtre Lionel-Groulx de Ste-Thérèse, me voici sur les planches, avec une compagnie de théâtre (Les enfants de Bacchus) et une expérience formidable de 6 ans avec le théâtre de la Crique de Ville-Marie avec la grande Odette Caron. Mais pas de contrat de télévision encore. Par un heureux hasard, me voici en audition dans la grande tour de Radio-Canada pour un rôle en continuité dans le déjà célèbre téléroman, 4 et demi... Grand stress et belle opportunité qui s'offrent à moi. Dans ce métier, c'est 50 % talent, 50 % chance me disaient mes professeurs de théâtre. Belle nouvelle!

Quelques jours plus tard, j’apprends que je serai le nouvel animalier dans 4 et demi. Je jouerai avec Alain Zouvi, qui deviendra un bon ami, encore aujourd’hui et surtout la grande Nicole Leblanc, que je regardais avec ma mère, tout jeune sur le divan du salon dans Le Temps d'une paix. Je suis nerveux, c'est mon premier jour de tournage dans la grande tour de Radio-Canada, j'ai 26 ans et je veux réussir. Je veux être de ce monde des artistes et force est de constater que dans ma voix et dans mon corps je suis impressionné de jouer avec Nicole. C'est ma première scène de la journée qui débute toujours extrêmement tôt.

J'ai en plus, ce jour-là de 1996, une première théâtrale d’Arlequin serviteur de deux maîtres de Carlo Goldoni au théâtre Denise-Pelletier vers 16 h. Je dois terminer ma première journée de tournage à temps et revenir rapidement au théâtre afin de jouer avec mes compatriotes. Double stress! Je saute donc à pieds joints dans l'aventure et hop! Je dis mes premières lignes devant les trois cameras du studio 44. Je vois le perchiste monter sa perche-micro dès que je parle et il sourit et me regarde bizarrement. Nicole, avec qui je fais ma première scène et qui est devant moi, fait de grands yeux et éclate de rire! Je me dis ça y est, je suis foutu, je ne suis pas bon, ma carrière est terminée.

Elle vient vers moi et me dit à l'oreille sans que tous les membres de l’équipe entendent : « Martin, tu n'es pas au théâtre ici. Tu n'as pas besoin de crier tes répliques. Fais comme si tu me disais ça tout bonnement, ici, dans un local. La caméra et le son vont venir te chercher, ce n'est pas à toi de te rendre aux spectateurs, c'est ça de la télé! »

Il faut dire que la formation de comédien au Québec n'est que théâtrale, nous n'avions (à mon époque en tout cas) presque rien sur le jeu télé ou cinéma. Nous sommes formés pour la scène. Nicole m'a montré, en quelques secondes, comment jouer en studio télé.

Après quoi, juste avant de tourner une seconde prise, elle a lancé d'une voix forte à tous les techniciens et comédiens sur le set : « C'est la première journée de tournage de Martin aujourd'hui, on lui donne une bonne main d’applaudissements, il va aller loin! »

Et voilà comment la grande Nicole Leblanc, que j'avais connue à la télé tout petit, m'a donné le coup de pouce, l'étincelle pour me donner confiance et persévérer dans ce métier jusqu'à aujourd'hui.

Je voulais simplement vous raconter cette petite histoire d'une femme, d'une adulte signifiante, qui a pris le temps de prendre son temps, afin de changer la vie de p'tit gars du Témis qui voulait jouer dans la tivi! Je lui en serai à jamais reconnaissant. Avant de mourir voilà quelques années, elle est devenue une bonne amie, avec qui je faisais de la peinture et des soupers entre amis. On se souvient toujours des gens qui ont eu pour nous ces quelques secondes qui changent et bonifient notre vie. Maintenant, j’espère être celui qui, un jour, donnera des ailes à quelqu'un, juste avec deux trois mots et beaucoup de bienveillance. Et vous? Avez-vous été cet homme ou cette femme déterminante dans la vie de quelqu'un?

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