Économie Agriculture

Une ouverture en Ontario qui ne règle pas tout

Par : Ange Major | amajor@journallereflet.com

Privés d’infrastructures d’abattage adaptées à leurs besoins, des producteurs bovins de l’Abitibi-Témiscamingue doivent parcourir de longues distances pour commercialiser leur viande. Un projet pilote leur ouvre une nouvelle possibilité en Ontario, mais cette solution demeure limitée face aux besoins de la région.

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Laurie Côté Sarrazin et son conjoint, de l’entreprise Les Viandes à Côté du Bordeleau, élèvent des bovins en Abitibi-Témiscamingue. Leur entreprise figure parmi les sept admissibles au projet pilote d’abattage en Ontario.
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Pour vendre du bœuf élevé en Abitibi-Témiscamingue, certains producteurs doivent envoyer leurs animaux jusqu’à Coaticook, en Estrie, pour les faire abattre et découper, avant de ramener la viande dans la région. Un long détour qui entraîne des frais de transport et complique la commercialisation des produits locaux.

Une nouvelle possibilité pourrait toutefois raccourcir ce parcours. Le 16 juillet, les gouvernements du Québec, de l’Ontario et du Canada ont annoncé un projet pilote permettant à sept entreprises bovines de l’Abitibi-Témiscamingue d’utiliser les services de l’abattoir Belle Vallée, situé en Ontario, près de la frontière québécoise.

Prévue pour deux ans, l’entente vise l’abattage d’environ 50 bovins annuellement pour l’ensemble des entreprises participantes. La viande pourra ensuite être ramenée dans la région et vendue au détail, sous certaines conditions.

Cette ouverture intervient alors que l’accès aux services d’abattage représente depuis longtemps un défi pour les éleveurs. La fermeture de la Boucherie Des Praz, en 2025, a accentué le manque d’infrastructures adaptées, obligeant certains producteurs à se tourner vers des établissements éloignés.

Au-delà des kilomètres parcourus, chaque déplacement suppose de trouver un abattoir disponible, d’organiser le transport des animaux et de prévoir leur découpe. Des démarches qui s’ajoutent aux coûts de production, particulièrement pour les petites exploitations.

Abattre plus près ne suffit pas toujours

Si Belle Vallée offre une solution géographiquement plus accessible, les possibilités de transformation et de commercialisation demeurent encadrées. Dans le cadre du projet pilote, les bovins doivent être abattus et leur viande découpée en Ontario avant de revenir au Québec. Or, les entreprises ne recherchent pas toutes les mêmes services. Certaines ont besoin de coupes particulières pour répondre aux habitudes de leur clientèle, tandis que d’autres souhaitent fabriquer des produits transformés.

Les permis des établissements déterminent également les possibilités de vente. Une viande pouvant être commercialisée directement auprès des consommateurs ne peut pas nécessairement être distribuée dans les épiceries, dans les restaurants ou à l’extérieur de la province.

Parmi les entreprises admissibles figurent Les Viandes à Côté du Bordeleau, qui commercialise entre 50 et 60 bovins annuellement. Pour cette entreprise, dont les animaux sont actuellement abattus en Estrie, les volumes prévus dans le projet pilote ne permettraient donc de répondre qu’à une petite partie de ses besoins. La copropriétaire, Laurie Côté Sarrazin, accueille néanmoins favorablement cette ouverture, qu’elle juge particulièrement intéressante pour les producteurs qui commencent à développer leur marché et disposent de moins de moyens logistiques.

Elle souhaite notamment connaître les possibilités de transformation de la viande en saucisses ou en jerke. À plus long terme, un meilleur accès aux marchés ontariens pourrait également représenter une occasion de développement, bien que l’entente actuelle ne permette pas automatiquement d’y vendre les produits.

Pour l’instant, l’entreprise n’a pas entrepris de démarches auprès de Belle Vallée. « La porte n’est pas fermée en 2027 pour qu’on l’essaie, mais on n’a pas encore fait les démarches », précise-t-elle.

Deux producteurs observent un bovin dans un pâturage en Abitibi-Ouest. Le projet pilote de Belle Vallée pourrait permettre à sept entreprises agricoles de la région de faire abattre une partie de leurs animaux plus près de leur ferme. ( MRC d’Abitibi-Ouest — Elye Carrier )

Le besoin d’infrastructures régionales demeure

Au-delà de cette entente, l’Abitibi-Témiscamingue reste confrontée à un problème plus large : disposer d’installations capables de répondre aux différentes façons dont les producteurs souhaitent commercialiser leur viande.

Un abattoir doit non seulement pouvoir accueillir les animaux, mais aussi offrir des services compatibles avec les exigences des marchés visés. À cela s’ajoute la question de sa rentabilité. Les équipements, la réfrigération, les exigences sanitaires et la main-d’œuvre représentent des investissements importants, qui nécessitent un volume suffisant d’animaux. Un projet privé d’abattoir à Taschereau, en Abitibi-Ouest, fait notamment partie des pistes envisagées pour rapprocher ces services des producteurs.

Parallèlement, l’Agence canadienne d’inspection des aliments propose des modifications réglementaires visant à réduire certains obstacles au commerce interprovincial de la viande rouge. Les résultats du projet pilote doivent contribuer à cette réflexion, tout en maintenant les exigences de salubrité et de traçabilité.

Pour les entreprises admissibles, il reste maintenant à déterminer si les services de Belle Vallée répondent réellement à leurs besoins. Certaines pourraient y trouver une solution pour une partie de leur production, tandis que d’autres continueront de se tourner vers des abattoirs plus éloignés.

Pour les producteurs, la question sera désormais de savoir si les services offerts à Belle Vallée leur permettent réellement de réduire leurs déplacements sans compromettre la façon dont ils commercialisent leur viande.

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