Au Témiscamingue, une vingtaine de marraines bénévoles accompagnent les familles avant la naissance, pendant l’allaitement et jusqu’au sevrage. Malgré cette présence sur le territoire, plusieurs mères attendent encore d’être épuisées, découragées ou blessées avant de demander de l’aide. À l’occasion de la Semaine mondiale de l’allaitement, C’Maman rappelle que le principal obstacle n’est pas toujours le manque de ressources, mais la gêne de les utiliser.
Une mère qui souhaite allaiter peut choisir d’être jumelée à une marraine avant même la naissance de son enfant. L’accompagnement se poursuit ensuite par téléphone, par message texte ou lors d’une rencontre à domicile, selon les besoins de la famille.
Charlotte Barrette, coordonnatrice des marraines d’allaitement du Témiscamingue, mentionne qu’environ 20 marraines sont actuellement actives au Témiscamingue. Elles habitent différentes municipalités et se déplacent lorsqu’aucune bénévole ne se trouve à proximité. « Quand il n’y en a pas dans une municipalité, les marraines des autres municipalités vont se déplacer. Il y en a plusieurs que ça ne dérange pas du tout de faire la route. »
Depuis cinq ou six ans, la demande ne dépasse pas la capacité du réseau, selon elle. La distance, souvent considérée comme un frein à l’accès aux services en région, ne représente donc pas le principal obstacle.
La peur de déranger
Le soutien est présenté aux familles pendant la grossesse, mais certaines futures mères préfèrent attendre de voir comment se déroule l’allaitement. Après l’accouchement, la fatigue, les émotions et les premières difficultés peuvent rendre la demande d’aide plus intimidante. « Souvent, les mamans sont gênées. Elles ont peur de nous déranger. »
Marraine d’allaitement depuis près de cinq ans, Jessica Roberge observe elle aussi que plusieurs femmes attendent avant de communiquer avec une ressource. Certaines croient notamment que la douleur fait nécessairement partie des débuts. De légers inconforts peuvent survenir, mais une douleur importante ou persistante doit plutôt inciter la mère à faire vérifier la position du bébé et sa prise du sein. « Il ne faut pas attendre d’avoir de grandes blessures. Après, ça devient décourageant et c’est plus difficile de persévérer dans son allaitement. »
L’intervention d’une marraine ne vise toutefois pas à maintenir l’allaitement à tout prix. Les bénévoles soutiennent les mères selon leurs propres objectifs et les dirigent vers une professionnelle lorsque la situation dépasse leurs connaissances. « Je suis là pour soutenir, pas pour forcer ou convaincre de quoi que ce soit. »
Naturel ne veut pas dire instinctif
Parce que l’allaitement est naturel, plusieurs parents pensent qu’il ne demande aucune préparation. Les premières journées soulèvent pourtant de nombreuses questions sur la position du bébé, la fréquence des tétées et la production de lait.
Un jumelage avant la naissance permet de transmettre certaines connaissances, mais aussi d’établir un lien de confiance. « Quand tu as déjà une marraine avant d’accoucher, tu sais qu’elle ne sera pas dérangée si tu l’appelles. C’est plus facile d’aller chercher de l’aide après. »
Les marraines peuvent notamment discuter des positions d’allaitement, du coussin à utiliser ou de l’expression du colostrum avant l’accouchement lorsque celle-ci est recommandée. Leur rôle ne commence donc pas uniquement lorsqu’un problème apparaît.
Une place pour l’autre parent
Une autre crainte revient régulièrement chez les futurs parents : celle que le conjoint ou la conjointe ne puisse pas créer de lien avec le bébé si la mère allaite. Pour Jessica Roberge, cette perception réduit la relation avec l’enfant à la seule alimentation. « Il y a mille et une façons que le papa peut prendre sa place autrement qu’en nourrissant le bébé. »
L’autre parent peut faire du peau à peau, changer les couches, donner le bain, bercer l’enfant ou s’occuper des tâches quotidiennes. Dans les premières semaines, le soutien le plus utile consiste parfois à préparer un repas, faire du lavage ou permettre à la mère de se concentrer sur son rétablissement et son bébé. « Dans les premiers temps, la mère s’occupe du bébé, puis l’entourage s’occupe de la mère. »
Allaiter sans se justifier
Au Témiscamingue, Jessica Roberge dit ne jamais avoir reçu de commentaire désobligeant lorsqu’elle allaite ses trois enfants en public. Charlotte Barrette observe néanmoins que l’allaitement d’un bambin reste plus tabou que celui d’un nouveau-né. Certaines mères ressentent encore le besoin de se couvrir, de s’isoler ou de justifier la poursuite de leur allaitement.
Au Témiscamingue, l’allaitement a sa place. Le défi consiste maintenant à faire en sorte que les femmes puissent demander de l’aide, poursuivre ou arrêter sans avoir à défendre leur décision.