Après plus de vingt ans d’absence, la Première Nation de Kebaowek a renoué avec son pow-wow annuel, tenu du 24 au 26 juillet. Pendant trois jours, la communauté a célébré son identité anicinabek à travers les chants, les danses, les cérémonies et le partage.
Selon Mathilde Robitaille-Lefebvre, responsable des relations médias, les raisons ayant mené à l’interruption du pow-wow il y a plusieurs années demeurent inconnues. Elle souligne toutefois que la communauté a consacré les dernières décennies à son développement ainsi qu’à la revitalisation de sa culture, de sa langue et de ses traditions.
« Un pow-wow est un rassemblement culturel et spirituel qui assure la transmission des traditions, renforce les liens entre les générations et rassemble les familles ainsi que les différentes nations. Il permet également de faire découvrir la culture anicinabek aux visiteurs dans un esprit d’ouverture, de respect et de réconciliation, favorisant ainsi une meilleure compréhension entre les peuples », explique Mme Robitaille-Lefebvre.
Placée sous le thème Honorer nos survivants et revitaliser notre culture, cette édition rendait hommage aux survivants des pensionnats autochtones tout en mettant en valeur le patrimoine culturel et les enseignements transmis de génération en génération. L’événement s’inscrivait dans une démarche de guérison, de transmission, de célébration et de préservation de l’identité culturelle.
« Nous souhaitions reconnaître leur force, leur courage et leur résilience. Malgré les nombreuses tentatives d’effacer nos langues, nos traditions et notre identité, ils ont continué à transmettre leurs savoirs et leurs valeurs », souligne-t-elle.
Le retour du pow-wow est né de l’initiative de bénévoles de la communauté, avec l’appui du Conseil de bande de Kebaowek, qui souhaitaient redonner vie à cette importante tradition. « C’est un moment historique. Pour plusieurs membres, c’est un retour à une tradition qu’ils ont connue dans leur jeunesse. Ce retour symbolise notre résilience, notre fierté et notre engagement à faire vivre notre culture. C’est aussi un message d’espoir pour l’avenir. Nous souhaitons que le pow-wow devienne une tradition annuelle et qu’il continue de grandir d’année en année. Nous voulons créer un événement durable qui permettra aux générations futures de célébrer leur culture ici, à Kebaowek », ajoute Mme Robitaille-Lefebvre.

Pour plusieurs jeunes de Kebaowek, il s’agissait d’une première expérience d’un pow-wow dans leur propre communauté. Cette célébration leur a permis de découvrir les chants, les danses traditionnelles, l’artisanat, les cérémonies et les protocoles culturels, tout en favorisant les échanges avec les Aînés et les porteurs de savoir.
« La meilleure façon de transmettre une culture est de la vivre. Le pow-wow crée justement cet espace d’apprentissage vivant. Cette expérience contribue à renforcer le sentiment d’appartenance des jeunes et leur fierté envers leur identité culturelle », affirme Mme Robitaille-Lefebvre.
Parmi les moments marquants du pow-wow, la Grande Entrée occupe une place centrale. Cette cérémonie ouvre officiellement la célébration et revêt une grande importance symbolique. Les porteurs de drapeaux, les Aînés, les dignitaires, les vétérans et les danseurs y pénètrent dans l’arène selon un ordre traditionnel, au son des chants et des tambours. « C’est un moment empreint de respect et de spiritualité qui rappelle l’importance de nos traditions, de nos ancêtres et de notre unité comme peuple », souligne Mme Robitaille-Lefebvre.
Elle rappelle également le rôle essentiel de la musique dans la transmission de la culture. Le tambour, souvent considéré comme le battement de cœur du peuple anicinabek, occupe une place centrale au pow-wow. Les chants racontent l’histoire, transmettent des enseignements et accompagnent les différentes danses et cérémonies.
L’événement a notamment accueilli le chanteur et auteur-compositeur Logan Staats, de la communauté des Six Nations de la rivière Grand. Rodney Stanger a agi à titre de maître de cérémonie, tandis que Lindsay Cote occupait le rôle de directrice d’arène. Les groupes de tambours Ironstone, Indian Road Singers, Spiritwolf Singers, Young Warriors et Whirlwind Singers ont rythmé les trois journées de célébration.
Derrière cette grande célébration se cachent plusieurs mois de préparation et un important travail de coordination. L’organisation d’un pow-wow exige notamment de coordonner la participation des danseurs, des groupes de tambours, des Aînés, des bénévoles, des commanditaires, des fournisseurs, des équipes de sécurité ainsi que les nombreuses activités culturelles offertes sur le site.
Pour Kebaowek, le défi était d’autant plus important puisqu’il s’agissait du premier pow-wow organisé dans la communauté depuis plus de vingt ans. « Nous avons dû repartir presque de zéro. Il fallait recréer les infrastructures, rétablir les protocoles, obtenir du financement, recruter des bénévoles et faire connaître l’événement », conclut Mme Robitaille-Lefebvre.
Pour les organisateurs, cette première édition est un succès et marque le début d’un nouveau chapitre, avec l’espoir de voir le pow-wow s’enraciner durablement dans la vie de la communauté.