Culture

Sur les traces de Leonard Cohen, Stéphane Cusin se découvre lui-même

Par : Joanie Dion

En juillet 2013, une expérience a bouleversé Stéphane Cusin, qui était chauffeur d'artiste pour le Montreux Jazz Festival en Suisse. Une situation particulière l’entraîne dans une salle où, seul, il assiste au numéro de Leonard Cohen. De là, la passion de Cusin pour Cohen prend racine, avant même qu’il ait l’idée d’en écrire un livre.

Stéphane Cusin
L’une des passions de Stéphane Cusin est la photographie, qu’il intègre dans son livre.
(Photo : Gracieuseté)

« C’était l’heure du soundcheck. Et en fait, je me suis dirigé en direction de la salle de l’Auditorium Stravinsky. Je suis rentré au premier étage, la porte était fermée. J’étais au deuxième étage, la porte était fermée. Et au troisième étage, la porte était ouverte. Et je suis rentré dans la salle, et la personne chargée de la sécurité a fermé la porte à clé derrière moi. Je me suis retrouvé dans la salle de l’Auditorium Stravinsky, qui était plongée dans le noir. Et à un moment donné, il y a un projecteur qui s’est enclenché sur la scène, et Leonard Cohen est entré tout seul, avec sa guitare, sur la scène. Et pendant 20 minutes, il a chanté que pour moi », se remémore Stéphane Cusin, questionné à propos de ce qui continue de l’habiter, plus de dix ans plus tard, de cette rencontre avec l’artiste.

En 2023, le Suisse ressent le besoin de revenir en sol québécois pour marcher sur les traces de celui qui deviendra sa muse. « Quand je suis arrivé à Montréal, l’idée c’était tout d’abord un reportage photographique, parce que j’ai une passion pour la photographie. Et l’idée c’était d’aller sur des lieux où Cohen avait vécu : le Parc du Portugal, où il avait sa maison ; le cimetière de la congrégation Shaar Hashomayim, la congrégation juive à laquelle il appartenait, pour voir sa pierre tombale ; les murales de Leonard Cohen », énumère-t-il.

Après plus de 150 kilomètres marchés dans la ville, au fil de ses recherches, Stéphane Cusin découvre un homme traversé par des questionnements sur l’amour, l’exil, les voyages et la spiritualité. Issu d’une famille juive montréalaise, Cohen a notamment cherché un équilibre entre ses valeurs spirituelles et sa vie d’artiste. Ses textes deviennent alors, pour M. Cusin, une façon de poursuivre la conversation avec celui qu’il a découvert tardivement.

Ainsi commence le livre, avec une lettre qui s’ouvre sur le retour de Stéphane Cusin à Montréal, avec des souvenirs de Rouyn-Noranda :

« M. Cohen,

L’avion est posé sur le tarmac de l’aéroport international Trudeau de Montréal. En hiver 1998, il s’appelait Dorval et je l’avais rejoint dans un grand Boeing bleu de mer. D’Ottawa, la capitale, à Rouyn-Noranda, dans l’Abitibi-Témiscamingue, il faisait froid, trente degrés au-dessous de zéro. Aujourd’hui, le thermomètre marque trente au-dessus. Pour vous, Montréal, c’était le retour à la maison. Pour moi, une ville dans laquelle j’ai besoin de revenir. […] J’ai passé à Rouyn, la nuit de Noël la plus froide et la plus chaleureuse de ma vie. Je garde de votre région de magnifiques images. »

Stéphane Cusin | Couverture Lettres à Leonard Cohen : Road trip à Montréal

Couverture officielle de Lettres à Leonard Cohen : Road trip à Montréal. (Photo : Gracieuseté)

Et cette correspondance imaginaire devient une occasion de se questionner sur sa propre vie, ses origines, sa famille et ses relations amoureuses. « Ça m’a apporté un voyage, ça m’a apporté une rencontre avec cet artiste. Et puis, en fait, ça m’a apporté une rencontre avec moi-même, ce que je n’imaginais pas », confie-t-il.

Montréal, au-delà des lieux associés à Cohen, devient un personnage à part entière dans le récit. L’auteur imagine même un repas réunissant l’artiste, la métropole et lui-même, autour d’une table où se rencontrent souvenirs, réflexions et confidences.

Son attachement au Québec remonte toutefois à plusieurs années. À Noël 1997, il séjourne à Rouyn-Noranda, où il découvre la chaleur d’une fête familiale malgré un froid avoisinant les -30 °C. Les tourtières, les longues tablées et les promenades en raquettes dans les forêts de bouleaux lui laissent des souvenirs marquants.

Pour ce Suisse habitué aux paysages rapprochés de son pays, l’immensité des forêts québécoises est fascinante. « Chez vous, on peut faire 300 kilomètres de forêt, peut-être plus. Donc c’est, pour un Suisse qui est dans un tout petit pays, se retrouver dans un immense pays comme le Canada, c’est ouvrir des dimensions extraordinaires », raconte-t-il.

Stéphane Cusin n’avait jamais envisagé d’écrire un livre. Pourtant, en trois mois, le manuscrit prend forme. Il le destine d’abord à ses proches, souhaitant leur transmettre une facette de lui-même qu’ils ne connaissent peut-être pas, notamment à ses enfants. Encouragé par un ancien journaliste à publier son récit, il décide finalement de le partager avec le public.

Aujourd’hui, son livre est distribué au Québec et l’auteur espère que les lecteurs québécois y découvriront autant son regard sur Leonard Cohen que sa propre histoire. Car, au bout du voyage, c’est peut-être là que réside l’essentiel : en cherchant à comprendre un artiste qui l’a bouleversé, Stéphane Cusin a trouvé une façon de raconter qui il est, d’où il vient et ce qui continue de le faire vibrer.

Le livre Lettres à Leonard Cohen : Road trip à Montréal est disponible en ligne via la Boutique BouquinBec.

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