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Abominable

5 Octobre 2020par : Karen Lachapelle

Il y a plusieurs mois que je ne m’étais pas assise devant mon écran pour écrire un éditorial. Entre la COVID-19 et la COVID-19, l’inspiration n’était certes pas au rendez-vous… jusqu’au 29 septembre, lors de la diffusion de la vidéo de Joyce Echaquan.

Cette femme atikamekw, dans la mi-trentaine, est morte peu de temps après s’être filmée en direct sur Facebook. Dans sa vidéo, elle dit avoir été surmédicamentée et appelle à l'aide à maintes reprises. Pendant plus de sept longues et pénibles minutes, on peut l'entendre crier et prononcer des mots inintelligibles, pendant que du personnel de l’hôpital l'insulte.

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À la suite de la mort de Georges Floyd, aux États-Unis, on se disait bien meilleurs que nos voisins, nous, le racisme systémique, ça n’existe pas au Québec... Notre vanité nous est revenue en pleine face. Ce vidéo est une gifle monumentale sur notre capacité de faire abstraction sur les problèmes racistes du Québec.

Le premier ministre québécois a annoncé le congédiement d'une infirmière en lien avec ce décès. C’était la moindre des choses, mais en même temps, elle ne doit pas être le bouc émissaire d’un mal qui perdure depuis trop longtemps. « Il y a du racisme au Québec, il faut combattre ce racisme. L’infirmière, ce qu’elle a dit, c’est totalement inacceptable et elle a été congédiée. Maintenant de penser que toutes les infirmières ou tout le système de la santé auraient eu cette réaction, tout le monde va dire ben non », a affirmé le premier ministre lors d'un point de presse.

C’est une action importante (congédiement de ladite infirmière), mais ça ne règle pas la situation. Il est plus que temps que des actions soient posées pour faire évoluer les mentalités, pour créer des rapprochements, pour changer réellement les choses. Il faut que chacun fasse une introspection car présentement, tout le monde dénonce, tout le monde est aberré, mais le racisme perdure. Que connaissons-nous vraiment de nos voisins autochtones? Prenons-nous vraiment le temps des écouter? De les comprendre? Nous sommes juste ignorants de leur réalité qui se disent aujourd’hui outrés…

Le grand chef de la Nation Atikamekw, Constant Awashish, demande à François Legault d’arrêter de nier la présence de racisme systémique au Québec. « Pourquoi encore aujourd’hui il y a des propos de la sorte qui sont tenus par des professionnels, et pourquoi encore aujourd’hui il y a des gens qui continuent d'entretenir ce genre de préjugés envers les Premières Nations? »

Des propos racistes, nous en avons tous entendus, parfois même dit. Les préjugés envers les peuples autochtones sont lourds et ancrés dans les veines des Québécois… On entend des phrases comme « Ce sont tous des alcooliques » alors qu’ironiquement, la SAQ a été envahie par les consommateurs « non autochtones » lors du confinement (rappelons-nous qu’il était hors de question de fermer cette société d’État) et « Ils ne veulent pas travailler, on les fait vivre » (doublement ironique alors qu’avec l’arrivée de la PCU, un des plus gros problèmes des entreprises a été que les employés préfèrent rester dans leur piscine à attendre leur chèque plutôt que rentrer au boulot).

Du racisme, il y en a tellement, mais on ne veut juste pas le voir, de peur de déranger notre beau petit confort. Et quand ça arrive, nous avons l’impression d’être si impuissants. Il y a quelques années, jeune homme, joueur de hockey depuis toujours, était dans une équipe qui vivait défaite par-dessus défaite. Pour les enfants, ça n’importait pas tant, car ils avaient vraiment beaucoup de plaisir ensemble. Dans la chambre où se mélangeaient Autochtones et non-Autochtones, ça parlait français et anglais, il n’y en avait pas de problème. En fait, la couleur de la peau n’a jamais été importante pour lui ou les autres : ils étaient tous des joueurs de hockey. Je me souviens qu’un jour, l’équipe venait de subir une autre cuisante défaite. Sans amertume, nous, parents, attendions tranquillement notre progéniture dans l’entrée de l’aréna à Rouyn. C’est alors que sans raison, des parents de l’équipe adverse se sont mis à insulter les parents autochtones de notre équipe. Je n’en croyais pas mes oreilles, c’était frustrant, scandalisant. Notre équipe a bien sûr porté plainte à la Ligue, mais finalement, à part une petite réprimande, rien et toute cette histoire est tombée dans l’oubli…

Cet exemple en est un parmi tant d’autres. Malheureusement, il a fallu la mort d’une femme de 37 ans comme électrochoc. Oui, présentement, tout le monde est outré, mais dans un mois, un an, est-ce que les mentalités auront enfin évolué ? Personne ne se dit raciste mais pourtant, les communautés autochtones en subissent régulièrement. Il y a un double discours.

Lors d’une entrevue avec la cheffe de Timiskaming First Nation, Sacha Wabie, celle-ci était consciente des grands défis de sa communauté. Et le changement se fait par petits pas alors que chacun fait la différence, me disait-elle. Quoi de plus vrai! La disparition du racisme systémique est l’affaire de tous et en apprenant à bien se connaître, nous apprendrons à réellement nous apprécier.

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