Yves Bastien avait déjà vu des jeunes suivre une formation, apprendre un métier, puis se retrouver à la maison une fois les cours terminés. Quand il a commencé à enseigner la construction à Winneway, il ne voulait pas que le même scénario se répète.
Autour de lui, pourtant, le travail à faire ne manquait pas. À Winneway, 88 logements sont actuellement nécessaires pour répondre aux besoins de la communauté. Le manque est tel que certaines maisons peuvent accueillir jusqu’à 14 personnes, selon l’enseignant. C’est en réunissant ces deux réalités qu’un projet a commencé à prendre forme au printemps : construire des habitations tout en permettant aux jeunes formés sur place de mettre en application ce qu’ils viennent d’apprendre.
Les travaux pour la construction de dix nouvelles habitations ont donc été lancés dans la communauté de la Première Nation de Long Point. Un entrepreneur général de la région a été sélectionné pour réaliser le projet, évalué à environ 5 millions de dollars. Les sept élèves de la cohorte d’Yves Bastien doivent participer aux travaux. Un critère essentiel, selon l’enseignant. « Le but, moi, c’est qu’ils ne restent pas chez eux à rien faire. C’est qu’il y ait une continuité logique à ça. »
Depuis deux ans, Yves Bastien enseigne à Winneway. Il y a d’abord donné de la formation à deux cohortes dans le cadre d’une attestation d’études professionnelles (AEP). Une partie des élèves a ensuite poursuivi la formation menant au diplôme (DEP), qui doit se terminer à la mi-septembre. Mais bien avant qu’ils en arrivent là, leur enseignant réfléchissait déjà à ce qui viendrait après pour eux.
Dans d’autres communautés où il a travaillé, Yves Bastien explique avoir constaté que la formation n’offrait pas toujours de débouchés concrets aux jeunes. « On donnait des formations, mais ils restaient à la maison après. »
À Winneway, il a donc commencé à discuter de la question du manque de logements. Peu à peu, une solution s’est dessinée : permettre aux étudiants d’utiliser leurs compétences pour bâtir les maisons dont la communauté a besoin. « Ça permet de régler plusieurs problèmes en une seule idée. »
Le projet leur donnera ainsi l’occasion de travailler aux côtés de l’entrepreneur retenu et d’acquérir de l’expérience dans le domaine pour lequel ils se sont formés. C’est aussi une façon, aux yeux d’Yves Bastien, de faire une place à des travailleurs de Winneway dans des chantiers réalisés directement dans leur communauté. « Pourquoi amener du monde de l’extérieur toujours ? Là, tu as un entrepreneur de l’extérieur qui vient, mais qui fait travailler mes jeunes. »
Transformer l’idée en chantier n’a cependant pas été aussi simple que de constater les manques. Il a fallu chercher du financement, discuter avec différents intervenants, comparer plusieurs possibilités de construction et négocier avec des entrepreneurs et des sous-traitants. Yves Bastien décrit surtout la difficulté de faire avancer le projet auprès des différentes autorités et de leur faire comprendre les besoins. « Normalement, c’est des trucs qui vont prendre un an, un an et demi à prendre comme décision. C’est très long, le processus. » Cette fois, les démarches ont néanmoins progressé suffisamment rapidement pour que le chantier puisse démarrer.
Le contexte de Winneway ajoute par ailleurs une difficulté particulière au financement du logement. La communauté n’étant pas considérée comme une réserve autochtone, l’accès à certaines subventions gouvernementales est plus complexe. Dix maisons ne suffiront toutefois pas à répondre à l’ensemble des besoins. D’ailleurs, Yves Bastien travaille déjà à un autre dossier similaire pour le printemps prochain et indique que deux ou trois habitations pourraient également s’ajouter au projet actuel.
Pour ces élèves de Winneway, la suite du parcours se trouve directement dans la communauté où ils ont appris leur métier. Pour Yves Bastien, c’était précisément le but : que l’obtention du diplôme ne marque pas que la fin du parcours, mais qu’elle ouvre plutôt sur du travail concret.