Long Point met les gouvernements en demeure pour obtenir une présence policière permanente à Winneway
Par : Journaliste
Vingt ans après la disparition de son corps policier, la Première Nation de Long Point tente maintenant de forcer un dénouement. Elle a transmis, le 30 septembre, une mise en demeure à la Sûreté du Québec ainsi qu’aux gouvernements du Québec et du Canada afin d’obtenir rapidement une présence policière continue à Winneway et, à plus long terme, le rétablissement d’un service de police anicinabe.
La démarche est assortie d’échéances précises. Long Point demande qu’une présence policière adéquate soit assurée 24 heures sur 24 et sept jours sur sept dans un délai maximal de 15 jours. Elle réclame également, dans les 30 jours, un engagement à conclure une entente qui permettrait de mettre en place un service de police anicinabe permanent à Winneway au plus tard le 31 mars 2028.
La Première Nation prévient qu’elle pourrait se tourner vers la Cour supérieure si elle ne reçoit pas, dans les dix jours suivant la réception de la mise en demeure, une confirmation écrite indiquant que les autorités comptent donner suite à ses demandes. Elle évoque notamment la possibilité de demander une injonction.
Cette nouvelle étape survient après plusieurs tentatives de réorganiser la desserte policière de Winneway. La communauté disposait auparavant de son propre corps policier autochtone, mais celui-ci a cessé ses activités en 2006. Long Point affirme que le financement alors proposé par les gouvernements provincial et fédéral était insuffisant pour maintenir le service sans compromettre d’autres services essentiels.
Depuis, la communauté réclame son rétablissement. Une entente conclue avec Québec en 2008 reconnaissait déjà cette priorité. Une autre entente, mise en place en 2022 avec la participation des communautés de Timiskaming et de Kebaowek, devait assurer une desserte transitoire.
Long Point estime toutefois que cette solution n’a pas permis d’établir une présence policière permanente et culturellement adaptée à Winneway. La Première Nation affirme que cette absence de présence continue a aussi des conséquences sur d’autres services dans la communauté. Selon elle, les infirmières de la clinique de santé, présentes 24 heures sur 24 et sept jours sur sept, sont régulièrement sollicitées lors de situations qui nécessiteraient normalement une intervention policière.
Violence, surdoses, intoxications sévères, crises de santé mentale ou situations impliquant des personnes possiblement armées font partie des événements lors desquels elles peuvent être appelées à intervenir, selon Long Point. « Nous ne pouvons pas accepter que des infirmières ou des membres de notre communauté soient placés dans des situations potentiellement dangereuses parce qu’un policier se trouve à une ou plusieurs heures de route. Ce n’est pas leur rôle. La sécurité de nos membres doit être une priorité », affirme le chef Steeve Mathias.
Dans sa mise en demeure, Long Point réclame des services policiers continus et accessibles, mais aussi adaptés aux réalités et à la culture de la communauté.
La démarche a été lancée le 30 septembre, Journée nationale de la vérité et de la réconciliation. Le chef Mathias soutient que la réconciliation doit également se traduire dans les services offerts au quotidien. « Nos familles doivent pouvoir se sentir en sécurité dans leur propre communauté et compter sur des services policiers qui connaissent notre réalité, notre culture et nos membres. Nous attendons depuis 20 ans. Il est temps que les engagements se traduisent en actions. »