Désinformation : les jeunes savent reconnaître le faux, mais doutent parfois du vrai
Par : Ange Major | amajor@journallereflet.com
À l’occasion de la Semaine canadienne d’éducation aux médias, du 26 au 30 octobre, une recherche menée en Abitibi-Témiscamingue révèle un paradoxe : les adolescents reconnaissent relativement bien les fausses nouvelles, mais peinent davantage à identifier certaines informations véridiques.
Des expériences de lavage de cerveau financées par la CIA, des patients atteints de syphilis privés de traitement dans le cadre d’une étude américaine : ces faits historiques, pourtant documentés, figuraient parmi les affirmations soumises à 52 élèves de quatrième secondaire par Nancy Ross, dans le cadre de son mémoire de maîtrise à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT).
Déposée en mai 2026, sa recherche visait à comprendre comment les adolescents de 15 et 16 ans distinguent le vrai du faux sur Internet et si un atelier de sensibilisation pouvait améliorer leurs réflexes.
Les résultats ont révélé un décalage surprenant. Pour 17 des 18 affirmations fausses présentées, moins du quart des élèves se sont trompés. À l’inverse, pour sept des douze affirmations véritables, plus de la moitié n’ont pas réussi à les reconnaître. « Cependant, les jeunes ont montré une meilleure capacité à identifier les fausses nouvelles que les vraies », écrit Nancy Ross dans son mémoire.
Selon la chercheuse, le manque de connaissances sur certains événements anciens pourrait expliquer ces difficultés. Les élèves ne pouvaient toutefois pas consulter Internet pendant l’exercice, ce qui ne permettait pas d’évaluer leur capacité à vérifier les informations.
Une prudence qui a ses limites
Les adolescents interrogés ne semblaient pourtant pas croire aveuglément ce qu’ils voyaient en ligne. Parmi les 52 participants, 29 déclaraient passer entre trois et cinq heures par jour sur Internet, tandis que 49 privilégiaient les vidéos pour s’informer.
La majorité affirmait se méfier des contenus diffusés sur les réseaux sociaux et accordait de l’importance à la crédibilité des sources. Toutefois, lorsqu’ils croyaient reconnaître une fausse nouvelle, plusieurs préféraient l’ignorer plutôt que la vérifier.
Un autre contraste est apparu : entre 81 % et 92 % des participants, selon les questionnaires, estimaient pouvoir facilement détecter une fausse information. Une assurance qui ne correspondait pas toujours à leurs résultats, laissant entrevoir un possible phénomène de surconfiance.
Une heure pour apprendre à vérifier
Pour mesurer l’effet d’une intervention scolaire, Nancy Ross a animé, en février 2025, un atelier d’une heure dans l’une des deux classes participantes. Les élèves ont notamment appris à distinguer les sites d’information crédibles des sites complotistes et à reconnaître des images générées par intelligence artificielle.
Un premier questionnaire de suivi a été distribué environ deux semaines après l’atelier, puis un dernier quatre semaines plus tard. Aucune amélioration statistiquement significative n’a été observée dans la capacité globale des élèves à distinguer les affirmations vraies des fausses. Certaines améliorations ont toutefois été observées dans leurs habitudes de vérification, sans que leur portée statistique ait pu être établie. « Tout d’abord, les résultats suggèrent qu’un atelier unique ne suffit pas à produire des gains durables en matière de compétences informationnelles chez les jeunes », écrit Nancy Ross dans son mémoire.
L’étude demeure toutefois limitée à 52 élèves provenant de deux classes d’une même école publique. Ses résultats ne peuvent donc pas être généralisés à l’ensemble des adolescents.
Apprendre à reconnaître la vérité
Pour Nancy Ross, ces observations montrent l’importance d’intégrer l’éducation aux médias tout au long du parcours scolaire, plutôt que de se limiter à des activités ponctuelles. Elle recommande notamment de multiplier les exercices pratiques de vérification et de renforcer les connaissances générales des jeunes.
Car savoir repérer une manipulation ne suffit pas toujours lorsqu’un fait véritable paraît improbable. « Savoir distinguer le vrai du faux ne se limite pas à rejeter les informations fallacieuses, mais implique également de reconnaître les informations véridiques », écrit-elle en conclusion de sa recherche.