Communauté Ville-Marie

RYAM : derrière 300 travailleurs dans l’incertitude, l’avenir de Témiscaming

Par : Ange Major | amajor@journallereflet.com

Environ 350 personnes se sont rassemblées le 16 octobre dernier devant l’usine RYAM, à Témiscaming, dans le cadre d’une journée nationale de mobilisation organisée par Unifor. Alors que la production est interrompue et que des centaines de travailleurs se retrouvent dans l’incertitude, la communauté tente de préserver bien plus que des emplois : son avenir.

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Des travailleurs et des citoyens brandissent des drapeaux et des pancartes pour défendre les emplois forestiers devant l’usine RYAM.
Gracieuseté de Stéphane Lefebvre.

En regardant les quelque 350 personnes réunies devant l’usine RYAM, le 16 octobre, Stéphane Lefebvre a reconnu des collègues, des retraités et des citoyens de Témiscaming. Au-delà de la solidarité exprimée pendant les discours, c’est l’inquiétude dans la foule qui l’a marqué. Depuis l’arrêt de la production, près de 300 membres du syndicat qu’il préside se retrouvent sans travail ou bénéficient d’un programme de travail partagé. Personne ne sait encore quand les activités pourront reprendre.

Stéphane Lefebvre connaît cette usine depuis 37 ans. Originaire du secteur, le président de la section locale 233 d’Unifor a vu l’entreprise traverser plusieurs transformations. Aujourd’hui, c’est l’avenir de son propre milieu de vie qui le préoccupe.

Le rassemblement s’inscrivait dans une journée nationale d’action pour la foresterie organisée par Unifor dans des dizaines de communautés canadiennes. L’objectif était d’interpeller les gouvernements sur les difficultés de l’industrie forestière et de réclamer des mesures pour protéger les emplois.

À Témiscaming, toutefois, les conséquences de cette crise se font déjà sentir.

Le 4 octobre, les derniers travailleurs affectés à la production ont terminé leur quart à l’usine RYAM. Depuis, les activités sont suspendues, notamment en raison des droits de douane américains. Une soixantaine de membres du syndicat continuent d’assurer des services essentiels, dont le traitement des eaux et le fonctionnement de la chaudière nécessaire au chauffage des installations.

Stéphane Lefebvre poursuit ses visites dans l’établissement. Les employés qu’il rencontre lui expriment leurs préoccupations, sans savoir ce que les prochaines semaines leur réservent. « Beaucoup d’inquiétude. Puis dans la communauté, encore une fois, tout le monde est inquiet parce qu’on ne sait pas ce que le futur va nous apporter. »

Un intervenant prend la parole devant les manifestants réunis à Témiscaming, le 16 octobre, lors de la mobilisation organisée par Unifor. ( Gracieuseté de Stéphane Lefebvre. )

Une ville entière concernée

À Témiscaming, une municipalité d’environ 3 000 habitants, les conséquences de l’arrêt pourraient se faire sentir bien au-delà de l’usine. Stéphane Lefebvre s’inquiète pour les commerces, les transporteurs, les travailleurs forestiers et les scieries de la région. Il redoute aussi qu’une diminution de la population finisse par fragiliser les services de proximité. « Moi, comme citoyen, je suis inquiet : la perte de nos services, que ce soit à notre CLSC, que ce soit dans les écoles », confie-t-il.

Cette crainte s’ajoute à une autre épreuve vécue deux ans plus tôt. En 2024, la fermeture des activités de cellulose de spécialité avait déjà entraîné la perte d’environ 260 emplois à Témiscaming.

C’est à cette époque que Stéphane Lefebvre et d’autres acteurs du milieu ont commencé à envisager des solutions pour assurer la pérennité du site industriel. La possibilité d’une vente de l’usine par son propriétaire a progressivement fait émerger une idée : permettre aux gens de la région de reprendre eux-mêmes les installations.

Reprendre en main l’avenir de l’usine

Le 9 octobre, une coalition réunissant des gestionnaires locaux, des membres syndiqués et des Premières Nations a officiellement annoncé sa volonté d’explorer le rachat de RYAM.

Pour Stéphane Lefebvre, ce projet rappelle l’histoire de Tembec, dont la création en 1973 avait permis une relance industrielle portée par le milieu. « L’histoire de Tembec de 1973 nous tient à cœur. Et puis, en ce moment, on espère être capables de revivre ça, puis de reprendre les choses en main. »

La coalition envisage un modèle de partenariat réunissant notamment les travailleurs, des investisseurs et les Premières Nations. Le financement pourrait faire appel au Fonds de solidarité FTQ, à Investissement Québec et aux gouvernements. Pour l’instant, les modalités d’un éventuel rachat restent à définir.

Le projet demeure toutefois à un stade préliminaire. Les modalités de financement, la participation des différents partenaires et les conditions d’une éventuelle acquisition restent à déterminer.

Mais même si le projet de rachat aboutissait, un obstacle majeur demeurerait : les droits de douane américains. Selon Stéphane Lefebvre, l’usine reçoit encore des commandes, mais celles-ci sont soumises à des tarifs atteignant 50 %, un niveau qu’il juge impossible à soutenir.

Le syndicat réclame donc des interventions rapides des gouvernements provincial et fédéral, tant pour soutenir l’entreprise que pour trouver une issue au conflit tarifaire. Malgré les discussions entreprises avec les élus, le représentant syndical attend toujours des engagements financiers concrets et un échéancier.

Pour les travailleurs réunis devant l’usine le 16 octobre, aucune solution immédiate n’a émergé du rassemblement. Les discussions se poursuivent, sans garantie de reprise de la production ni de concrétisation du rachat.

Stéphane Lefebvre, lui, continue de défendre l’avenir de l’établissement où il travaille depuis 37 ans. Malgré les étapes qu’il reste à franchir, il conserve l’espoir de voir Témiscaming reprendre en main son avenir industriel.

« On se garde la tête haute, on a encore de l’espoir. »

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