Récemment, la Table de concertation pour personnes âgées du Témiscamingue (TCPAT) publiait le cri du cœur de Jennifer Gélinas, inquiète quant à la situation actuelle et à l’avenir des ressources intermédiaires (RI) d’hébergement destinées à nos aînés en perte d’autonomie.
« Moi, Jennifer Gélinas, gère la Ressource Intermédiaire Pavillon Tête-du-Lac à Notre-Dame-du-Nord depuis trois ans. On y accueille 16 résidents. Derrière chacun d’eux, il y a une histoire, une famille. Aujourd’hui, le recrutement est vraiment difficile. Les salaires que nous pouvons offrir ne sont plus compétitifs. Résultat, il m’arrive de devoir travailler moi-même soirs et fins de semaine pour maintenir la qualité des soins. La clientèle est de plus en plus lourde, avec des besoins plus complexes, et ça demande plus de personnel, pas moins. On s’épuise à maintenir le service. Une nouvelle Entente est essentielle pour continuer à offrir un milieu de vie humain. On a besoin d’une Entente, maintenant. »
Dans le cadre de ses fonctions, Jennifer Gélinas supervise autant l’administration que l’accompagnement des usagers au Pavillon Tête-du-Lac. Travailler auprès des personnes vulnérables fait partie intégrante de ses valeurs, mais, aujourd’hui, cette vocation se heurte à une réalité de plus en plus difficile à soutenir.
Des besoins de plus en plus complexes
Le Pavillon Tête-du-Lac accueille une clientèle SAPA (soutien à l’autonomie des personnes âgées) en perte d’autonomie physique ou cognitive. « Nous sommes à mi-chemin entre les soins à domicile et les CHSLD », explique-t-elle. Or, faute d’autres types de ressources intermédiaires au Témiscamingue, l’établissement reçoit parfois des résidents dont les besoins dépassent ce que ce type de milieu peut offrir. « Il est arrivé que nous ayons accueilli de la clientèle autre que SAPA. Malheureusement, nous ne sommes pas le bon type d’hébergement pour eux. » Certains usagers nécessitent une présence quasi constante, ce qui déséquilibre l’attention disponible pour les autres résidents.
Les listes d’attente pour les RI sont très longues ; les places disponibles étant insuffisantes. « Plus les gens attendent, plus la maladie progresse et quand vient le temps de s’installer en RI, la perte d’autonomie est déjà très avancée, et, dès l’admission, il est difficile de répondre au niveau de soins des usagers. »
Un réseau fragilisé partout au Québec
La situation locale reflète une tendance nationale, puisque l’Entente entre l’Association des ressources intermédiaires d’hébergement du Québec (ARIHQ) et le ministère de la Santé et des Services sociaux est échue depuis le 31 mars 2025.
Jennifer Gélinas cite quelques statistiques déstabilisantes pour démontrer la lourdeur des conséquences. « En deux ans, 52 RI ont fermé leurs portes, soit 432 places perdues, et 24 % des ressources disent être à risque de réduire leurs services ou de fermer sans meilleur financement. » À l’heure actuelle, 5 500 personnes seraient en attente d’une place en RI au Québec.
Les coûts associés au statu quo sont considérables. « Garder une personne à l’hôpital coûte environ 5 340 $ par jour, alors qu’une place en RI coûte 180 $. » Ce manque de places entraînerait des dépenses supplémentaires estimées à 2,7 M$ par jour pour l’État. Pour la responsable au Pavillon Tête-du-Lac, la signature d’une entente est donc essentielle, étant donné qu’une place en RI coûte beaucoup moins cher à l’État que de garder une personne à l’hôpital en attente d’un hébergement.
Des défis d’envergure
Au Pavillon Tête-du-Lac, comme dans les autres RI, l’essoufflement est palpable. Mme Gélinas parle de la charge de travail plus élevée que les ressources disponibles pour y répondre, des salaires peu alléchants pour le recrutement et la rétention du personnel ainsi que du financement insuffisant qui touche même l’alimentation. « Saviez-vous que le gouvernement nous verse 11,61 $ par jour, par résident pour les nourrir ? Trois repas, deux collations, sept jours sur sept. C’est le même montant, peu importe la région. Avec l’inflation c’est devenu impossible, j’absorbe la différence pour maintenir la qualité des repas, mais aujourd’hui, je fonctionne à perte chaque mois. »
Un appel clair aux décideurs
À l’approche des élections, Jennifer Gélinas souhaite un engagement ferme, celui « de resigner l’Entente le plus rapidement possible en augmentant les budgets et en ouvrant d’autres places en RI ». Bien sûr, la fermeture des portes de l’établissement, faute de budget, fait partie de ses craintes. Enfin, son idéal, c’est d’être responsable d’une RI dotée de ressources suffisantes pour offrir davantage d’interventions personnalisées et retenir son personnel.