Il y a des événements qui attirent une foule. Puis, il y a ceux qui finissent par s’inscrire dans les habitudes d’une communauté. Quinze ans après sa création, le Music Fest semble avoir franchi ce cap.
Les 11 et 12 juillet derniers, la musique était toujours au cœur de la programmation, mais ce qui s’est joué à Belleterre allait bien au-delà des spectacles : le festival a une fois de plus réuni des bénévoles fidèles, fait revenir d’anciens résidents et confirmé une réputation qui dépasse désormais les frontières du Témiscamingue.
Pour Preston Phillips, président et directeur musical, cette évolution s’est construite progressivement. « Moi, je n’étais pas là dans la première édition. J’étais festivalier ». Aujourd’hui, il fait partie du petit groupe qui veille à faire vivre l’événement. Dès le mois de septembre, les préparatifs de l’édition suivante commencent déjà. Le comité organisateur compte cinq ou six personnes seulement, auxquelles s’ajoute une douzaine de bénévoles au moment du festival. « On porte tous plusieurs chapeaux. C’est beaucoup de travail, beaucoup de réflexion. Les bénévoles reviennent d’année en année. On forme une belle famille. »
Cette fidélité ne s’arrête pas à ceux qui organisent le festival. Selon Preston Phillips, le Music Fest est devenu, au fil des éditions, un rendez-vous annuel pour plusieurs personnes ayant quitté Belleterre. « Il n’y a pas seulement les gens de Belleterre qui vivent ici. Il y a ceux qui sont partis et qui reviennent pour le festival. Ça nous donne une chance de se rencontrer, de se revoir entre familles et entre amis. »
Dans une municipalité de la taille de Belleterre, ces retrouvailles donnent une portée particulière à l’événement. Pendant deux soirées, la musique devient autant un point de ralliement qu’un spectacle.
Sur scène, la programmation de cette 15e édition est demeurée fidèle à une formule qui s’est raffinée avec le temps. Le vendredi, le public a assisté aux prestations du Rudi Urbach Band, de The Lemon Pistols, d’Avalon Stone et du Medley Band. Le samedi, Band Illusion, Tassez-vous de d’là et Roadhouse ont pris le relais.
Si les groupes changent d’une année à l’autre, l’objectif demeure le même : faire découvrir des artistes émergents tout en offrant une place aux formations régionales et aux spectacles capables de rassembler plusieurs générations.
« On espère toujours qu’un jour on va les entendre à la radio ou les voir sur de grandes scènes, puis pouvoir dire qu’ils sont passés par Belleterre au début de leur carrière. »
Cette approche a contribué à bâtir la réputation du festival. Quinze ans plus tard, certains artistes connaissent déjà le Music Fest avant même d’être invités. « Des groupes de Toronto avaient entendu parler de nous depuis des années. Ils étaient vraiment contents de venir. Après quinze ans, on commence à avoir notre marque dans le milieu de la musique. »
Cette reconnaissance n’efface toutefois pas les défis. Comme plusieurs événements extérieurs, le Music Fest demeure à la merci de la météo et dépend du soutien de ses partenaires pour poursuivre son développement. Preston Phillips souligne l’apport des commanditaires, de la Municipalité de Belleterre, qui met notamment ses infrastructures à la disposition du festival, mais aussi des festivaliers eux-mêmes. « Le festival appartient un peu à tout le monde. Les gens embarquent parce qu’ils veulent qu’il continue d’exister. »
C’est peut-être là que réside la plus grande réussite du Music Fest. Quinze ans après sa première édition, l’événement ne repose plus uniquement sur une programmation ou sur une fin de semaine de spectacles. Il s’est transformé en un rendez-vous que la communauté continue de faire vivre été après été, parce qu’elle y reconnaît une partie de son identité.