Autonomie alimentaire : l’Abitibi-Témiscamingue cherche à réduire sa dépendance
Par : Ange Major | amajor@journallereflet.com
Comment mieux nourrir la population avec les aliments produits dans la région ? Lors d’un webinaire réunissant une quarantaine de participants, des acteurs du milieu ont exploré les moyens de renforcer l’autonomie alimentaire en Abitibi-Témiscamingue, de la protection des terres agricoles à l’approvisionnement des écoles.
En 2023, alors que les feux de forêt perturbaient les déplacements en Abitibi-Témiscamingue, la possibilité d’une fermeture du parc de La Vérendrye avait soulevé une question : combien de temps la région pourrait-elle continuer à s’approvisionner si ses principaux accès routiers étaient interrompus ?
Cet exemple a été présenté par Gabrielle Payette-Bédard, chargée de mobilisation à l’Alliance québécoise pour les systèmes alimentaires territoriaux, lors d’un webinaire consacré à l’autonomie alimentaire. Une quarantaine de personnes ont participé à cette rencontre portant sur les moyens de réduire la vulnérabilité des communautés face aux perturbations de leur approvisionnement.
L’autonomie alimentaire ne consiste pas à produire sur place tout ce que la population consomme. Elle vise plutôt à assurer un approvisionnement fiable, accessible et suffisant, tout en favorisant les liens entre les producteurs, les transformateurs et les consommateurs d’un même territoire. « Est-ce qu’il y a moyen de favoriser un peu plus d’aliments, de faire en sorte que les aliments qui poussent localement, qui sont cultivés localement, trouvent des chemins plus facilement localement ? », a demandé Mme Payette-Bédard.
La pandémie avait déjà révélé certaines fragilités du système alimentaire québécois, particulièrement en matière de transport, de main-d’œuvre et de transformation. Les fermetures temporaires d’abattoirs et les changements dans les circuits de distribution avaient montré les conséquences possibles d’une forte dépendance envers certaines installations.
Pour la représentante de l’Alliance, améliorer l’autonomie alimentaire ne signifie donc pas mettre fin aux importations ou aux exportations, mais plutôt multiplier les possibilités d’approvisionnement et faciliter la circulation des produits à l’intérieur des régions.
Des solutions adaptées aux territoires
Parmi les solutions présentées figure la protection à long terme des terres agricoles, notamment grâce à des mécanismes juridiques qui empêchent leur conversion à d’autres usages. Le développement d’abattoirs de proximité, de marchés publics et d’installations partagées entre producteurs pourrait également faciliter la transformation et la distribution des aliments près de leur lieu de production.
Selon Mme Payette-Bédard, les démarches doivent toutefois tenir compte des réalités de chaque territoire. Une solution adaptée à Montréal ne répond pas nécessairement aux besoins d’une région éloignée, où les distances et les coûts de transport représentent des obstacles supplémentaires.
Cette réflexion rejoint les orientations de la politique bioalimentaire québécoise 2025-2035, qui fait de l’autonomie alimentaire l’un de ses axes. La collaboration entre les acteurs et l’innovation figurent parmi les moyens envisagés pour progresser dans cette direction.
L’alimentation scolaire dans les réflexions du Témiscamingue
La question de l’approvisionnement local a pris une dimension plus concrète lorsque les échanges ont porté sur les repas destinés aux écoles.
Éric Gauvreau, directeur général de Témamex, une entreprise d’insertion sociale de Rouyn-Noranda, a présenté un projet de préparation de repas surgelés destinés notamment aux établissements scolaires et aux organismes communautaires de la région. L’entreprise envisage de desservir certaines écoles dès janvier et souhaite éventuellement élargir ses activités à d’autres municipalités.
Cette présentation a amené Caroline Saucier, agente de développement à la Corporation de développement communautaire du Témiscamingue et coordonnatrice de la Table d’action pour un Témiscamingue nourricier, à intervenir.
Elle a expliqué que l’alimentation scolaire figure déjà dans le plan d’action de la table et que des démarches ont été entreprises auprès du programme La Cantine dans les écoles (programme développé par La Cantine pour tous). Caroline Saucier a insisté sur l’importance de préserver la place des producteurs témiscamiens dans les futurs projets alimentaires. « On veut vraiment que ça vienne le plus localement possible ».
Les discussions ont également fait ressortir l’importance de mieux coordonner les achats alimentaires avec les producteurs. Une participante a rappelé que les agriculteurs commencent à planifier leurs cultures dès l’automne, d’où l’intérêt de connaître suffisamment tôt les besoins des futurs acheteurs.
Au terme des échanges, une question demeure pour les acteurs de l’alimentation en Abitibi-Témiscamingue : comment mieux faire circuler les produits cultivés dans la région jusqu’aux consommateurs ? Au Témiscamingue, cette réflexion se poursuivra notamment autour de l’alimentation scolaire et de la possibilité de planifier les approvisionnements avec les producteurs locaux.