Jacques Baril, sculpteur de matière, de rencontres et de bonheur
Après des décennies à façonner le bois, le verre, le métal et la neige, l’artiste d’Abitibi-Ouest Jacques Baril continue de créer avec la même curiosité qu’à ses débuts. Malgré la maladie qui a bouleversé son quotidien au cours de la dernière année,
Après des décennies à façonner le bois, le verre, le métal et la neige, l’artiste d’Abitibi-Ouest Jacques Baril continue de créer avec la même curiosité qu’à ses débuts. Malgré la maladie qui a bouleversé son quotidien au cours de la dernière année, il demeure porté par les projets, les rencontres et, surtout, le plaisir de créer.
À 18 ans, Jacques Baril se voyait journaliste. Il aimait écrire et envisageait naturellement d’en faire son métier. Puis, un voyage en Europe d’un an et demi est venu changer le cours de sa vie.
Le jeune homme qu’il était découvre alors les musées, souvent dans des circonstances rocambolesques. Dépouillé de son argent, il lui arrive même de dormir dehors. Mais dans les salles de musée, une chose le captive plus que les autres : la sculpture.
À son retour en région, il fait un choix conscient : il sera sculpteur.
« Le travail du sculpteur est physique, mais intellectuel en même temps », résume-t-il. La matière, les poids, la gravité et l’espace l’attirent. Contrairement à une œuvre que l’on peut simplement regarder, la sculpture impose sa présence. « On fait le tour d’une sculpture », rappelle-t-il.
Ses débuts se font dans le bois, notamment en fabriquant des meubles auxquels il intègre des éléments sculptés. Après quelques années, toutefois, une question se pose : veut-il fabriquer des meubles ou faire de la sculpture ? La réponse, pour lui, est claire. Il choisit la sculpture et réussit rapidement à en vivre.
Son retour en Abitibi-Ouest, où il est né, tient lui aussi du hasard. De passage chez ses grands-parents à Rapide-Danseur alors qu’il se dirigeait vers le Mexique, il retrouve quelque chose de profondément familier. « J’ai comme été envahi par un esprit abitibien », raconte-t-il. Il décide alors d’y revenir.
Il s’installe donc pendant quelques années dans une maison abandonnée, sans électricité ni eau courante. C’est dans cet environnement improbable qu’il commence véritablement son parcours de sculpteur. Il participe notamment à une première Biennale de sculpture d’art contemporain à Rouyn-Noranda.
Au fil du temps, sa pratique évolue. Le bois est utilisé avec le verre, puis tous deux sont délaissés pour le métal. Il découvre également la sculpture sur neige au début des années 1990 et participe à de nombreux concours au Québec, au Canada et à l’étranger. Il sculpte notamment au Japon, en Italie et en Suisse, en plus de participer à plusieurs projets lités au Carnaval de Québec.
En Abitibi-Ouest, son travail est omniprésent. Il estime avoir réalisé des milliers de sculptures, dont plusieurs de grand format. À La Sarre et dans les environs, ses œuvres occupent différents espaces publics, ainsi qu’un peu partout en région.
L’apprentissage n’a pourtant jamais cessé. Lorsqu’il est accepté à un symposium de sculpture à Val-d’Or, en 1994, il propose une œuvre de métal alors qu’il ne sait pas encore souder. Il s’empresse donc de suivre une formation. Cette audace et l’entraide entre artistes deviennent une constante de son parcours.
Puis, au cours de la dernière année, sa vie prend un tournant inattendu. Une maladie grave, le syndrome myélodysplasique, l’oblige à ralentir et à revoir ses priorités. Les traitements et l’incertitude entourant son avenir auraient pu l’atteindre. Mais ils ont plutôt fait naître en Jacques Baril une nouvelle urgence : celle de créer simplement pour le plaisir.
Avec sa conjointe, l’artiste Liliane Gagnon, il recommence à dessiner. Lui qui l’a toujours fait pour préparer ses sculptures se met désormais à remplir des cahiers sans autre objectif que celui de dessiner. Près de 200 œuvres naissent ainsi, des compositions abstraites colorées qui se transforment ensuite en impressions et en cartes.
« Je suis devenu comme très heureux de dessiner », raconte-t-il.
Cette nouvelle pratique crée aussi un lien avec le personnel hospitalier qui le soigne. À l’hôpital, il montre ses dessins, qui deviennent rapidement source de discussions et de sourires.
La création constitue également un espace de complicité avec sa conjointe. Après une première tentative de dessin à quatre mains il y a 45 ans, les deux artistes recommencent aujourd’hui à créer ensemble. Chacun doit laisser de la place à l’autre, accepter que l’œuvre prenne une direction imprévue. Pour Jacques Baril, cette expérience est à l’image de la vie : il faut constamment revoir sa vision à la lumière de ce que l’autre apporte.
Et malgré le temps qui passe, l’artiste refuse de parler de fin de parcours.
« Je vis comme si j’allais vivre éternellement. J’ai plein de projets. »
Il prépare notamment une exposition qui lui permettra de faire découvrir aux gens de Gallichan, la municipalité où il réside, les œuvres qu’il a réalisées aux quatre coins du monde. Il continue aussi de réfléchir à de nouveaux projets et demeure impliqué dans la vie de son milieu, notamment avec la Traversée fantastique, un événement qu’il a imaginé autour d’embarcations fabriquées à partir de matériaux récupérés.
S’il devait résumer ce qu’il souhaite transmettre par son œuvre, la réponse vient sans hésitation : le bonheur.
Après une vie passée à transformer la matière, Jacques Baril transforme maintenant aussi les épreuves en occasions de créer, de partager et de rester en mouvement. Pour lui, la boucle n’est pas encore bouclée. Et elle ne le sera pas tant qu’il aura encore des idées.
Lors de la fête de la Traversée fantastique, le 22 août, aux environs de 18 h, un hommage sera rendu à l’artiste, à son parcours et à sa contribution à l’organisation de l’événement.