Une nouvelle trace dans la neige : l’hypnose thérapeutique vue par Sylvie Falardeau
Par : Ange Major | amajor@journallereflet.com
L’hypnose thérapeutique ne consiste ni à perdre le contrôle ni à régler un problème en une seule séance. Lors d’une conférence tenue le 26 septembre à la bibliothèque La Bouquine, à Ville-Marie, Sylvie Falardeau a expliqué comment cette démarche repose sur la création progressive de nouveaux chemins intérieurs.
Lorsqu’elle parle d’hypnose, Sylvie Falardeau revient souvent à une image simple : celle d’une piste de ski de fond. Une personne qui emprunte toujours le même chemin finit par y laisser une trace profonde dans la neige. Elle devient familière, facile à suivre. Pour la praticienne, les pensées, les réactions et certains comportements peuvent fonctionner de la même manière. Après des années à emprunter les mêmes chemins, il peut être difficile d’en imaginer d’autres. « Quand on part en hypnose, c’est comme si on venait construire une nouvelle trace. »
C’est cette vision qu’elle a présentée lors de la conférence tenue le 26 septembre. La rencontre portait notamment sur les mythes entourant l’hypnose, le fonctionnement de l’esprit et les raisons qui peuvent pousser une personne à consulter. L’objectif était aussi de répondre aux craintes qui reviennent souvent : perdre le contrôle, rester pris dans un état de transe ou révéler des choses contre son gré. Ces inquiétudes sont en partie liées à l’hypnose de spectacle, estime Sylvie Falardeau. L’image d’une personne qui se met à agir comme un animal sur une scène ne correspond toutefois pas à l’approche thérapeutique qu’elle pratique.
Dans son bureau, la personne demeure consciente et participe à la démarche. Même lorsqu’elle a les yeux fermés, elle échange avec l’intervenante, répond à ses questions et construit elle-même les images qui lui viennent à l’esprit. « Je veux savoir qu’est-ce qui est là, qu’est-ce que tu vois. »
L’hypnose thérapeutique ressemble ainsi davantage, selon elle, à la méditation ou à la visualisation. La différence se trouve surtout dans le langage utilisé et dans la façon d’adapter la séance à la personne qui se trouve devant elle. Une vidéo trouvée sur YouTube s’adresse à un public général, tandis qu’une consultation individuelle est construite à partir de ce que la personne vit au moment présent.

Sylvie Falardeau a animé la conférence à la Bibliothèque La Bouquine (Gracieuseté Sylvie Falardeau)
L’intérêt de Sylvie Falardeau pour cette pratique s’est développé progressivement. Elle a d’abord été formée comme travailleuse sociale, mais elle avait l’impression qu’il lui manquait certains outils pour aller plus loin dans l’accompagnement.
Elle a ensuite étudié en ressources humaines avant de se tourner vers la programmation neurolinguistique, aussi appelée PNL. C’est pendant la pandémie qu’elle a pu suivre plusieurs formations en ligne, alors que celles-ci étaient rarement accessibles en personne dans la région.
Pendant près de deux ans, elle a complété une certification de coach PNL. Les modules consacrés à l’hypnose ont retenu son attention. Elle a ensuite entrepris une formation auprès de l’école IHGDQ, qu’elle poursuit encore aujourd’hui. « Je suis une éternelle étudiante. »
Cette volonté d’apprendre l’amène aussi à rappeler l’importance de vérifier le parcours de la personne consultée. Comme il n’existe pas d’ordre professionnel regroupant les hypnothérapeutes, elle conseille aux gens de s’informer sur la formation et l’expérience de l’intervenant choisi.
De son côté, elle demande un appel de découverte de 15 minutes avant tout premier rendez-vous. Ce moment permet de comprendre l’objectif de la personne et de vérifier si son approche correspond réellement à ses besoins. Les motifs de consultation sont nombreux. Certaines personnes souhaitent travailler sur l’anxiété, le stress, le sommeil, une peur ou une phobie. D’autres parlent de deuil, de douleurs physiques, de manque de concentration ou de ce qu’elles décrivent comme un brouillard mental.
Ce brouillard peut prendre la forme d’une tête trop pleine, d’une impression de lourdeur ou d’une incapacité à voir clairement. Les expressions utilisées par les clients : une boule dans la gorge, un nœud dans le ventre ou une montagne sur les épaules peuvent ensuite servir à orienter le travail.
Pour expliquer ce processus, Sylvie Falardeau utilise une autre métaphore : celle d’un oignon. Selon elle, les gens se construisent au fil des années des « pelures » pour se protéger. Certaines peuvent encore être nécessaires, tandis que d’autres ne le sont plus. Le travail consiste alors à les retirer progressivement, sans forcer. « Chaque inconscient fait toujours un travail à son rythme. »

Sylvie Falardeau (Sylvie Falardeau | Facebook)
C’est pourquoi elle refuse de présenter l’hypnose comme une solution instantanée. Elle se montre notamment prudente avec les personnes qui souhaitent arrêter de fumer, mais qui espèrent repartir après une seule séance sans avoir elles-mêmes la motivation d’entreprendre le changement. « Je ne vends pas une séance. »
Pour elle, une démarche d’hypnose demande plutôt plusieurs rencontres et une implication personnelle. Comme pour une piste de ski de fond, le nouveau chemin devient plus facile à emprunter avec la pratique.
Au-delà des techniques, Sylvie Falardeau souhaite surtout que les gens comprennent ce dans quoi ils s’engagent. Pour elle, avant de tenter de quitter une vieille trace, il faut d’abord se sentir assez en sécurité pour en essayer une nouvelle.