L’art de ne pas tout dire
En résidence de création du 7 au 12 juin dernier, Marc-Olivier Hamelin s’est placé dans un rôle de performance pour créer sa nouvelle exposition in situ. En créant depuis le logement où il a habité cette semaine-là, il mise sur le mensonge, et souhai
En résidence de création du 7 au 12 juin dernier, Marc-Olivier Hamelin s’est placé dans un rôle de performance pour créer sa nouvelle exposition in situ. En créant depuis le logement où il a habité cette semaine-là, il mise sur le mensonge, et souhaite générer le doute chez les visiteurs. L’exposition est en cours au VOART Centre d’exposition de Val-d’Or jusqu’au 23 août 2026.
C’est dans le cadre du FMR : il faut dire que Marc-Olivier Hamelin a été invité à participer autant comme artiste que commissaire à l’événement qui se déroule chaque été au VOART Centre d’exposition de Val-d’Or. Depuis quatre ans, l’artiste a pu prendre part de différentes manières à ces résidences de création. La première fois, en tant qu’artiste en résidence. Les deux autres années, en invitant des artistes, Alegria Gobeil et Karen Elaine Spencer, à venir vivre l’expérience de la résidence créatrice à Val-d’Or. Maintenant, à la quatrième et dernière année de ce cycle, il y est revenu pour une résidence dans laquelle il explore le doute, la vérité et le mensonge.
« L’idée derrière ces micro-résidences-là, c’était d’offrir aux artistes des moments de rupture avec leur pratique ou travail artistique en général », explique d’emblée M. Hamelin.
Plus précisément, en réfléchissant à son rôle de commissaire et ami des artistes des étés derniers, il s’est questionné sur certaines choses qu’il aurait pu dire. « J’ai eu envie, pour ce projet-là, d’aller un peu à l’inverse de ce que je croyais être la solution. La bonne chose étant la communication, je me suis dit qu’il ne faut peut-être pas tout dire. » De fil en aiguille, un alter ego s’est créé ou présenté à lui, et s’est rendu à Val-d’Or avec lui. « Je l’ai amené à Val-d’Or pour la performance pour créer des images, avec cette idée-là de dire il faut dire (ou pas). »
« C’est comme un premier tableau dans l’exposition qui est recouvert comme de plastique, puis tout ça pour faire un peu quelque chose d’un peu plus banal, plus pauvre », explique-t-il. (Photo : Marc-Olivier Hamelin)
Dans le lieu qu’il a habité pendant cette semaine de création, M. Hamelin s’est créé un espace de performance dans lequel il s’est filmé et photographié avec des lunettes et une veste sans manches. « L’énergie que je canalisais, c’était quand on placote en faisant la vaisselle, où est-ce qu’il y a de la confidence, où toutes sortes d’idées passent, ça brasse, ça se coupe la parole, ça arrête la discussion pour parler d’autre chose », raconte-t-il sur sa performance.
L’objectif était de créer une photographie qui prend place dans l’exposition et qui dit : « By the way, cette année, je n’ai pas eu le choix de commencer à mentir, je me suis dit : “Je dois garder ça secret”. Mon idée, c’était d’ouvrir la porte aux secrets qu’on a, les choses qu’on décide de ne pas dire, puis le mensonge comme étant une posture un peu conceptuelle, dans le sens d’une posture pour survivre », confie-t-il.
Sa deuxième idée était celle d’une lettre manuscrite, laissée aux propriétaires de l’endroit, conceptuellement. Comme une lettre qui dirait : « Je suis venu arroser tes plantes, tout va bien! », il en a rédigé une, fictive, touchant à son expérience des deux dernières années. « Je m’adresse à quelqu’un qui habite l’appartement, mais qui est absent pour aller faire une pièce de théâtre. Donc, est-ce que c’est Alegria ? On ne le sait pas, parce qu’on ne sait pas qu’Alegria fait une pièce de théâtre en ce moment. Sauf que ce sont des codes que j’amène. »
« Iel venait de se teindre les cheveux jaunes. » (Photo : Marc-Olivier Hamelin)
Et ce fonctionnement de codes et de concepts, il se répète à travers les autres installations de l’exposition, dont celle qui reprend la veste sans manches qu’il porte sur la première photo. Suspendue près du sol, elle flotte au-dessus d’un bac d’eau, rappelant l’eau de vaisselle, dans lequel le bas de la veste trempe et ses lunettes sont immergées. Mais une deuxième veste s’ajoute par-dessus la première. À qui appartient-elle ?
Dans une seconde série photographique, il réutilise une photo qu’il a prise d’Alegria au volant d’une voiture. Iel a les cheveux jaunes, car iel venait de les teindre. Et, un soir, iel se couche dans la chambre louée pour sa résidence de création, et ses cheveux fraîchement colorés tachent la taie d’oreiller blanche. « Iel était super nerveux.se que la directrice du Centre d’exposition se fasse charger pour les taies d’oreiller. » Alors, Marc-Olivier Hamelin s’est chargé lui-même de reproduire la scène dans l’appartement de sa résidence pour l’ajouter en photo à celle d’Alegria Gobeil qui conduit.
« Quand on se tient devant le bac d’eau, on se voit en reflet. » (Photo : Marc-Olivier Hamelin)
« Puis après ça, il y a un miroir au fond vis-à-vis les vêtements. Quand on se tient devant le bac d’eau, on se voit en reflet. C’est pour ramener la personne qui regarde dans son propre rôle, dans ce dialogue-là avec les personnages. Puis dans la lettre, je mentionne que je prends la route. Donc là, on se demande qui a écrit la lettre. Est-ce que c’est la personne qu’on voit au volant ? Est-ce que c’est la personne qui fait la vaisselle ? Ou encore, est-ce la personne mentionnée dans la lettre ?
Au final, je veux faire douter les gens. »