De la découverte à l’exploitation : Un long chemin à parcourir
Par : Ange Major
Entre un forage prometteur et la production, un projet minier doit franchir des années d’études, de financement, de consultations, d’autorisations et de construction.
« 22 grammes d’or par tonne. » « Nouvelle ressource. » « Étude économique. » Ces annonces reviennent régulièrement dans l’actualité minière. Elles peuvent donner l’impression qu’une mine se rapproche. Pourtant, entre un forage prometteur et les premières onces d’or, il faut généralement compter au moins une dizaine d’années, et parfois de 15 à 20 ans lorsqu’un projet aboutit. Surtout, tous les projets ne franchissent pas la ligne d’arrivée.
« Un bon résultat de forage est un premier indice encourageant, pas une garantie », explique Emmanuelle Toussaint, de l’Association minière du Québec. Un forage montre seulement qu’il y a des minéraux intéressants à un endroit précis. Il faut ensuite multiplier les travaux pour vérifier si le gisement est assez grand, assez riche et suffisamment continu.
Du forage au gisement
Les géologues combinent les résultats de nombreux forages afin de construire une image en trois dimensions du gisement. Chaque trou renseigne une zone précise. Plus les forages sont nombreux et rapprochés, plus cette image devient précise et plus le niveau de confiance augmente.
Les minéraux présents dans le sol sont alors classés comme des ressources, selon le degré de certitude des données. Une partie de ces ressources pourra devenir une réserve seulement si les études démontrent qu’elle peut être extraite et traitée de façon rentable.
Cette évaluation tient compte de la méthode d’exploitation, de la quantité de métal récupérable, des coûts, du prix du métal, des infrastructures ainsi que des contraintes environnementales et sociales. Une teneur élevée ne suffit donc pas à elle seule. Un gisement profond peut être trop coûteux à exploiter, tandis qu’un gisement moins riche peut être viable si les volumes sont importants.
La durée de vie prévue entre aussi dans le calcul. Le gisement initial permet généralement d’envisager une exploitation de 20 à 30 ans, qui peut être prolongée si d’autres ressources sont découvertes autour. Une fois le gisement suffisamment défini, les études économiques et techniques prennent le relais. L’étude économique préliminaire cherche d’abord à déterminer si le projet pourrait être viable et s’il mérite d’autres investissements. La préfaisabilité compare différents scénarios, comme la méthode d’extraction, le procédé de traitement et l’emplacement des infrastructures.
La faisabilité approfondit ensuite le scénario retenu. Elle établit les réserves et fournit des estimations plus précises des coûts, du calendrier et des risques. Elle sert notamment à soutenir la décision d’investissement et la recherche de financement. Ce n’est qu’après cette étape que l’ingénierie détaillée permet de déterminer comment le projet sera concrètement construit.
Avant la première pelletée
Pendant toutes ces années, le projet ne génère aucun revenu. Il faut pourtant financer les forages, les analyses, les études techniques et environnementales, les consultations, les permis, l’ingénierie et les équipes spécialisées. Ces dépenses peuvent atteindre des dizaines ou des centaines de millions de dollars avant même le début de la construction.
Pour un grand projet, la construction peut ensuite nécessiter d’un à quatre milliards de dollars. Les sociétés juniors se financent principalement par l’émission d’actions, des partenariats ou la vente du projet. À un stade plus avancé, un producteur minier, des prêts ou certains programmes publics peuvent aussi participer au financement. La confiance des investisseurs, la prévisibilité des échéanciers et la compétitivité des coûts deviennent alors déterminantes. Un projet peut être intéressant sur le plan géologique, mais ne jamais voir le jour si le financement n’est pas au rendez-vous.
Le territoire entre également dans l’équation bien avant la construction. Selon l’Association minière du Québec, les communautés locales et les Premières Nations doivent être consultées dès les premières étapes, puis pendant l’évaluation, la construction, la production et la restauration.
Ces échanges peuvent modifier le tracé d’une route, l’emplacement d’une infrastructure, la gestion de l’eau et du bruit, le calendrier des travaux ou les mesures de protection du territoire. Ils peuvent ajouter du temps au départ, mais aussi éviter des reprises et améliorer la conception du projet.
En parallèle, l’entreprise doit obtenir les autorisations nécessaires. Les études environnementales peuvent exiger plusieurs saisons de collecte de données afin de documenter les milieux naturels. Il faut évaluer les impacts sur les milieux physiques, biologiques et humains, prévoir des mesures d’atténuation et expliquer comment seront gérés l’eau, les résidus, les stériles, les émissions, le bruit et les habitats.
Les exigences peuvent aussi se cumuler entre les gouvernements provincial, fédéral et municipal. L’entreprise doit finalement faire approuver un plan de restauration et fournir la garantie financière exigée. Même lorsque le financement et les autorisations sont obtenus, la production n’est pas immédiate. Il faut commander les équipements, préparer le site, construire les routes, les bâtiments, l’usine et les installations nécessaires à la gestion de l’eau et des résidus. Il faut aussi aménager les installations souterraines ou la fosse, puis embaucher et former les équipes.
La mise en service commence ensuite par une période de tests et de rodage. Les premières onces peuvent être produites avant que la mine fonctionne à un rythme stable et atteigne une part importante de sa capacité prévue.
Le dernier filtre
Combien de découvertes deviennent réellement des mines ? L’Association minière du Québec ne dispose pas de données permettant d’établir une proportion précise. L’image de l’entonnoir demeure toutefois parlante : le Québec compte plus de 1 100 projets d’exploration, mais seulement une cinquantaine de projets avancés.
Une étude prospective de l’Association minière du Québec a récemment retenu 45 projets pour lesquels il existait suffisamment de données techniques et économiques publiques. Leur inclusion ne signifie toutefois pas qu’ils sont assurés de se réaliser.
À chaque étape, des projets sont abandonnés ou mis en veille parce que le gisement est trop petit, trop profond ou trop discontinu, que la récupération du métal est insuffisante, que les coûts ou les infrastructures sont trop élevés, ou que des enjeux techniques, environnementaux ou sociaux ne trouvent pas de solution acceptable.
Certains peuvent être relancés si le prix du métal ou la technologie évolue, si de nouvelles ressources sont découvertes, si une infrastructure devient accessible ou si un partenaire mieux capitalisé s’engage.
Ainsi, une teneur annoncée dans un communiqué ne constitue pas le début d’un compte à rebours vers l’ouverture d’une mine. Elle marque plutôt le début d’une longue démonstration : prouver que le gisement existe, qu’il peut être exploité, financé et accepté, puis construire une installation capable de produire de façon stable.