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La grand-mère de Timiskaming First Nation

11 Novembre 2020

par : Bianca Sickini-Joly | Journaliste de l'Initiative de journalisme local

Tout en étant grand-maman de ses petits-enfants et ses arrière-petits-enfants, la communauté anichinabée de Notre-Dame-du-Nord a confié à Marilyn Chevrier-Wills un rôle précieux : celui de grand-mère de Timiskaming First Nation. Son expérience et ses conseils en tant que professeure culturelle et aînée sont appréciés dans la communauté. Accompagnée par d'autres participants, elle tient couramment des cérémonies où la danse, le chant et les tambours sont au rendez-vous.

Un titre honorable

Si elle occupe cette position au sein de sa communauté, c'est parce que Marilyn Chevrier-Wills a eu ce désir il y a plusieurs années d'en connaître plus sur sa culture et sur les traditions des Premières Nations. C'est à ce moment que la professeure culturelle, native de la région, s'est investie à fond dans l'art des cérémonies. En passant du Québec, à l'Ontario et jusqu'à Winnipeg, elle assistait à beaucoup de cérémonies et apprenait auprès des aînés. « C'est long à apprendre. Tout le monde veut aller le plus rapidement possible, mais on doit prendre notre temps, participer aux cérémonies », explique madame Chevrier-Wills, qui peut être l'hôtesse de cérémonies dans sa communauté grâce à l'expérience qu'elle a acquise au fil des ans. Elle voyage encore fréquemment d'une communauté à une autre, où elle est invitée à prendre part aux cérémonies. L'enseignante occupe également des emplois du côté de New Liskeard à l'organisme Keepers of the Circle ainsi qu'au centre Mino M'shki-ki.

Transmission des coutumes

De génération en génération, les plus âgés enseignent leurs savoirs traditionnels aux plus jeunes. « Notre culture, c'est notre façon de vivre. Nos ancêtres ont toujours vécu comme ça. On voulait nous enlever notre culture, à travers les pensionnats, par exemple. C'est une grosse pièce qu'on avait perdue, maintenant ça nous revient. Nos jeunes ne connaissent pas notre culture de cette façon, nous devons leur enseigner à nouveau que nos traditions existent », affirme Marilyn Chevrier-Wills. C'est pourquoi elle redonne de son bagage culturel aux enfants lors de ses visites dans les garderies et dans des ateliers ponctuels pour les tout-petits. « On danse ensemble, je leur conte des histoires, on joue du tambour. Ils me font sentir jeune ! » s'exclame Grandmother Marilyn avec le sourire dans la voix. Maintenant dans la soixantaine, elle consacre davantage de son temps aux adultes et aux personnes âgées. Certains d'entre eux désirent enseigner leur savoir à leur descendance et les conseils de madame Chevrier-Wills leur sont utiles. Son horaire est chargé de travail et de loisir, mais elle adore son quotidien. « Je ne peux pas m'imaginer ne pas être en train de faire ça ! »

Quand on lui demande à qui s'adressent ses enseignements, elle répond du tac au tac : « À tout le monde qui en a besoin et qui veut apprendre ! » Ce qu'elle souhaite, c'est partager ce bien-être qui l'habite avec tous ceux qui le veulent, autochtones ou non. La dame prend soin d'elle et de sa santé. Elle mange bien et fait de l'exercice. En tant qu'aînée et grand-mère de la communauté, elle aspire à montrer un bon exemple en ayant un mode vie sain. Son rôle l'amène aussi à être près du conseil de bande.

La professeure culturelle donne quelques fois des cours en format Zoom. Elle a livré quelques ateliers pour les enfants au Théâtre du Rift également. L'an dernier, elle avait pris part à une médiation culturelle avec les tout-petits, c'est-à-dire leur présenter un peu de la culture autochtone pour les préparer à bien comprendre la pièce de théâtre Mokatek à laquelle ils allaient assister. « Elle est une bonne pédagogue. C'était très intéressant », se souvient la directrice du Rift, Amélie Cordeau.

Au cœur des cérémonies

Tous les mois, madame Chevrier-Wills et d'autres participantes célèbrent la full moon ceremony dans son lodge. Au début de novembre, c'est aussi le temps du Festin des morts, où les personnes présentes « nourrissent » les défunts qui leur sont chers. La grand-mère de la communauté chante au minimum quatre chansons traditionnelles à chacune des cérémonies, dont l'une pour souhaiter la bienvenue aux ancêtres des participants. Du tabac et du cèdre sont aussi brûlés, ce qu'on appelle le smudging, ou la purification par la fumée. Peu importe le rituel qu'elle pratique, Marilyn Chevrier-Wills se sent à sa place. Son devoir est accompli lorsqu'elle remarque le sourire des gens présents et les voit quitter le cœur léger. « Nous sommes plusieurs grands-mères et grands-pères à se tenir ensemble et s'entraider avec les cérémonies, » souligne-t-elle.

Les projets

Depuis plus de vingt ans, la grand-mère de Timiskaming First Nation utilise les mêmes percussions. Récemment, son cousin, l'artiste Karl Chevrier, lui a conçu un contour de tambour en cèdre pour remplacer son ancien. Elle souhaite continuer longtemps à transmettre ses connaissances sur les traditions autochtones et espère que ses « élèves » suivent ses pas et poursuivent l'enseignement aux futures générations. Pour les prochaines années, elle pense à diminuer ses nombreux voyagements au Québec et en Ontario et rester davantage près la maison. « Mon mari aimerait bien cela en tout cas! » a-t-elle conclu en riant.

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