Se perdre pour mieux ressentir
Par : Joanie Dion
Avec La nuit affiche complet, le nouveau recueil de poésie de Michel X Côté, le poète poursuit son exploration de l’enfance, du territoire abitibien et du passage du temps. À 78 ans, celui qui se décrit encore comme un « kid de ruelle » aborde la poésie comme un geste instinctif, ancré dans le corps et le quotidien.
« La ruelle remonte à très loin. Mais elle est revenue comme ça me hanter. Un jour, j’étais à Amos pour quelque chose, et pour me déplacer à Amos, j’avais remarqué qu’il y avait aussi des ruelles. Donc c’est pour ça que là je suis devenu un kid de ruelle, parce que j’ai compris que les ruelles avaient eu une importance dans mon enfance », se remémore-t-il.
Et la présence des ruelles dans ses textes ne se limite pas qu’à La nuit affiche complet. En ce sens, elle apparaît également dans Un poète chez les éleveurs de pickups et dans un texte plus récent encore publié dans la revue Spirale, où il raconte un souvenir à propos d’un jeune garçon qu’il avait rencontré en 1953 dans une ruelle. L’année d’après, M. Côté commençait l’école catholique et réalisait que ce même garçon n’était pas présent. Il ne parlait ni français ni anglais. « J’ai su plus tard qu’il était probablement Ukrainien. Alors c’est pour ça que je dis dans le texte que je viens de publier dans la revue Spirale : L’Ukraine sera toujours à un coin de rue de chez moi. »
Cet espace de liberté était marqué par l’autorité des adultes, qui avait presque tous les droits sur les enfants, à ses souvenirs. Non seulement c’était un lieu de rencontres, mais également un refuge pour s’éloigner des réprimandes autoritaires. « Quand tu étais un enfant, on apprenait à se sauver dans la ruelle. »
Si un lien pouvait s’établir avec le sentiment de se perdre et les nombreuses ruelles de son enfance, Michel X Côté le refuse, car, pour lui, c’est la poésie qui lui permet de se perdre. « Me perdre, ça veut surtout dire échapper au monde tel qu’on nous l’impose », précise-t-il.

Couverture officielle de La nuit affiche complet (Photo : Gracieuseté — Éditions du Quartz)
En écrivant quelques lignes, un peu, chaque jour, un recueil s’est dessiné pas à pas. Bien qu’aucun dessin n’accompagne les poèmes de ce projet, chaque jour, Michel X Côté dessinait en parallèle de son écriture pour nourrir la créativité. « On ne peut pas juste s’asseoir puis attendre l’inspiration. Il faut la créer, cette inspiration. Donc oui, le dessin m’aide à justement créer mon inspiration, comme la marche en sentier », explique-t-il.
Pour Michel X Côté, la poésie ne se construit toutefois pas autour d’une thématique précise. Les textes s’accumulent au quotidien, avant d’être retravaillés et assemblés avec son éditrice. Ce travail permet notamment d’éliminer les répétitions et de voir comment les poèmes dialoguent entre eux.
« Un poème, ça n’existe pas si ça n’a pas de lecteur », rappelle-t-il. Au-delà de l’écriture, le partage des mots constitue ainsi une part importante de son expérience poétique. Lors de ses lectures publiques, il apprécie particulièrement ces moments où il sent que ses textes trouvent un écho chez les gens présents.
À l’approche de ses 80 ans, qu’il célébrera en 2028, le poète envisage maintenant de s’accorder une pause de la poésie pour se consacrer à un projet en prose. Celui-ci abordera notamment l’état de la Terre et les changements qui s’opèrent sous ses yeux, comme la disparition progressive des oiseaux dans sa cour. Il souhaite toutefois éviter de donner des leçons, préférant attirer l’attention sur ce qui l’interpelle.
Même s’il envisage que La nuit affiche complet puisse être son dernier recueil, Michel X Côté ne ferme pas la porte à un retour à la poésie. Pour l’instant, il préfère laisser la création suivre son cours, sans chercher à en définir d’avance la destination.