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Cahiers spéciaux

Un cheptel sans baisse apparente, des faons à surveiller

Par : Ange Major

En Abitibi-Témiscamingue, les données disponibles ne signalent pas de baisse marquée de la population des cheptels. Une question demeure toutefois : le cheptel produit-il encore suffisamment de faons pour se maintenir à long terme ? « On protège maintenant femelle et petit », résume Ambroise Lycke, biologiste M. Sc. et responsable régional de la grande faune à la Direction de la gestion de la faune de l’Abitibi-Témiscamingue du ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs.

Orignal
En zone 13, seuls les orignaux avec bois sont permis du 10 au 25 octobre 2026.
(Photo : Lesly Derksen by Unsplash)

Cette protection prend une importance particulière en 2026, alors que la zone de chasse 13 connaît une année restrictive. La dernière estimation officielle issue d’un inventaire aérien a été réalisée à l’hiver 2017. Elle situait la population d’orignaux de la zone 13 entre 12 458 et 15 986 individus, soit un ordre de grandeur d’environ 15 000 bêtes. La densité moyenne était alors évaluée à 2,6 orignaux par 10 kilomètres carrés. Selon le bilan régional, la récolte et le succès de chasse sont demeurés relativement stables depuis plus de 15 ans. Bien qu'elle ne repose pas sur un recensement réalisé en 2026, cette estimation demeure la référence issue du dernier inventaire aérien complet.

Les données de récolte les plus récentes montrent qu’en 2025, 2 771 orignaux ont été déclarés récoltés dans la zone 13. Parmi eux, on comptait 1 433 mâles adultes, 1 099 femelles adultes et 239 faons. Ces chiffres permettent de suivre la récolte, mais ils ne remplacent pas un nouvel inventaire aérien.

Une population composée surtout de femelles

La population régionale est composée principalement de femelles adultes. Cette structure est notamment le résultat de plusieurs années de protection par la réglementation. Avant les changements de 2026, le système d’alternance permettait généralement de récolter les mâles adultes et les faons chaque année, tandis que la chasse aux femelles adultes était interdite une année sur deux. Certains territoires fauniques structurés pouvaient toutefois appliquer des modalités différentes.

La présence d’un plus grand nombre de femelles ne constitue pas, à elle seule, un signe de problème. Pendant le rut, un mâle demeure avec une femelle jusqu’à son ovulation, puis peut se déplacer à la recherche d’autres partenaires. Cette capacité ne rend toutefois pas l’équilibre entre les sexes sans importance. Selon Ambroise Lycke, les biologistes cherchent notamment à savoir si le nombre de mâles adultes est suffisant pour assurer la reproduction du cheptel.

Le principal signal de vigilance concerne la productivité. Lors de l’inventaire aérien de 2017, on comptait 28 faons pour 100 femelles, une proportion en baisse d’environ le tiers par rapport à l’inventaire de 2005. Ambroise Lycke rapporte toutefois que les observations plus récentes montrent elles aussi un nombre de faons par femelle inférieur à ce qui serait souhaitable.

Plusieurs hypothèses sont évaluées, dont un possible essoufflement de la population, des conditions biologiques ou environnementales moins favorables et une structure entre les mâles et les femelles qui ne serait pas optimale. La prédation fait également partie des questions soulevées. Le bilan régional ne relève toutefois pas d’augmentation notable des prédateurs ou des parasites qui permettrait, à elle seule, d’expliquer la baisse de productivité. La tique d’hiver est présente chez plus de 80 % des orignaux échantillonnés. Elle demeure peu abondante dans la région et son impact actuel est considéré comme faible.

Des règles qui changent en 2026

Le nouveau plan de gestion de l’orignal apporte des changements aux règles de chasse à l’échelle du Québec. À compter de l’automne 2026, les femelles et les faons sont regroupés sous l’appellation « orignal sans bois ». Cette catégorie désigne un orignal dont les bois mesurent moins de 10 centimètres. Dans plusieurs zones, la récolte d’un orignal sans bois nécessite maintenant un permis obtenu par tirage au sort. Les zones 13, 18 et 28 conservent toutefois le système d’alternance.

Dans la zone 13, l’année 2026 est restrictive. Pendant la période régulière, du 10 au 25 octobre, la règle générale permet uniquement la récolte d’un orignal avec bois, ce qui correspond aux mâles adultes. Une exception s’applique durant la période à l’arc et à l’arbalète, du 26 septembre au 4 octobre. Durant cette période, la règle générale de la zone 13 permet la récolte de tous les segments, sans permis spécial pour la récolte d’un orignal sans bois. En revanche, certaines zecs appliquent leurs propres modalités.

Les chasseurs participent au suivi

La surveillance se poursuit pendant et après la saison de chasse. L’enregistrement obligatoire des orignaux fournit des données sur la récolte, tandis que les dents recueillies sur certains spécimens permettent d’obtenir de l’information sur leur âge, la structure de la population et la pression de chasse. Il est préférable de prélever les deux incisives avec une partie de la gencive qui doivent être nettoyées et séchées avant d’être envoyées au Ministère. Les résultats sont généralement disponibles environ un an après l’envoi.

Le Ministère s’appuie aussi sur des projets hivernaux de collecte de crottins. Les analyses servent à évaluer le taux de gestation des femelles. Selon le protocole présenté par Ambroise Lycke, les participants doivent notamment noter le lieu et la date de la collecte. Un retour sur les résultats est transmis aux participants. Les observations rares ou inhabituelles sont également utiles. Un animal malade, une mortalité inhabituelle ou un comportement qui sort de l’ordinaire peut être signalé aux autorités responsables de la faune. Le portrait 2026 n’est donc ni celui d’une crise ni celui d’une population que l’on pourrait considérer comme acquise. L’abondance demeure relativement stable selon les indicateurs disponibles.

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