— Publicité —
Culture

Quand les chansons racontent l’histoire du Québec

Par : Joanie Dion

Avec La trame sonore du Québec, le livre sur lequel Félix B. Desfossés a travaillé dans la dernière année en collaboration avec Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) retraverse l’identité du peuple québécois, ses transformations sociales et les émotions qui le rassemblent.

Félix B. Desfossés | Crédit Julia Marois
Félix B. Desfossés
(Photo : Julia Marois)

À l’origine du projet, une série de capsules vidéo produites en collaboration avec Urbania, qui revisitent 50 grandes chansons québécoises à travers les archives de BAnQ. Approché pour assurer la narration et rédiger les textes, le journaliste et passionné d’histoire musicale ne se doutait pas que l’aventure prendrait une telle ampleur.

« À un moment donné, l’idée est née dans les bureaux de BAnQ d’en faire une version livre. Et c’est là où il y a eu un travail qui a été fait avec Les Éditions de l’Homme, qui m’ont dit : “Bien, écoute, Félix, vu que tu as écrit les textes des capsules, qu’on aime tes textes, et qu’on aime le ton, est-ce que tu voudrais faire la version livre de tout ça ?” », raconte Félix B. Desfossés.

Il s’attendait à réutiliser les textes déjà écrits, les modifier un peu et les transformer en livre, mais l’expérience a été tout autre. « On s’est dit : il faut aller plus loin. Il faut que les gens puissent regarder les capsules sur le web, oui, mais si quelqu’un a uniquement le livre, il faut que ce soit complet, mais que ce soit une autre histoire qu’on raconte. »

Félix B. Desfossés a relancé ses recherches, tant dans les archives de BAnQ que dans les journaux d’époque pour collecter de nouvelles informations qui bonifieraient celles des capsules vidéo. « J’ai vraiment réussi à aller chercher, pour la vaste majorité des chansons, des angles qui n’avaient jamais été racontés encore », souligne-t-il. Cette recherche intensive lui a demandé de rédiger jusqu’à trois chapitres par semaine, tout en poursuivant ses autres contrats de pigiste. Mais pour cet habitué des archives, toutefois, le travail avait quelque chose d’enivrant.

« Quand j’entre dans ma bulle de concentration, c’est comme si j’avais ma machine à voyager dans le temps. Je ne suis plus dans mon bureau à Rouyn, je suis rendu en 1970, peu importe l’époque que je visite. »

La trame sonore du Québec | Félix B. Desfossés

La couverture officielle de La trame sonore du Québec (Photo : Gracieuseté — Les Éditions de l’Homme)

C’est à l’aide d’un sondage en ligne, via les différentes plateformes de BAnQ, que la population a pu se prononcer et que les 50 chansons pour le projet ont été sélectionnées. Pour Félix B. Desfossés, c’est un soulagement de ne pas avoir eu à choisir lui-même. « Je suis content parce que si ça avait été de mon ressort uniquement, il y a certaines chansons de certains artistes qui auraient probablement été une autre pièce de leur répertoire, parce qu’il y a peut-être certaines pièces qui me font vivre davantage d’émotion. Mais le but, c’était de trouver celles qui nous rassemblent le plus », précise-t-il.

Autre point important pour cette sélection : la richesse des archives. « Pour certaines chansons ou certains artistes, il y avait des archives vraiment incroyables, d’une richesse merveilleuse, que ce soit, par exemple, des textes manuscrits ou des histoires qu’il fallait absolument raconter, qui étaient disponibles dans les archives de BANQ », relate-t-il. C’est notamment le cas d’Aimons-nous, d’Yvon Deschamps, une chanson qui rappelle que l’humoriste a aussi laissé sa marque comme interprète, particulièrement grâce au spectacle Une fois cinq.

« Notre société se construit sur plein d’histoires, de grandes histoires, l’histoire avec un grand H, mais aussi plein de petites histoires avec un H minuscule, plein de petites anecdotes qui nous en disent beaucoup sur qui on est », exprime Félix B. Desfossés quand il est questionné à propos de la mémoire collective qui a été bâtie avec La trame sonore du Québec. Depuis l’adolescence, il s’intéresse aux influences des artistes, à la naissance des chansons et aux histoires qui se cachent derrière leur création. « J’ai toujours eu pour mon dire que c’est en comprenant d’où on vient que l’on comprend mieux où on s’en va. »

Cette mémoire musicale prend une dimension particulièrement intéressante lorsqu’on réfléchit à la place qu’occupe aujourd’hui la musique dans notre société. Dans son livre, Desfossés évoque notamment l’idée que les festivals auraient, d’une certaine façon, remplacé les messes comme lieux de rassemblement collectif.

Il y voit l’un des derniers remparts de communion physique dans une société où la solitude occupe une place grandissante. « Quand on se met à chanter une chanson ensemble, ou à aimer une chanson tout le monde en même temps, il y a comme une communion qui se passe », souligne-t-il.

Et s’il fallait retenir une chanson qui a particulièrement marqué l’auteur durant ses recherches, ce serait Les yeux du cœur, interprétée par Gerry Boulet et Marjo. En replongeant dans l’histoire de cette pièce et dans les circonstances de leurs retrouvailles sur scène, il a redécouvert toute sa charge émotive.

C’est peut-être là l’une des plus belles promesses de La trame sonore du Québec : donner envie de réécouter autrement des chansons que l’on croyait connaître par cœur. Parce qu’une mélodie familière peut cacher une histoire insoupçonnée et qu’en revisitant le passé musical, c’est aussi une partie de l’histoire collective que l’on redécouvre.

À lire aussi