Ces entrevues qui résonnent particulièrement fort (la suite)
Par : Dominique Roy | Journaliste de l'Initiative de journalisme local
Dans l’édition de la semaine dernière, les journalistes de l’Abitibi-Témiscamingue Joanie Dion, Lucie Charest et Marc-Olivier Thibault nous faisaient découvrir des rencontres marquantes qui ont laissé une empreinte durable dans leur parcours professionnel. Cette semaine, d’autres journalistes ont accepté, à leur tour, de nous parler de personnalités ayant marqué leur carrière.
Lise Millette, rédactrice en chef à l’Indice bohémien et journaliste à la radio de Radio-Canada en Abitibi-Témiscamingue, cumule, depuis 1998, un bagage d’expériences professionnelles assez impressionnant. Journaliste pigiste pour Canoe, Les Affaires, Recto Verso, Quatre-Temps, Perspective CSN et Le Trente, son elle a également œuvré à la radio, dans les stations CIBL, FM 103,3 et CHAI, ainsi qu’à la télévision à TVRS. Elle a par la suite travaillé au Journal de Montréal, à La Presse canadienne et à l’Agence QMI. Parmi ses entrevues marquantes, il y a celle avec Gilles Vigneault. « C’était en avril du printemps pandémique. Il y avait peu de temps pour autre chose que les mesures sanitaires et restrictions sociales. […] J’avais eu l’idée d’une émission où des personnalités nous partageaient un conte [pour] donner une pause aux personnes qui n’avaient que la radio (ou la télévision) comme contact extérieur. Gilles Vigneault avait accepté de participer, mais puisqu’il ne pouvait faire le trajet jusqu’en Abitibi-Témiscamingue, nous avons pris la route jusqu’à lui. Ses mots, ses histoires, le temps qu’il prenait à plonger dans ses souvenirs d’une voix lente et tranquille ont permis de créer un moment unique. La neige a fait place à de la pluie, en raison d’un redoux printanier. Nous étions dans son petit établi, le bruit de la pluie sur le toit et dans cet espace entouré de livres, de petits bateaux de bois et de différents objets un peu éparpillés, j’avais l’impression d’être à la fois ailleurs et de voyager dans le temps. »
Tanya Neveu a œuvré plus de 15 ans dans le domaine journalistique : TV Témis, RNC Média (Rouyn-Noranda et Gatineau), TVA, Radio-Canada, CKVM, en plus de compter quelques stations de radio en Outaouais. Même si elle a quitté le milieu depuis quelques années, elle en garde un souvenir indélébile. « J’ai super été marquée par la générosité des gens à partager leur histoire, à ouvrir leurs portes, à dénoncer des situations. » Et il y a ce long reportage, réalisé en 2018, pour Radio-Canada, dans la communauté de Lac-Simon, sur des abus sexuels entre mineurs. « Le sujet est lourd, j’en conviens. Toutefois, j’ai été marquée et touchée par l’ouverture de certaines personnes dans la communauté à me raconter leur histoire, mais surtout à parler de l’espoir de s’en sortir. Nous avons réussi à sortir du positif, même à travers un sujet lourd et sombre. Je suis littéralement rentrée dans les maisons des gens, dans leur quotidien. Ils m’ont raconté leurs blessures. Ils m’ont parlé d’avenir et d’espoir. Quel privilège ! » Des cas d’abus sexuels entre mineurs refont surface à Lac-Simon, reportage écrit et télé, diffusé au niveau national, n’a laissé personne indifférent.
Après avoir effectué un an comme chef d’antenne à TVA Abitibi-Témiscamingue, Anthony Dallaire occupe nouvellement le poste de chef de pupitre. Le métier de journaliste, il l’exerce depuis cinq ans, et ce sont quatre entrevues qui l’ont particulièrement touché, toutes liées à l’itinérance à Rouyn-Noranda. « Bien que j’aie grandi à Rouyn-Noranda, j’ai rapidement compris à mes débuts que les angles morts de ma ville m’étaient encore inconnus. » L’itinérance, il la savait présente à Val-d’Or et Amos, mais aucunement dans son patelin. « Je me suis donc informé et c’est à ce moment que j’ai découvert qu’une maison pour personnes en situation d’itinérance existait à Rouyn. Je viens de Rouyn et je n’avais jamais entendu parler d’un pareil lieu. Dès ce moment, j’ai voulu en savoir plus ! » Avec le consentement des responsables de la maison, il s’y est installé, tout un avant-midi, avec micro et caméra, pour discuter avec quelques « sans domicile fixe » qui acceptaient de partager leur réalité. Résultat : quatre personnes ont voulu répondre à ses questions, soit un matériel suffisant pour réaliser trois reportages mettant en lumière le vécu de ces gens. Deux ans plus tard, Anthony Dallaire avait un contrat de photographie pour la remise des diplômes des élèves du Centre Élisabeth-Bruyère. « Quel ne fut pas mon étonnement lorsque j’ai vu l’une des personnes rencontrées monter fièrement sur la scène chercher son diplôme ! »
Si la mission du journalisme est d’informer le public, elle passe d’abord par l’écoute. Les entrevues marquantes partagées par ces journalistes témoignent de toute cette richesse humaine qui se cache derrière chaque histoire racontée.