Ces entrevues qui résonnent particulièrement fort 1/2
Par : Dominique Roy | Journaliste de l'Initiative de journalisme local
Le métier de journaliste est synonyme de nombreuses entrevues, dont certaines demeurent ancrées dans la mémoire, parce qu’elles marquent bien au-delà du travail à réaliser. Quelques journalistes de l’Abitibi-Témiscamingue ont accepté de nous parler de ces rencontres humaines ayant laissé une empreinte durable dans leur parcours professionnel.
Dans Le Citoyen du 23 septembre dernier, Joanie Dion publiait un article sur l’ancienne mairesse de Montréal, Valérie Plante, qui lançait son premier roman. Pour la jeune journaliste, ce fut une entrevue marquante. « J’aime comprendre le cheminement qui mène une personne à changer de voie, et ce que ça implique dans la création du projet. […] Cette entrevue m’a permis d’humaniser une personne que j’estime pour son parcours. Elle vient de la région, et est devenue mairesse de l’une des plus grandes villes du pays. En parallèle, elle a une personnalité artistique active. Ça m’a rappelé que, moi aussi, venant de la même région, je peux avoir des rêves et des ambitions… et les réaliser. Pas que la région est un frein, juste que c’est un point en commun. » Les entrevues de Mme Dion trouvent habituellement leur fin dans la corbeille numérique de son téléphone quelques mois après leur enregistrement. Celle-ci, en revanche, risque d’y rester encore longtemps, à la fois comme souvenir d’une bonne entrevue et d’un moment qui lui est cher.
Journaliste dans les médias écrits, Lucie Charest cumule 41 ans d’expérience dans le domaine : 11 ans à Montréal et 30 ans au Témiscamingue. Entre autres, elle a signé de grands reportages pour diverses publications nationales. Même si elle a interviewé de grandes personnalités, comme Charles Monaco Jr, qui venait d’achever la décoration de l’appartement new-yorkais de Steven Spielberg, c’est au Témiscamingue qu’elle avoue avoir réalisé ses entrevues les plus marquantes, et deux d’entre elles occupent une place particulière dans son parcours, et ce, pour une même raison.
« Nora Mc Martin, une aînée de Long Point First Nation, avait contribué à la création d’un chemin de croix en peaux de castor. Nos entretiens ont été publiés dans Dernière Heure et dans le grand reportage Étoiles du Nord dans la Gazette des femmes en mars 1999. Vingt‑cinq ans plus tard, en mai 2024, dans le cadre d’un dossier pour Le Citoyen sur la fermeture du volet cellulose de haute pureté de RYAM à Témiscaming, j’ai interviewé Susan Turner. Âgée de 12 ans, elle avait été témoin de l’arrestation de son père lors d’une manifestation pour empêcher le détournement du bois de la CIP vers l’Ontario. Cinquante ans plus tard, son petit-fils, cinquième génération de sa famille à travailler à l’usine, était à son tour victime de la fermeture. Partant du fait que l’un des rôles du journalisme, le 4e pouvoir, est d’illustrer les impacts et les conséquences des décisions que prennent les dirigeants ont sur les individus, les communautés, ces deux reportages à caractère humain me semblent les plus éloquents de toute ma carrière. »
Marc-Olivier Thibault, vidéojournaliste pour ICI Abitibi-Témiscamingue, avoue qu’il est difficile de cibler une entrevue, lui qui en fait tous les jours depuis 20 ans. Durant les premières années de sa carrière, il s’est beaucoup promené à travers la province pour acquérir de l’expérience. En 2013, il arrivait à Rouyn-Noranda pour NRJ, pour ensuite joindre, en 2016, « la génialissime équipe de Radio-Canada en Abitibi-Témiscamingue ».
Parmi ses rencontres anecdotiques, il parle de sa première entrevue avec Fred Pellerin, un artiste qu’il adore. « C’était un jour de pluie. C’est important pour la suite, parce que l’entrevue commence et la ligne téléphonique coupe une première fois. On réussit à le rejoindre à nouveau, et la ligne coupe une deuxième fois. L’entrevue reprend, il s’excuse sincèrement, puis la ligne coupe à nouveau. L’entrevue aura été décousue et interrompue. Pour s'en excuser, il m’a offert une paire de billets pour son spectacle du soir même! J’ai eu Fred Pellerin en entrevue plusieurs fois par la suite dans ma carrière, et je peux affirmer à tout le monde que c’est l’un des artistes les plus gentils, humains, naturels, humbles et relax. Un vrai fin. Dans le métier, il y a ceux qui sont fins uniquement quand les micros et les caméras sont ouverts… et il y a ceux comme Fred Pellerin. »
Derrière chaque reportage se cachent donc des histoires profondément humaines. La semaine prochaine, d’autres journalistes de l’Abitibi-Témiscamingue nous raconteront les entrevues qui les ont particulièrement touchés et qui demeurent gravées dans leur mémoire.