C’est dans une ancienne grange posée sur une dalle de ciment, transformée au fil des décennies en entrepôt agricole, en appartement, en atelier, puis en commerce, que l’on retrouve aujourd’hui Antiquités Arts Nature où Christian Bourgault et Mary-Ann Meeuwis tiennent boutique. Situé à Lorrainville, ce bâtiment redonne vie aux objets oubliés et transforme chaque trouvaille en histoire, tout en faisant du métier d’antiquaire une pratique qui dépasse la simple vente.
Un parcours nomade devenu métier
Avant de devenir antiquaire, Christian Bourgault a sillonné le Québec de ville en ville, de déménagement en déménagement, jusqu’à une quinzaine d’années, alors qu’il devient propriétaire du lieu qu’il exploite actuellement. Mary-Ann Meeuwis, d’origine hollandaise, avec qui il correspondait depuis quelque temps, vient le rejoindre. Il y a sept ans, en visite à Dolbeau pour des raisons familiales, le couple s’intéresse à une boutique d’antiquités à vendre. Bourgault et Meeuwis achètent et font tourner le commerce jusqu’à l’arrivée de la pandémie qui contrecarre les plans. Ils reviennent alors au Témiscamingue avec une remorque de 53 pieds remplie d’inventaire. Depuis janvier, les portes d’Antiquités Arts Nature sont ouvertes au public : curieux, acheteurs, vendeurs, collectionneurs y sont les bienvenus.
L’objectif de ces passionnés est simple : récupérer, restaurer et revaloriser les objets trop souvent sous-estimés et même jetés. « Ma valeur, c’est d’éviter que les choses aillent aux déchets. Les gens vont faire un changement de vie, vivre un déménagement, un décès, et nous, on est là pour récupérer au maximum », explique M. Bourgault. Et les bottines suivent les babines, puisque leur quotidien est véritablement tourné vers ce mode de vie où presque tout peut être réutilisé. Lors de la visite guidée des lieux, il pointe une remise, dans la cour arrière, entièrement construite de matériaux récupérés. « Ça m’a coûté seulement 50 $ pour la bâtir. » Les sous-vêtements, le papier de toilette, quelques produits essentiels et un ordinateur d’il y a 15 ans sont les seuls objets achetés flambant neufs par le couple qui habite au-dessus de la boutique.

Un commerce unique en Abitibi-Témiscamingue
Seul brocanteur en région, M. Bourgault est sollicité de tous bords tous les côtés pour récupérer des lots d’objets des plus hétéroclites. Son commerce occupe un local de 35 pieds sur 30 pieds, mais l’arrière-boutique déborde. Entre autres, on y trouve 275 boîtes remplies d’objets triés à Dolbeau qui n’ont jamais été déballées, faute d’espace. Les allées sont si pleines qu’il est impossible d’atteindre ce qui se trouve au fond. Devant une telle abondance, les visiteurs en ont littéralement plein la vue. Il est impossible, en une seule visite, de parcours l’ensemble du trésor accumulé.
Le couple est complémentaire. Alors que Mme Meeuwis est surtout au service à la clientèle, M. Bourgault s’occupe de l’approvisionnement. Il parcourt ventes-débarras, friperies, particuliers, Marketplace. Il trace des itinéraires pour rentabiliser chaque déplacement. « Je reviens pratiquement tout le temps avec la vanette pleine », dit-il. Et il vide aussi des maisons. Depuis janvier, il en a déjà vidé trois. Il fouille les greniers, les caves, les remises. « Je regarde même sur le dessus des poutres pour repérer des objets qui ont peut-être été oubliés depuis longtemps. » Il achète parfois des lots entiers, parfois un seul objet rare. Sa vente la plus lucrative… une radio à 2600 $ destinée à un acheteur de la Californie. Ce qui se vend le mieux : les articles de chasse, de pêche et de plein air (plusieurs étant décoratifs), des outils, des bijoux, des enseignes routières.
Le brocanteur se fait un devoir d’être le plus honnête possible. Pour les pièces les plus recherchées, il tente d’offrir au moins la moitié de sa valeur. Il lui est même arrivé de retourner chez le vendeur pour lui remettre un « pourboire » parce qu’il avait réussi à obtenir plus que prévu pour ce qu’il lui avait acheté. Son but n’est pas de faire fortune, mais de réussir à vivre de son commerce. Et c’est mission accomplie ! Le couple ne roule pas sur l’or, mais possède l’essentiel dont il a besoin. « On n’a pas de TV… on jardine pour minimiser nos coûts de vie. » La vente en ligne, sous forme d’encan, est aussi un revenu qui leur permet de subvenir à leurs besoins.
Bref, c’est avec passion que le couple exerce le métier d’antiquaire. Leur souhait est de trouver plus d’espace pour déployer une plus grande partie de leur inventaire. L’idée d’une exposition regroupant de nombreux objets liés aux différentes municipalités du Témiscamingue fait aussi partie des projets qui mijotent.