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ÉconomieAgriculture

Sirop d’érable : une industrie sous pression

Par : Ange Major | amajor@journallereflet.com

Alors que la réserve stratégique de sirop d’érable du Québec est épuisée sur le plan des ventes, les producteurs du Témiscamingue accueillent cette nouvelle avec satisfaction, mais aussi avec prudence. Pour Yan Gaudet, acériculteur de Duhamel-Ouest et administrateur des Producteurs et productrices acéricoles du Québec (PPAQ) pour l’Ouest-du-Québec, la forte demande apporte un répit financier sans pour autant effacer les difficultés qui freinent le développement des érablières.

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Je ne serais pas capable de vivre avec sa sa me grugerait de l’intérieur donc je partirais A tu pris la pilule Vous avez envoyé oui je l'ai prise. et peu importe la situation tu resterais pas alentour donc mettons qu'on a es enfants, tu disparaitrais
Véronique Fortin

Dans l’érablière de Yan Gaudet, produire davantage de sirop d’érable ne dépend pas seulement du nombre d’arbres ou de la qualité du printemps. Ses installations fonctionnent à l’aide de génératrices, ce qui alourdit ses dépenses en carburant. Même lorsque les ventes sont excellentes, investir pour améliorer sa production n’est pas toujours rentable.

C’est dans cette réalité que l’acériculteur a accueilli l’annonce du 19 octobre concernant la vente de la totalité des stocks de la réserve stratégique de sirop d’érable du Québec. Pour lui, la nouvelle n’avait rien de surprenant. Ses échanges avec les PPAQ lui avaient permis de voir venir cette situation, qu’il considère d’abord comme un signe encourageant pour une industrie en croissance.

La vente des stocks accumulés permet notamment aux producteurs de recevoir des sommes qui leur étaient dues pour du sirop produit au-delà de leurs contingents. Ces revenus arrivent à un moment où les équipements, le carburant et les fournitures coûtent de plus en plus cher. « Ça nous donne quand même un souffle, un peu », résume-t-il.

Yan Gaudet connaît bien ces difficultés. Son père, Luc, a commencé à produire du sirop en 1998. Lui-même a lancé son entreprise en 2008, avant de s’associer à son père en 2016. Il se souvient d’une époque où certaines récoltes demeuraient impayées près de dix ans après leur production, ce qui compliquait les investissements des acériculteurs dans leurs installations.

Aujourd’hui, les anciens stocks ont été écoulés, mais un autre défi se présente : augmenter la production pour suivre la croissance des ventes.

La production de sirop d’érable se poursuit dans les érablières du Témiscamingue, alors que la forte demande accentue les défis de l’industrie. ( Yan Gaudet )

Une croissance difficile à suivre

La réserve stratégique permet normalement de compenser les mauvaises récoltes grâce au sirop accumulé lors des années plus abondantes. Sans cette marge de manœuvre, Yan Gaudet craint que certains acheteurs se tournent vers d’autres produits sucrants. Il nuance toutefois les risques de pénurie : des acheteurs ont constitué leurs propres stocks et une bonne récolte en 2027 pourrait permettre de regarnir la réserve.

Pour suivre la demande, les entreprises doivent améliorer leur rendement ou de nouvelles érablières doivent voir le jour. Or, les gains de production ne compensent pas toujours le prix des nouveaux équipements. « Pour le peu que je vais aller chercher de plus, ça ne me vaut pas la peine en ce moment. »

Au Témiscamingue, qui compte environ une douzaine de producteurs commerciaux selon Yan Gaudet, l’éloignement complique également les réparations et l’accès aux équipements. Pour pallier leur isolement, les acériculteurs misent toutefois sur l’entraide. « On ne laisse pas un voisin dans le trouble, on va vraiment s’aider », souligne-t-il.

Pour poursuivre le développement de l’industrie, Yan Gaudet estime aussi nécessaire d’ouvrir davantage de possibilités d’exploitation sur les terres publiques, les espaces disponibles sur les propriétés privées étant plus limités qu’auparavant.

La production de sirop d’érable nécessite des équipements spécialisés dont les coûts croissants compliquent les investissements des acériculteurs. (Jean-François Girard Photographie)

Un printemps encore incertain

À l’approche de la saison 2027, le producteur surveille particulièrement les négociations entourant le prix qui sera versé aux acériculteurs. Une augmentation pourrait leur permettre de mieux absorber leurs dépenses et d’investir dans leurs installations. L’évolution des relations commerciales avec les États-Unis demeure également une source d’incertitude, notamment en raison des risques liés aux droits de douane. Mais même avec de meilleures conditions économiques, les producteurs restent dépendants de la météo.

Pour Yan Gaudet, les défis de l’industrie ne se résument toutefois pas aux prix et aux volumes de production. Derrière chaque bouteille de sirop se trouvent aussi de longues heures de travail, parfois passées en raquettes dans plusieurs pieds de neige, à s’enfoncer jusqu’aux genoux. « C’est beaucoup, beaucoup de travail. Le monde, ça, ils ne peuvent pas se rendre compte de tout ça tant qu’ils ne sont pas venus travailler là-dedans. »

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